Les migrants Syriens marchent le long d'une route en Serbie pour tenter de rejoindre à pied la Hongrie
Les migrants Syriens marchent le long d'une route en Serbie pour tenter de rejoindre à pied la Hongrie © REUTERS/Marko Djurica

Tout a commencé par une tribune, il y a 8 jours, d’un journaliste anglophone d’Al Jazeera…

« Cessons de parler de migrants, s’est-il insurgé, « c’est un mot connoté péjorativement, il faut dire… réfugié ».

Depuis (Hélène Jouan s’en faisait brièvement l’écho hier dans la revue de presse de France Inter), le débat s’est emparé d’une partie de la presse européenne.

La responsabilité des médias est déterminante : de leur façon de nommer ce mouvement de personnes sans précédent en Europe depuis la Seconde Guerre Mondiale, dépendra en partie la réponse politique apportée au sujet.

Ouvrons le Larousse…

Migrant : « déplacé volontaire pour des raisons économiques, politiques ou culturelles ».

Littéralement, le mot est donc adapté pour décrire la situation.

Et, paradoxalement, ce sont les ONG elles-mêmes qui ont préconisé ce vocable, dans les années 80, pour son caractère neutre, plus neutre que le « sans papiers » d’alors.

Mais sa neutralité est devenue sa limite : un concept déshumanisé, un tiroir administratif, comme « chômeur de catégorie A ».

On enfermerait tous ces Syriens, ces Afghans, ces Erythréens qui affluent à nos portes, dans une abstraction, qui nous dédouanerait de tout geste de solidarité.

Plusieurs médias européens ont renoncé au mot « migrant » …

Exemples… Je peux vous les montrer ici sur une tablette dans le studio…

Voici Channel Four, chaine de télévision britannique… Titre ce matin : « Refugees found suffocated in Austria »… Des réfugiés retrouvés asphyxiés en Autriche…

Plus intéressante encore la presse allemande. Elle utilise le mot « Flüchtlinge »… Traduction, là encore : « Réfugiés »… Voyez ici, toujours sur la tablette, Der Spiegel : « Flüchtlingstragödie in Österreich »… Tragédie des… réfugiés en Autriche…

La presse allemande utilise uniquement « réfugié ». Et faut-il y voir un lien, le gouvernement allemand est plus engagé que le nôtre sur le sujet.

La notion est évidemment plus restrictive. Elle relève du droit international, et renvoie, toujours le Larousse, à « des personnes qui fuient une forme de persécution ». C’est le cas de la plupart des Syriens ou Afghans qui arrivent par la mer.

La notion possède aussi une connotation quasi religieuse. « On doit aider son prochain ».

Oiseaux migrateurs

Le mot "migrants" pose deux autres problèmes.

D’abord, il possède un parfum de condescendance néo-colonialiste.

Il ne viendrait à l’esprit de personne, dans les médias, de qualifier ainsi un étranger occidental venant travailler en France. Pourtant littéralement lui aussi est un migrant.

Mais non, lui, c’est plus noble, c’est un… « expatrié ».

On se résume.

Le migrant est pauvre, sale et vient du Sud. L’expatrié est riche, propre et vient du Nord.

Ensuite, et surtout, le mot migrant laisse entendre que ces centaines de milliers d’hommes et de femmes seraient uniquement « de passage ». Puisqu’ils « migrent ». Ils sont en mouvement, comme des oiseaux migrateurs.

Et du coup, on fait l’autruche sur le vrai sujet, celui de « l’après migration » : selon toute probabilité, nombre d’entre eux, légaux ou illégraux, ne repartiront pas de sitôt.

Il y a donc matière, en France aussi, à engager le débat sur l’utilisation systématique du mot « migrant ».

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.