Les spectaculaires images des incendies qui ont ravagé une partie de la "jungle de Calais" nous détournent du fond du sujet sur les flux migratoires.

La jungle de Calais après le départ des migrants
La jungle de Calais après le départ des migrants © AFP / Denis Charlet

Les télévisions, en particulier, en ont fait leurs choux gras : le bidonville dit de « la jungle de Calais » en partie détruit par les flammes avant-hier, alors qu’il était en cours d’évacuation… Ces incendies, probablement déclenchés par une poignée de réfugiés en colère, n’ont pas fait de victime. Et ils sont anecdotiques au regard des questions sur l’avenir de ces migrants.

Alors pourquoi un tel intérêt pour cette image ?

Il y a évidemment l’arrière-plan : le sujet est emblématique en période électorale ; et il s’agit, le fait n’est pas si courant ( !), d’une décision politique… appliquée : l’évacuation du camp… Au-delà du contexte, il y a surtout la tentation d’un symbole… facile…. Les « flammes de la jungle » ! Imaginez, tout est dit… On se croirait presque dans le grand incendie final du « Livre de la jungle » de Rudyard Kipling.

Reprenons, mot par mot.

D’abord, les flammes : symboles spectaculaires à la fois du déchainement de l’apocalypse et de la purification du bûcher. Sous-texte, en raccourci : le bidonville de Calais, c’est le chaos des barbares, et son évacuation c’est le nettoyage divin.

Ensuite, « la jungle »… A l’origine, le mot a été choisi par les migrants eux-mêmes, probablement les Afghans pour qualifier ce petit bois des faubourgs de Calais. « Bois » : « jungal » en langue pashtoun. Le mot a donc été détourné de son sens, par la presse et par le monde politique. Et il n’est resté que « jungle », mot valise pour renvoyer, là encore à un univers sauvage et désorganisé.

Jungle et Hot Spot

L’effet de contraste est saisissant quand on rapproche cette « jungle » d’un autre mot : « hot spot ». C’est, vous le savez, l’appellation retenue par les Occidentaux pour qualifier les centres destinés à accueillir les migrants en Méditerranée.

« Hot spot ». Là, le sous-entendu, ce n’est plus la barbarie : c’est la technologie, le smartphone, les télécoms ! Et peu importe si l’ONU elle-même voit dans ces « hot spots » des centres de détention et non d’accueil.

En résumé : d’un côté, la modernité du camp structuré par les Occidentaux : « Hot Spot ». De l’autre, la sauvagerie du camp improvisé par les réfugiés : « les flammes de la jungle ».

Or, quand on y réfléchit, la jungle, cette semaine à Calais, fut surtout… médiatique !... Avec sur place entre 700 et 800 journalistes en train de jouer des coudes !... Dont certains n’hésitant pas à pénétrer sans la moindre décence dans les habitats de fortune de ces réfugiés, pour les prendre en photo comme des animaux. Comme on va au zoo.

De la jungle au zoo, le registre ne change pas. Et il ne permet guère d’appréhender le fond du sujet, à savoir que ce flux migratoire n’est pas appelé, dans les années à venir, à se tarir, mais à augmenter.

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