Les deux derniers choix d'Emmanuel Macron d'accorder deux entretiens express, l'un sur LCI, l'autre sur le site Konbini, sont révélateurs de sa stratégie de communication;

Ça se passe donc dans la rue, à Bagnères de Bigorre, dans la vallée au pied de la station de la Mongie. Le Président, anorak sombre et pull de ski barré tricolore, sort de la boulangerie …

Et au pied levé, sous quelques flocons de neige, entre la banque et la pharmacie, il répond, 2/3 minutes, aux questions de LCI, sur le sujet du jour, le contrôle des chômeurs. Notre consœur, Alison Tassin fait le boulot, pose les questions qu’il faut.

Mais les règles du jeu, entretien express sur le trottoir, interdisent par définition d’aller au fond du sujet.  Car les règles du jeu, c’est Emmanuel Macron, en professionnel avisé et intuitif de la communication, qui les fixe. 

Interview au naturel, dans la rue. Pas sur les pentes neigeuses, chaussures de ski au pied et lunettes de soleil sur le nez, là ça ferait désordre pour parler des chômeurs.  Pas davantage dans le cadre exigeant d’un entretien de fond avec un spécialiste de l’interview, mais vite fait.  Et d’apparaitre « sympa » de répondre au reporter qui a eu le nez creux de se trouver là.

Moderne en apparence, éculé sur le fond

Quatre jours plus tôt, le 24 décembre, le Président s’était déjà livré à un exercice présentant quelques similitudes. En déplacement à Niamey au Niger, pour saluer les soldats français à l’occasion de Noël, le voilà qui subitement répond à un autre entretien express. Cette fois pour le site d’information « pure player » Konbini. 

Les autres médias présents sont écartés. Et c’est parti pour un autre entretien de 2’, plan serré, face caméra, style « au débotté ». Mais là en plus, les questions, comme les réponses, sont sans grand intérêt, pour ne pas dire plus. Et il apparait a posteriori, via une petite enquête du site Arrêt sur Images, que l’intervieweur est, non pas un journaliste, mais la directrice de la communication du site Konbini. 

Bref, derrière un support aux apparences modernes, de la comm’ politique éculée.

Le refus de l'entretien de fond

Ces deux épisodes sont révélateurs de la stratégie du Président dans sa relation à l’information, car on pourrait ajouter dans le paysage les photos de pure comm’ sur « le Président avec son chien » ou « le Président sur les skis », qui fleurissent dans la presse magazine.

Ou le choix de l’entretien avec Laurent Delahousse diffusé il y a 10 jours sur France 2. Entretien dont le Président lui-même a modifié les règles à la toute dernière minute. Et dont on a moins retenu le fond que la forme, une déambulation dans les couloirs de l’Elysée.

En fait, à l’exception de son entretien sur TF1 en octobre, Emmanuel Macron donne l’impression, avec les médias français, de privilégier la « petite comm’ rapido à la cool ».

Et sinon il faut aller chercher dans les médias… étrangers. Les interviews de fond, il les a données, cette semaine au quotidien espagnol El Mundo, ou courant septembre à la chaine américaine CNN.

Vous allez me dire : c’est un propos de jaloux ! C’est possible !! Mais ça ne change rien au constat sur les choix du Président.

C’est peut-être la traduction du peu d’estime qu’Emmanuel Macron semble porter aux journalistes politiques français.  De facto, il oblige d’ailleurs les médias hexagonaux à se remettre en cause sur leur traitement de la politique, ce qui n’est pas un mal.

Mais à force de vouloir la jouer « cool et moderne », il finit aussi par donner l’impression de refuser de répondre aux intervieweurs expérimentés qui le pousseraient dans ses retranchements.

Si cela se confirme, ce sera un recul pour l’information.

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