Christiane Taubira
Christiane Taubira ©

Christiane Taubira claque la porte et quitte son ministère.

A vélo.

L’image a fait la Une du Monde et du Parisien.

Elle a ouvert les JT de TF1 et de France 2.

C’est un condensé de la fascination exercée sur les médias par l’ancienne Garde des Sceaux. Entre attraction et répulsion.

Et voilà comment ce sujet, avant-hier, a devancé, dans toute la presse, les chiffres pourtant catastrophiques du chômage.

Certes, la Une tenait en partie…

  • à l’effet de surprise (on ne s’y attendait plus tant la ministre avait avalé de couleuvres),

  • et à la portée d’un couac supplémentaire dans un quinquennat qui les enfile comme des perles.

Mais le succès médiatique tient aussi à la personnalité en elle-même de Christiane Taubira : atypique.

Revenons au vélo.

Christiane Taubira est habillée en rouge et noir, code couleur symbolique peu usité des politiques. Et elle enfourche un vélo jaune, casque de cycliste dûment vissé sur la tête.

Aucun autre leader politique français ne le ferait.

Il y a là un choix de vie et une stratégie de communication. On pense à l’héroïne de la série Borgen.

Et du coup, les cameramen sont ontraints, sur leurs motos, de rouler au pas, pour suivre dans les rues, l’ex ministre sur son vélo, comme pour un Président nouvellement élu, dans sa voiture !

C’est cocasse.

Nietzsche et Césaire

Les médias sont fascinés aussi par le "verbe" de Christiane Taubira.

Là encore, atypique. Donc fascinant.

Christiane Taubira, c’est un niveau de langage hors du commun. Plus de verbe que d’action, selon ses détracteurs.

Mais interviewer l’ex Garde des Sceaux, vous l’avez fait plusieurs fois, Patrick, c’est toujours un moment particulier pour un journaliste.

Le raisonnement emprunte des chemins inattendus, et l’improvisation est parsemée de citations de Césaire, Nietzsche ou Frantz Fanon.

Classique et… moderne en même temps. Grande adepte de Twitter, avec plus de 300.000 abonnés sur son compte personnel, presque autant que Manuel Valls.

Avec à la clé, un mélange de rareté médiatique (« je fais ce que je veux quand je veux ») et de séduction assumée, l’œil pétillant, le sourire aux lèvres… On se souvient ici même de son embryon de Marivaudage en direct avec Vincent Dedienne.

Aucune autre personnalité politique ne se l’autoriserait.

La négritude en étendard

Le troisième paramètre renvoie à ses origines.

Ce n’est pas politiquement correct.

Ca « ne se dit pas » !

Raison de plus pour mettre les pieds dans le plat : si Christiane Taubira fascine ou fascinait les médias, c’est aussi parce qu’elle est… métisse.

Ultra marine.

Guyanaise. Et votre serviteur peut s’autoriser à le dire puisqu’il est lui-même guyanais.

Ancienne militante indépendantiste. Arborant fièrement ses tresses. Et sa négritude comme un étendard.

Très atypique dans un pays historiquement centralisé et aujourd’hui guetté par le racisme. A l’exception de Gaston Monnerville il y a un demi-siècle, jamais un ultramarin n’était monté aussi haut sur l’échelle du pouvoir.

Cela en dit long, aussi, sur la France.

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