Le traitement journalistique de la riche actualité franco-allemande de ces derniers jours est révélateur de nos "impensés" sur nos voisins.

Deutschland über alles : cette semaine, l’Allemagne était partout dans les journaux… !

De la victoire en demi-teinte d’Angela Merkel, à la fusion Siemens-Alstom, en passant par le discours européen d’Emmanuel Macron…. Et le traitement journalistique de ces sujets en dit long sur les pensées latentes, les « totems » qui perdurent dans notre vision médiatique de nos voisins.

Premier totem : la France n’aime rien tant qu’à s’imaginer en leader politique de l’Europe, devant l’Allemagne. Et ces derniers jours, plusieurs ingrédients sont venus alimenter cette aspiration.

Premier acte : le succès électoral étriqué de la chancelière, aussitôt analysé de ce côté du Rhin comme un affaiblissement de son pouvoir (ce qui reste à démontrer). Ajoutons-y la poussée de l’extrême droite allemande qui fait ressurgir les peurs du passé, et alimente un vague sentiment de défiance vis-à-vis d’une potentielle menace.

Deuxième acte : le discours d’Emmanuel Macron sur l’Europe. Globalement accueilli dans les journaux français avec beaucoup de louanges, qui transcendaient les habituels clivages politiques de la presse d’opinion.

« Du bon sens et de l’audace » sous la plume des uns, « le chamboule tout qui bouscule l’Europe » sous le clavier des autres. Il y avait comme une sorte d’unanimité, avec un soupçon de fierté, à célébrer le retour d’un leadership politique français en Europe, à l’heure où Angela Merkel serait affaiblie.

L' économie allemande, c'est plus fort que toi !

Le 2ème cliché, le 2ème « totem », va à l’inverse du premier : c’est un complexe économique.

Il y a bien eu, la semaine dernière, quelques enquêtes pour décrire le revers de la médaille économique allemande, par exemple l’appauvrissement des retraités, ici-même dans le magazine Interception.

Mais ça n’a pas tenu longtemps…. Mardi patatras ! Le complexe d’infériorité économique de la France est revenu au grand galop. A l’occasion de la fusion Siemens – Alstom.

Analyses inquiètes un peu partout dans la presse : la France est avalée par l’Allemagne !

Quitte à oublier un peu vite qu’en d’autres occasions, avec PSA ou Sanofi, ce sont aussi parfois les entreprises françaises qui rachètent en Allemagne. Daniel Cohn Bendit le rappelait à ce micro avant-hier avec le bagoût qui le caractérise.

On se résume. Il y a dans le traitement journalistique de la relation franco-allemande deux impensés omniprésents, complémentaires et opposés : un brin de condescendance politique et un complexe d’infériorité économique. Et beaucoup d’articles sur l’Allemagne s’inscrivent dans l’une ou l’autre de ces logiques.

Extase du PSG

En dehors de ces sujets, il y a par exemple très peu d’enquêtes sur la société ou la culture allemandes, pourtant assez proches des nôtres. Seuls deux autres sujets sur l’Allemagne franchissent les portes de la presse française :

- l’immigration, parce qu’en écho à notre politique intérieure.

- Et le football… ! Parce qu’alors, le patriotisme refait surface…

Et là encore, c’était décidément une semaine allemande… Avec la victoire du PSG face au Bayern ! Qui a conduit hier, un comble, à l’installation… d’un Français, Willy Sagnol, comme nouvel entraîneur du Bayern…

Dans ce match franco-allemand où les mythologies ont la vie dure, c’était une petite extase symbolique…

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