Vous avez entendu leurs témoignages ces dernières 48h…

Omar Ouahmane et Etienne Monin, tous deux grands reporters à Radio France, ont été parmi les tout premiers journalistes, avec Bülent Kilic de l’AFP, à entrer dans les ruines de Kobane.

Une maison éventrée de Kobane
Une maison éventrée de Kobane © Radio France / Omar Ouahmane

Kobane libérée par les combattants kurdes syriens.

Après des mois de siège de l’Organisation Etat islamique.

Ils viennent de nous livrer des reportages qui font honneur au journalisme : sur la destruction quasi-totale de cette ville, sur les ravages causés par les tirs de mortiers et les voitures piégées des Djihadistes, et aussi sur les dégâts provoqués par les bombardements de l’aviation américaine. L’enfer de la guerre.

Ils nous ont aussi envoyé des images, dont certaines sont d’une violence explicite, qui peut choquer…

Nous avons, malgré tout, choisi de les publier sur le site de France Inter.

Parce qu’elles traduisent la réalité de l’enfer vécu par les habitants de cette ville.

Jusqu’à présent, on pouvait seulement imaginer cet enfer.

Avec des clichés pris de loin de l’autre côté de la frontière turque.

Ou avec d’étranges images satellite, quasi abstraites, montrant l’exode des populations civiles.

Cette fois, ce n’est plus abstrait du tout. C’est violent.

C’est la guerre.

Voir change tout

C’est ce que nous rappelait cette semaine l’historienne Annette Wiewiorka au sujet de la Shoah, à l’occasion des 70 ans de la libération des camps d’extermination. Montrer la barbarie humaine. Montrer les corps de Treblinka, Sobibor, Auschwitz, Chelmno. Parce que voir… change tout.

Voir nous contraint à regarder en face l’innommable, la banalité du mal, l’inhumanité de l’homme.

Mais la regarder, c’est aussi, précisément, se donner la chance de rester humain. Surtout ne pas détourner le regard.

Même si c’est insoutenable.

Et savoir que ce n’est pas un film de fiction.

Alors bien entendu, Kobane n’est pas Auschwitz, il n’y est pas question d’une logique d’extermination planifiée.

Mais l’enjeu du témoignage est identique.

Il faut témoigner sur les horreurs des guerres.

Continuer d’y envoyer des reporters. Inlassablement.

En prenant le risque d’une forme de voyeurisme, peut-être.Mais parce que la priorité est de ne laisser aucun doute subsister sur la réalité du mal. Combattre ces doutes, sources de tous les négationnismes.

Il y a des limites au fait de tout montrer

La première, c’est de s’interroger avant de montrer la mort en direct.

On en eu l’illustration, avec cette vidéo il y a 3 semaines montrant les frères Kouachi achevant un policier dans la rue avec un sang-froid absolu.

Certes, elle nous apportait des éléments d’information sur la détermination des assassins.

Mais elle était indécente, comme un viol de la victime.

Ce n’est plus seulement le geste de l’assassin qui était barbare, c’était le fait de le montrer qui participait de la barbarie.

Et pour le coup du voyeurisme. La seconde limite, c’est quand l’image relève d’une stratégie de communication des terroristes.

On songe en particulier aux vidéos de décapitation qui sont autant d’instruments de propagande des assassins. . Les diffuser, ce n’est plus dénoncer la barbarie, c’est en être l’instrument.

Témoigner et montrer. Toujours. Sans se faire manipuler.

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