C'est une semaine "fashion victim": pourquoi le coup de comm' des Insoumis sur la cravate à l'Assemblée a-t-il rencontré un tel écho ?

C’est LA grande histoire de la semaine. Des heures de direct sur certaines chaines d’information continue, des articles en pagaille dans toute la presse, et même des éditoriaux, y compris ici même sur France Inter.

Pourquoi le coup de com des Insoumis (nous ne mettrons pas de cravate à l’Assemblée) a-t-il rencontré un tel écho médiatique ?

Comme toujours, dans cette société du spectacle, l’image est primordiale. L’apparence avant tout ! A fortiori quand… il n’y a pas de débat de fond. La polémique sur la cravate, c’est la polémique du pauvre, faute de mieux ! Pas grand-chose à se mettre sous la dent, même les prémices de la loi travail ne suscitent guère de grande controverse publique, du moins pour l’instant.

Or les médias vivent, en partie, des controverses. C’est l’un de leurs carburants.

Recherche opposition désespérément

Par-dessus le marché, la presse est en quête… de l’opposition… La vieille matrice bipartisane d’analyse de la vie politique, droite gauche, est toujours à l’œuvre dans l’esprit de nombreux journalistes. Il y a une majorité, il faut donc trouver une opposition.

Division chez LR, discrétion au FN, voilà donc les Insoumis pour endosser le costume de l’opposant. Verbe haut et cravate en berne !

Au moins ça alimente la boite à polémiques.

Il y a aussi l’impact de l’inconscient collectif: la cravate ça fait causer dans les médias, par la force du symbole…

Les « sans cravates », comme héritier des « sans culottes » révolutionnaires, c’est tout le pari mythologique de Jean-Luc Mélenchon.

Incarner le Tiers Etat par le choix du vêtement. Thomas Legrand le rappelait hier ici-même. Il y a une volonté de s’inscrire dans une tradition gauchiste et libertaire, un emblème de classe. L’Histoire politique est d’ailleurs parsemée de symboles vestimentaires ou de « codes couleurs », des chemises rouges italiennes ou chemises brunes nazies.

Sans culottes et testostérone

Autre aspect de cet inconscient collectif : la validation implicite de la domination masculine sur le pouvoir. Car le débat sur la cravate, c’est une histoire… de mecs ! Il y a presque même un côté : « enlève ta cravate, viens te battre dehors »…

Là où la presse aurait pu multiplier les sujets sur la vraie nouveauté de cette Assemblée, sa féminisation (enfin)… elle a préféré un petit concentré de… testostérone ! Elle avalise ainsi le fait que les postes principaux restent aux mains… des hommes !

Enfin, petit ingrédient supplémentaire : le sujet fait écho dans la micro société des journalistes. Car dans la presse aussi, il y a un « code vestimentaire » dominant : c’est la veste… sans cravate !

Tenez, par exemple, Patrick Cohen, depuis 3 ans que nous travaillons ensemble ici, je ne vous ai jamais vu en cravate dans ce studio… !

En veste, oui, mais jamais cravaté ! Alors pour votre dernière, je vous en offre une ! Ca vous servira peut-être prochainement…

Et comme on est beau joueur, sur France Inter, vous noterez la couleur : elle n’est pas rouge, elle est bleue… !

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