Du vide au plein... Pourquoi les médias ont été lents à réagir sur le traitement de la crise en Guyane et pourquoi ils ont fini par en faire la Une !

Le réveil a été un peu… lent (et c’est aussi une autocritique) ! Puisque tous les médias nationaux, y compris France Inter, ont mis une semaine à prendre la mesure de la crise en Guyane, malgré les alertes de certains d’entre vous sur les réseaux sociaux. Et comme souvent dans ces cas-là, on est passé de rien… à tout ! Avec, par exemple, l’ouverture des JT de 20h de TF1 et France 2, lundi soir ET mardi soir.

Avant d’expliquer le réveil, commençons par les raisons du silence. Premier élément, récurrent : les Outre-mer sont sous-traités dans les médias nationaux. On peut y voir une trace de condescendance néocoloniale, même si votre serviteur, lui-même natif de Cayenne, a du mal à se faire à cette idée. Mais il y a sans doute, plus prosaïquement, un côté « loin des yeux, loin du cœur »…Envoyer des reporters depuis la métropole coûte cher. Et les rédactions parisiennes possèdent peu de spécialistes du sujet.

Dans le cas de la crise guyanaise s’ajoutent des freins spécifiques. D’abord la difficulté d’accès, accrue : pas de vols du tout : aéroport fermé. Les reporters ont donc mis 48h à arriver : il a fallu passer par le Surinam, puis en pirogue via le fleuve Maroni. Ensuite il y a le « puzzle des clichés, qui détournent de la « vraie vie » : le « futurisme » de la fusée Ariane, « l’écologie » de la forêt amazonienne, voire le souvenir mémoriel… du bagne.

Enfin, il y a le retard à l’allumage des politiques : les pouvoirs publics peut-être par calcul? les candidats à l’Elysée par myopie : ils arpentent plus volontiers la Réunion, où il y a… 4 fois plus d’électeurs !

L'effet cagoule

Après les raisons du silence, les raisons du réveil médiatique D’abord, il y a la force d’une image : celle de ces « 500 frères contre la délinquance ». En choisissant de mener, cagoulés, des opérations spectaculaires, ils ont… réussi leur coup : attirer l’attention de la presse ! D’autant que le choix de la cagoule suscite un mélange de réminiscences dans l’inconscient collectif : le groupuscule fasciste des années 30, le FLNC corse des années 80 et 90, et, dans un registre positif cette fois, les super héros des comics américains.

Deuxième paramètre, le réveil de la classe politique, étroitement imbriquée avec celui des médias. Soudain, les candidats à l’Elysée réalisent que la Guyane est une sorte de « révélateur augmenté » de plusieurs maux : l’insécurité, le chômage, l’immigration illégale. Ajoutons-y un élément de suspense classique en cas de conflit social (« le gouvernement parviendra-t-il à dénouer la crise ? ») et vous avez les ingrédients d’un soudain emballement.

Mais… l’expérience montre que dans ces cas-là, l’attention journalistique peut retomber aussi vite qu’elle est montée !

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