Marceline Loridan Ivens
Marceline Loridan Ivens © Radio France /

Arthur Dreyfus vous invite à plonger dans la période bleue de la cinéasteMarceline Loridan-Ivens . Une période bleue parfois teintée de gris…

Marceline Loridan-Ivens a connu l’horreur d’Auschwitz à 14 ans avec Simone Veil .

Comme elle, elle a survécu et à son retour, elle a vécu des expériences multiples jusqu’à réaliser son premier film documentaire en 1962 pendant la guerre d’Algérie à Alger.

Plus tard, elle rencontre Joris Ivens, le grand documentariste qui sera l’amour de sa vie.

Avec lui, elle réalisera17ème parallèle , un film sur la guerre d’Indochine, la série magistrale Comment Yukong déplaça les montagnes qui se passe en Chine, et puis l'un des films les plus beaux qui peuvent être donnés à voir : Une histoire de vent .

Mais au-delà du documentaire, elle réalise aussi, il y a quelques années, en 2002, son premier film de fiction qui, paradoxalement, est le plus proche d’elle : La petite prairie aux bouleaux avec Anouk Aimé. Et plus récemment, elle écrit ses mémoires dans un livre à la fois déchirant et amusant qui s’appelle La vie Balagan .

Ce soir, Arthur Dreyfus traverse à l’envers la vie de Marceline Loridan-Ivens et remonte sa période bleue.

Texte "Le garçon qui voulait dormir" d'Aharon Appelfeld (extraits)

Notre vie était placée sous le signe de l'élan et de la conquête de nouveaux espaces.

(...) Pourtant, le sommeil continuait à m'envahir de visions nettes et dépaysantes. Ce n'étaient pas des scènes cauchemardesques de la guerre mais des tableaux de la maison de mes parents, empreints de la douceur qui avait entouré mes premières années, lorsque j'étais leur fils unique et chéri. Les visions affluaient, s'enchaînant les unes aux autres, nuit après nuit. Elles me remplissaient de joie mais assombrissaient mes jours, comme si elles témoignaient d'une vérité : Nous sommes ta vraie vie. Tes nouvelles activités sont du domaine des apparences, pour ne pas dire des illusions. Tu appartiens à ton père et à ta mère pour toujours, il n'y a pas d'autres contrées possibles pour toi en dehors d'eux.

Une nuit, je vis mon père, vêtu de son costule blanc qui lui conférait une allure jeune et festive. (..)

Il releva la tête brusquement et demanda :

"Où étais-tu ?"

Sa question me fit frémir. Je ne parvins pas à assembler tout ce qui s'était passé depuis notre séparation et répondis simplement :

"Dans différents endroits.

_ C'est étrange.

_ Quoi donc?

_ Nous avons toujours été ensemble, non?

_ Depuis que nous avons été séparés, ce n'est plus le cas, dis-je, en réalisant aussitôt que ce n'était pas vrai.

_ Je n'ai ressenti aucune séparation", dit-il, avec son bon rire qui éclairait son visage. (...)

"Où étais-tu, papa ? demandais-je , en tâchant de surmonter la sentation d'étouffement qui m'étreignait.

  • Ici.

_ Mais pourtant on nous a dispersés, on nous a déportés.

_ Tu te trompes, mon chéri. Nous sommes restés ensemble, même lorsque nous avons été séparés un instant. Les camps ont existé, ils ont disparu, mais nous, nous sommes restés ensemble."

Il était là, pareil à lui-même, le temps n'avait pas ridé son visage qui diffusait douceur et bonté, seul son costume blanc était légèrement froissé.

"Nous sommes restés ensemble? répétai-je.

_ Tu ne le vois donc pas ? Tu ne le sens donc pas ? Ta mère va bientôt arriver. Les circonstances ont certes changé, mais nous sommes ensemble. Tu as raison cependant, on a essayé de nous séparer, on nous a envoyé dans toutes sortes de lieux plus étranges les uns que les autres, mais nous n'avons pas été séparés pour autant. Faut-il en fournir une preuve ?"

A peine avait-il prononcé ces mots que ma mère apparut près de moi, toute jeune, portant une robe d'été comme pour nos départs en vacances."

Jeu

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Chopin
Chopin © Radio France /

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