Historien et enseignant à l’université hébraïque de Jérusalem, l'auteur de "Sapiens, une brève histoire de l'humanité" est l'invité de Patricia Martin pour l'adaptation de son best-seller (vendu à 10 millions d'exemplaires dont 800 000 en France) en bande dessinée.

Yuval Noah Harari, docteur en Histoire et enseignant à l’université hébraïque de Jérusalem, prononce un discours après avoir reçu un `` Docteur Honoris Causa '' de l'Université VUB avant une lecture à Anvers, le 27 janvier 2020.
Yuval Noah Harari, docteur en Histoire et enseignant à l’université hébraïque de Jérusalem, prononce un discours après avoir reçu un `` Docteur Honoris Causa '' de l'Université VUB avant une lecture à Anvers, le 27 janvier 2020. © AFP / KRISTOF VAN ACCOM / Belga

Une adaptation, pas une transposition

YNH : "C'est une expérience sur la façon de raconter l'histoire de la science de manière différente. Chaque chapitre, chaque scène en fait, suit un genre artistique différent. 

Un chapitre qui traite de la disparition des grands animaux de la surface terre il y a plus de 10 000 ans est construit comme un roman policier : qui est le tueur en série responsable de l'élimination de plus de 50 % des grands animaux de terre ? (spoiler : c'est nous, homo sapiens, qui l'a fait). Un autre chapitre, qui traite de l'apparition des nouvelles religions, suit les règles des films de super héros.

"Sapiens" est un livre d'histoire conventionnelle, mais avec cette bande dessinée, c'est très drôle de découvrir l'histoire à travers des genres littéraires différents !

Yuval Noah Harari est lui-même représenté dans la BD

"Il y a eu beaucoup de débats à ce sujet. Les deux personnes avec qui j'ai collaboré, Daniel Casanave et David Vandermeulen, voulaient que je sois dans le livre. Moi, je n'étais pas très à l'aise avec ça. On a fait un compromis : "Oui, je vais apparaître, mais pas tout seul". Donc, il y a quelques universitaires et moi, je ne suis que l'un d'entre eux, qui explique les aspects différents de l'histoire humaine. 

Ce n'est pas vraiment moi, c'est un personnage fictif, une adaptation fictive de moi-même. Par exemple, le personnage dans le livre est beaucoup plus grand que je ne le suis. 

Et fondamentalement, c'est simplement une façon d'essayer de raconter la science à un public beaucoup plus large, d'une façon qui est beaucoup plus attirante et beaucoup plus drôle". 

Quand un historien s'intéresse à la biologie

Je pense qu'on ne peut pas écrire l'histoire humaine sans parler de biologie, parce que les êtres humains sont des animaux et tout ce qui se produit dans l'histoire humaine et soumis à la biologie. 

"La biologie en soi-même ne suffit pas : si vous ne connaissez que la biologie, vous ne pourrez pas expliquer des choses comme l'émergence de la chrétienté ou la Seconde Guerre mondiale. Mais la biologie, c'est la base. Donc à la fois dans le livre, mais aussi de façon plus générale, les historiens et les biologistes devraient être en contact plus étroit pour expliquer l'histoire humaine".

La révolution cognitive, il y a 70 000 ans

"La raison pour laquelle nous contrôlons le monde et aucun autre animal, c'est en raison de notre capacité unique à coopérer en grands groupes. Et ça, c'est fondé sur la capacité que nous avons de croire à des histoires fictionnelles. 

Si vous regardez ce qui se passe dans les coopérations à très grande échelle, que ce soit dans les tribus archaïques ou dans les entreprises d'aujourd'hui , c'est toujours basé sur un récit fictif. L'exemple le plus évident, c'est la religion

Tu ne convaincras jamais un chimpanzé te donner sa banane en lui promettant qu'elle lui sera rendue au centuple au paradis

Les fourageurs préagricoles : des sociétés d'abondance originelles (autrement dit une forme de paradis ?)

"Les êtres humains sont apparus pour la première fois il y a 2,5 millions d'années, et pendant quasiment toute cette période il y a eu beaucoup d'espèces humaines (et non pas uniquement nous, Homo Sapiens) mais ils avaient très d'impact sur le système écologique.

Et puis, il y a environ 70 000 ans, en raison de cette révolution cognitive, cette capacité de pouvoir raconter des récits, l'espèce Homo sapiens commence à créer cette coopération à très grande échelle. Ainsi, au lieu de vivre en petits groupes de 20 ou 30 individus, on voit l'apparition de tribus beaucoup plus grandes, puis de réseaux commerciaux et d'alliances armées. Ça a donné à nos ancêtres la capacité de couvrir le monde et de pousser à l'extinction toutes les autres espèces humaines, comme les Néandertal".

Aller plus loin

Feuilletez quelques pages de la bande dessinée Sapiens

La bande dessinée est éditée chez Albin Michel

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