Emmanuelle Richard est l'invitée de Patricia Martin pour son dernier livre "Les Corps abstinents" (Flammarion). Un sujet d'autant plus d'actualité avec le confinement, qui a eu un impact sur les vies sexuelles, entre mesures de prudence, éloignement de certains couples, et des occasions de rencontres restreintes…

Illustration du livre d' Emmanuelle Richard, "Les corps abstinents" (Flammarion).
Illustration du livre d' Emmanuelle Richard, "Les corps abstinents" (Flammarion). © Getty / Oleg Golovnev / EyeEm

Emmanuelle Richard : On constate aussi une baisse du désir chez les gens qui ont été confinés ensemble entre partenaires. La présence permanente de l'objet du désir a un effet inverse de ce à quoi on pourrait s'attendre. 

L'abstinence sexuelle, un sujet tabou ?

Emmanuelle Richard : "L'abstinence sexuelle est extrêmement banale. Cela concerne absolument chaque personne au moins à un moment donné dans sa vie, parce qu'on n'est pas toujours en mesure d'avoir un partenaire, un état émotionnel... Les conditions dont on aurait besoin pour avoir une sexualité partagée ne sont pas forcément réunies. 

Le paradoxe, c'est que c'est tabou parce qu'on est dans une société qui incite à la consommation permanente, à l'épanouissement, au bonheur et à l'hédonisme. Il y a quelque chose d'un peu contre culturel dans le fait de s'abstenir d'avoir une sexualité avec d'autres. C'est immédiatement relié la notion de solitude et de souffrance or ce n'est pas nécessairement le cas. Le temps de l'abstinence peut être vécu avec beaucoup d'épanouissement

Non pas UNE mais DES abstinences

L'abstinence, ça peut être "plus du tout", ou "moins que d'habitude". Elle peut être temporaire. Elle peut être volontaire, ou au contraire subie. Ca peut être honteux. Ça peut faire souffrir, ou pas. 

Emmanuelle Richard : "Il y a autant de situations qu'il y a d'individus. Avant d'écrire ce roman, ce que j'en entrevoyais du sujet était très manichéen : soit l'absence d'opportunités, soit le fruit d'un choix moral qui serait le plus souvent religieux. Et en fait, c'est beaucoup plus fin et beaucoup plus vaste et varié que ça. 

Certains facteurs récurrents  

La romancière liste quelques cas communs :

  • besoin de ce temps pour se retrouver après une rupture.
  • lassitude par rapport aux injonctions à la performance et cette espèce d'immixtion de l'extérieur dans la sexualité (qui est quand même la chose à soi entre toutes les choses) 
  • plusieurs femmes m'ont parlé de ce temps comme l'opportunité de mieux découvrir leur sexualité au travers de la masturbation, entre autres.
  • lassitude (qui parle à pas mal de femmes) de la manière dont ça se passe dans le jeu hétérosexuel et les questions de différence de charge, notamment esthétique et hygiénique, qui sont assez assez pesantes

Emmanuelle Richard : "Il y a pas mal de choses et ça peut vraiment révéler des dimensions très positives, comme par exemple, sa capacité d'autonomie émotionnelle et sexuelle qu'on n'aurait pas pu entrevoir ou envisager sans ça. 

Quelque chose qui revenait de manière très, très, très forte, c'est le fait que la plupart des gens sont dans une quête de sens et préfèrent avoir à attendre d'avoir envie d'une personne que d'un rapport.

Un point qui revient vraiment dans la bouche de tout le monde, que ce soit aussi une abstinence subie aussi bien que choisie : 

Même quand l'abstinence est vécue comme un temps heureux, l'absence de possibilité d'étreintes, de toucher au sens large était le plus difficile.

Je pense qu'il faudrait prendre du large par rapport à tous les imaginaires en circulation et toutes les images qui nous montrent cette idée fausse que tout le monde aurait une sexualité très épanouie, très fréquente, très intense alors que ce n'est pas la réalité de chacun. Il y a toujours ce hiatus entre ce qu'on imagine de la réalité de la vie sexuelle des autres et la réalité. "

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