Quand nous parlons, nous croyons choisir les mots que nous prononçons pour exprimer ce que nous voulons dire. Mais comment comprendre que parfois des mots que nous n'avons pas choisi puissent se glisser dans ce que nous disons ?

Quand nous parlons, nous disons aussi que nous ne maîtrisons pas tout ce que nous disons
Quand nous parlons, nous disons aussi que nous ne maîtrisons pas tout ce que nous disons © Getty

Cette histoire de tics en effet pose un problème simple : il y a donc bien des choses que nous disons sans trop savoir pourquoi nous les disons. C’est-à-dire sans être capable d’en donner le sens ou de leur donner un rôle précis dans ce que l’on est en train de dire. Le langage, à travers les mots que nous employons selon certaines règles est d’abord un outil de communication. Nous nous exprimons pour communiquer une information, décrire une situation extérieure, exprimer une émotion et pour tout cela nous choisissons les mots qui nous paraissent les plus pertinents.

Et pourtant dans toute cette opération viennent se glisser des tics, des mots ou des expressions, qui n’apportent pas forcément de précision supplémentaire et que l’on prononce machinalement, par réflexe, sans pouvoir s’en empêcher comme on dit. Cela montre que nous ne nous maîtrisons pas complètement et que nous nous échappons à nous-mêmes.

Et cela pour deux raisons : 

  • La 1ère raison repose sur l’hypothèse freudienne de l’inconscient. Le tic serait au langage ce que le toc serait à l’action : le signe d’une tension inconsciente. Le tic permettrait de meubler un embarras ou de détendre une anxiété… mais dans tous les cas il indiquerait que nous ne sommes pas les maîtres en notre maison comme disait Freud. Et c’est un peu déstabilisant quand ça surgit au cœur du      langage, parce que nous avons pourtant l’impression d’être bien l’auteur conscient de ce que nous disons, nous pensons savoir ce que l’on dit, choisir les mots      
  • La 2ème raison pour laquelle nous ne savons pas toujours ce que nous disons c’est que nous sommes des êtres sociaux et que la langue que nous parlons est un fait social. Comme le fait remarquer Durkheim, le fondateur de la sociologie, un      fait social a deux caractéristiques : sa généralité et son caractère coercitif.      Cela veut dire qu’un fait social s’impose à un grand nombre de personnes et      qu’il exerce une influence. Le tic c’est le signe particulier, au cœur de ce      que nous disons, de notre appartenance à une culture, à une époque, à un milieu…Mais      c’est donc en ce sens là le signe que nous ne nous appartenons pas entièrement      à nous-mêmes.

Ainsi au cœur de ce que nous disons, quand nous parlons, nous disons aussi que nous ne maîtrisons pas tout ce que nous disons.

C’est agaçant souvent, mais c’est aussi assez beau : que ce soit l’inconscient ou l’appartenance sociale qui nous détermine, cela veut dire que nous disons bien plus que ce que nous disons au sens strict

Le tic de langage n’est pas absurde, ce n’est pas un bug,  il nous raconte aussi. C’est cela qui est beau, quoique nous disions, nous n’échappons pas au sens !

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