Mon corps m'appartient ! C'est notamment au nom de ce slogan que les droits contraceptifs ont été conquis dans les années 1960. Mais peut-on vraiment en conclure que nous sommes propriétaires de nos corps ? Comment penser que l'on a un droit sur son corps sans pour autant en faire un objet comme les autres ?

Sommes-nous les propriétaires de nos corps ?
Sommes-nous les propriétaires de nos corps ? © Getty / Emma Kim

Dire que je suis propriétaire de mon corps, c’est supposer qu’il existe deux réalités bien distinctes. D’un côté il y aurait le je, le moi, le sujet, la personne et de l’autre un corps, des organes, que l’on traînerait un peu partout avec soi comme un boulet ou comme une vitrine. Penser que l’on est propriétaire de son corps suppose donc cette pensée dualiste du corps et de la personne. 

Le risque, c’est que mon corps ne soit alors plus tout à fait moi mais un bien que je possède, comme une voiture, des vêtements ou un téléphone. Il n’est plus tout à fait sûr alors qu’il puisse conserver une quelconque dignité. 

Peut être faut-il alors abandonner l’idée d’être propriétaire de son corps et le penser autrement. 

Je n’ai pas un corps, mais je suis mon corps. Celui que je vis, celui qui est moi, indissociablement de moi. 

D’ailleurs quand on se moque de mon poids ou de ma petite taille, n’est-ce pas toujours de moi que l’on se moque ? Et n’est-ce pas d’abord par la présence de mon corps que je me présente aux autres ? 

Si donc mon corps n’est pas un objet que je peux posséder comme les autres, alors je peux précisément commencer à le respecter. Comme le fait remarquer le philosophe Kant, chaque être a ou bien un prix ou bien une dignité. Et ce qui a un prix n’a pas de dignité et ce qui a une dignité n’a pas de prix : parce qu’on ne peut pas lui trouver d’équivalent. Ce qui a une dignité et pas de prix, on le respecte, tandis que ce qui n’a pas de dignité, on en fait ce que l’on veut. Ainsi donc, il faut que je ne sois pas propriétaire de mon corps, pour que mon corps ne soit pas un objet et qu’il n’ait donc pas de prix mais une dignité et que je puisse donc le respecter. 

Je suis donc libre de faire usage de mon corps à condition de le respecter, c’est-à-à dire à condition de lutter contre ceux qui voudraient s’en servir et de lutter contre tout ce qui pourrait l’asservir. 

Ce n’est donc pas parce que je suis propriétaire de mon corps que la contraception est légitime, mais c’est parce qu’elle me permet d’être moins dépendant et plus autonome, tout comme le sport, une alimentation équilibrée avec au moins 5 fruits et légumes par jours et des tonnes de tendresse.

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