Après 15 années de pratique en tant que professeur de philosophie en Normandie, en Lorraine, et aux quatre coins de l’Île-de-France... Je peux vous le dire : le plus difficile ce ne sont pas les textes de Descartes ou de Hegel, mais d'être un bon pédagogue - de réussir à transmettre quelque chose...

Portrait de Socrate
Portrait de Socrate © Getty / pictore

Le but de l'enseignement, ça n'est pas de gaver les élèves de connaissances, comme des oies dont on voudrait faire grossir le foie, mais de les rendre capable de penser, de comprendre, de se questionner pour pouvoir ensuite savoir ce qu'ils voudront apprendre.

Le piège qui menace tous les professeurs

La solution de facilité qui est hyper séduisante, c'est de remplir les élèves au lieu de les stimuler. De s'abriter derrière des connaissances à savoir et à apprendre par cœur au lieu de préparer les élèves à les comprendre. 

Comment éviter de tomber dans le piège ? La question n'est pas si simple, d'autant que nous avons tous eu une expérience d'élève - plus ou moins agréable j'en conviens... On a un peu tous, du coup, un avis sur la question. Et moi même, je ne prétends pas détenir de "solution miracle" mais il y a une solution tout de même qui me parait inspirante et qui l'est depuis bien longtemps , depuis avant même Maria Montessori : c'est celle de Socrate il y a presque 2400 ans. 

On le considère souvent comme un des pères fondateurs de la philosophie européenne mais c'est aussi un des premiers maîtres de pédagogie, avec une méthode bien à lui, et qui comporte trois étapes : 

  • Socrate pédagogue, c'est d'abord quelqu'un qui reconnait qu'il ne sait qu'une seule chose : c'est qu'il ne sait rien.

C'est donc d'abord une figure de pédagogue humble vis-à-vis du savoir. Ne rien savoir ça ne veut pas dire n'avoir aucune connaissance, ça veut dire ne pas croire que l'on sait tout, ou que l'on sait d'avance, ou que l'on sait pour toujours. C'est d’emblée accepter l'idée que l'on a toujours / encore à apprendre. 

  • la fameuse maïeutique 

Elle consiste à faire accoucher l'élève de son savoir. Ce n'est pas une opération magique mais une façon de procéder avec l’élève , par un jeu de questionnements habilement organisés, pour l'amener à découvrir par lui-même ce qu'il cherchait. En fait, c'est une façon de rendre l’élève actif dans la découverte en le faisant construire peu à peu un ensemble de déductions qui vont le conduire à connaitre.

  • l'art de la réfutation

Le Socrate pédagogue examine les réponses de ses élèves et cherche par tous les moyens à les réfuter, comme pour les tester. Pour savoir si les vérités qui naissent dans l'esprit de l'élève sont "viables", comme dit Socrate. Ça implique que le pédagogue ne soit pas simplement en extase devant les découvertes de ses élèves mais qu'il puisse aussi faire le tri en les poussant dans leurs retranchements.

Les qualités d'un bon pédagogue

Au fond chacune de ces étapes de la pédagogie socratique implique, je crois, trois grandes qualités pour le pédagogue : 

  1. l'humilité par rapport à sa fonction

  2. la confiance en son élève

  3. l'exigence de vérité

Le but d'une telle pédagogie, c'est d'abord de former des êtres capables de penser et d'interroger ce qu'ils croient savoir pour ensuite emprunter le chemin de la connaissance. 

Je ne sais pas pour vous, mais moi je crois qu'on aimerait tous avoir des maîtres, à l'école ou plus tard dans la vie, qui ressemblent à Socrate...

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