On le sait l’enfer est parfois pavé de bonnes intentions. Mais comment un tel retournement est-il possible ? Comment comprendre qu’une action de prévention par exemple puisse au contraire augmenter les risques ?

Comment comprendre qu’une action réfléchie puisse avoir des effets contraires à l’intention qui l’a inspirée ?
Comment comprendre qu’une action réfléchie puisse avoir des effets contraires à l’intention qui l’a inspirée ? © Getty / Jeffrey Coolidge

Un effet pervers c’est l’effet qui se retourne contre sa cause, c’est le résultat qui vient contredire l’intention. Par exemple les Australiens ont voulu rendre obligatoire le port du casque pour tous les cyclistes. L’idée était simple : cela permettra de réduire la gravité des blessures lors des accidents. Partant de cette bonne intention, cette mesure a eu deux effets pervers : 

  1. elle a fait baisser le nombre global de cyclistes et donc elle a fait baissé les bénéfices du vélo comme activité physique
  2. se sentant davantage protégés, les cyclistes ont pris plus de risques et il y a plus d’accidents.

Il y aurait donc des effets pervers parce qu’il est très difficile de prévoir ces effets.

La relation entre la cause et ses effets est une relation qui est rarement transparente. La sagesse populaire le sait bien et elle en a même fait un proverbe :

L’enfer est pavé de bonnes intentions. 

Cela veut dire que nous ne sommes pas toujours capables de connaître tous les effets d’une cause. Parce que si notre raison est très forte pour calculer et faire des liens, elle n’est pas assez puissante pour tenir compte de l’ensemble des facteurs : l’effet pervers, c’est d’abord un effet imprévu...

Peut être alors faut-il simplement réfléchir davantage, préparer davantage, améliorer sans cesse nos prévisions pour rendre les actions de préventions plus efficaces ? C’est une piste évidemment. Mais cela ne suffira pas. Parce qu’on ne pourra jamais tout prévoir. On peut tenter de réduire toujours plus l’imprévu mais on ne pourra jamais supprimer l’imprévisible. Parce que nous ne sommes pas des triangles, ou des rectangles ou des droites parallèles. Nous ne sommes pas des chiffres ou des fonctions mathématiques qui varient dans un domaine défini. L’être humain ne se calcule pas tout entier, nous ne sommes pas complètement prévisibles. La vie elle- même n’est pas toute entière prévisible. On ne sait pas toujours comment la tumeur que l’on a repéré à la mammographie va évoluer....

Qu’un effet puisse donc être pervers en se retournant contre sa cause, c’est déroutant, mais c’est aussi une bonne nouvelle. Cela veut dire que tout n’est pas déterminé parce que tout n’est pas déterminable. Cela veut dire qu’il y a de la liberté en nous, cela veut dire et que la vie n’est pas réductible à un ensemble d’échanges physico-chimique... Alors bien sûr il y a des régularités fortes, des probabilités très certaines, des inerties et des habitudes qui justifient la prévention. Mais que l’on ne puisse pas tout prévenir, qu’il y ait de l’indétermination et donc des effets pervers c’est une bonne nouvelle, parce que c’est l’autre visage de la liberté, celui que l’on oublie parfois, sa face cachée en quelque sorte ! 

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