Pendant longtemps, l'homme s'est différencié de l'animal pour essayer de penser son humanité... Mais sommes-nous vraiment si différents ? Ne faut-il pas aussi prendre le temps de penser la continuité entre l'homme et l'animal ?

Si on acceptait le singe en nous ?
Si on acceptait le singe en nous ? © Getty / Tetra Images - Yuri Arcurs

S’intéresser à l'animal qui est en nous

Jusqu’à présent, les philosophes ont plutôt insisté sur tout ce qui permettait de penser la différence de l’homme, tout ce qui permettait de le distinguer de l’animal, comme le langage, la conscience, la vie en société, la liberté ou encore la faculté de se perfectionner comme le pensait Rousseau…

L’avantage, c’est que tout ça a permis de poser la question de ce qui fait notre humanité, l’inconvénient, c’est que ça peut avoir tendance à faire prendre à l’homme la grosse tête en lui fichant un sacré complexe de supériorité…

Alors qu’est-ce qui change aujourd’hui ? Comment soigne-t-on cette grosse tête ? 

Eh bien comme souvent, ce qui change la donne, c’est le travail patient d’un ou plusieurs scientifiques qui prend le temps d’observer les choses avec des hypothèses nouvelles.

L'animal en nous est bien plus moral qu'on ne le pense

Je veux parler ici de Frans de Waal, primatologue et éthologue, dont je vous recommande la lecture d’un des livres par exemple : Le singe en nous ou Le bonobo, Dieu et nous… Tout son travail consiste à montrer la continuité entre les comportements humains et les comportements animaux des grands singes. Et notamment la continuité sur le plan émotionnel, moral et politique. 

Alors bien sûr, les chimpanzés ou les bonobos n’ont pas de grandes discussions éthiques sur tel ou tel principe de vie. Mais ce que montre Frans de Waal, c’est que nos comportements moraux s’enracinent en réalité dans des comportements primaires d’expression de nos émotions, de régulation de ces émotions et de souci d’appartenance au groupe. Et que les grands singes ont des comportements similaires. Ainsi la morale ne viendrait pas de discussions raisonnées, mais plutôt de pratiques reconnues depuis toujours comme étant bénéfiques pour la survie du groupe

Il montre ainsi dans le détail la manière dont différentes espèces de grands singes produisent de véritables comportements de réconciliation. Il décrit aussi les comportements d’attachement, de recherche de sécurité et de coopération de ces grands singes entre eux. 

Son travail conduit à réviser profondément notre pensée de la relation entre l’homme et l’animal et du coup, à réviser aussi l’animalité en nous.

Couramment encore, on accuse l’animal en l’homme pour pointer un comportement mauvais, violent, ou bestial justement. Dire d’un homme qu’il se comporte comme un animal, c’est rarement un compliment. En lisant Frans de Waal, on comprend que l’inverse est possible et que l’animalité en nous est aussi responsable de comportements moralement valorisés

Ainsi au lieu de vouloir faire de l’éducation la négation de l’animalité en nous comme l’a pensé par exemple toute la philosophie des Lumières, on pourrait faire de l’éducation l’occasion d’épanouir en chacun de nous, le meilleur de l’animalité ! 

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