Pourquoi la plupart des hommes sont-ils obsédés par la taille de leur sexe ? Parce que, quand il est question de taille il est question de virilité. Mais mesurer sa virilité n'est-ce pas prendre le risque de la perdre ? Comment donc penser la virilité sans la réduire à une question de centimètres ?

La virilité n'est pas une questions de taille. Ici en Thaïlande, des symboles phalliques.
La virilité n'est pas une questions de taille. Ici en Thaïlande, des symboles phalliques. © Getty / Westend61

Pourquoi les hommes sont-ils obsédés par la taille de leur sexe ? Au repos ou en érection c’est la guerre des centimètres !  Et plus c’est grand, plus c’est large, plus c’est gros mieux c’est paraît-il. La moyenne importe peu, l’obsession de la taille c’est l’obsession de l’excès quantitatif…

Mais il me semble que cette obsession repose sur un malentendu

Parce qu’en fait ce n’est pas le pénis que l’on mesure, mais le phallus. La différence entre les deux c’est que le pénis c’est un organe et que le phallus est une idée. Le phallus c’est la représentation idéale du pénis. Le phallus c’est donc une construction culturelle, une construction qui symbolise la virilité. Tout le problème donc c’est que les hommes ont un pénis mais qu’ils n’ont pas de phallus. Donc quand on se préoccupe de la taille de son pénis, on cherche en fait à mesurer sa virilité…

Exactement, et si on le fait c’est à cause des romains

C’est eux qui inventent le phallus comme symbole de virilité. Et comme le montre Pascal Quignard dans son livre Le Sexe et l’effroi, le phallus est construit pour fasciner. Au sens strict, pour impressionner et effrayer à la fois, fasciner pour exciter le désir, avec ce mélange d’envie et de peur. Mais le phallus est un sexe idéal, toujours en érection, tandis que le pénis lui alterne les phases d’érection et de mollesse. La représentation idéale du phallus est donc construite pour dépasser les limites du pénis et imposer une norme de virilité. L’obsession de la taille est donc le signe de l’acceptation de cette norme. 

Le problème c’est que cette norme-là est contradictoire. 

En faisant d’un phallus démesurément grand et gros, et toujours en érection, la norme idéale du sexe, on entretient la peur de ne pas être à la hauteur en terme de centimètre et en terme d’érection. Bref on entretient la peur de ne pas être un « vrai homme ». L’idéal ici n’est pas libérateur mais inquiétant. La virilité n’est plus un l’horizon d’un épanouissement mais une compétition. On peut le dire autrement : la virilité qui repose sur le phallus est une virilité qui laisse beaucoup d’hommes sur le carreau de leurs complexes. 

La question à 1000 points c’est alors celle de la virilité indépendamment de la taille du sexe

Comment penser une virilité qui ne soit pas fondée sur le sexe ? Et réciproquement comment penser une féminité qui ne dépende pas d’un tour de poitrine ou d’un tour de hanche ? La réponse reste à inventer mais mon petit doigt, mon tout petit doigt, me dit qu’il faudrait arriver à penser une différence qui n’implique pas une hiérarchie.  Il est absurde de penser qu’une différence de couleur de peau signifie une infériorité ou une supériorité. Alors de même pourquoi ne serait-il pas aussi absurde de faire d’une différence de centimètre, le signe d’une plus ou moins forte virilité ? 

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