Les bouts de fer rouillent, les hommes vieillissent...dans les deux cas le processus est analogue. Faut-il avoir peur de rouiller ? Comment vivre en acceptant de vieillir ?

Où il est question du temps qui passe et qui emporte avec lui notre souplesse - entre autres choses
Où il est question du temps qui passe et qui emporte avec lui notre souplesse - entre autres choses © Getty / Stephen Zeigler

La rouille c’est le résultat d’une oxydation. Mais l’oxydation c’est assez paradoxal. Vous prenez un morceau de fer ou de n’importe quel métal contenant du fer et au contact de l’oxygène de l’air ou de celui de l’eau, il va rouiller, avec le temps même en devenant tout rouillé, il deviendra inutilisable...

Nous ne sommes pas des morceaux de fer et pourtant nous subissons aussi les effets de l’oxydation puisque notamment, nous vieillissons. Le paradoxe donc, c’est que l’oxygène sans lequel il n’y a pas de vie, sans lequel nous ne pourrions pas respirer, est aussi ce qui nous oxyde, ce qui nous donne de l’énergie, mais aussi ce qui nous fait vieillir, ce qui nous fait rouiller....

Et c’est aussi pour cela que nos existences sont limitées. Si on ne vieillit pas, il n’y a aucune raison de mourir, sauf accident. Sans oxydation, sans cette rouille du corps qu’est le vieillissement, nous serions immortels : une sorte de jeunesse permanente. Permanente mais sans doute, au fond, ennuyeuse...

De la même manière que la rouille sur le portail de la maison ou sur l’ancre du bateau, indique que le temps passe et que même les choses subissent ce passage du temps, notre vieillissement indique que nous ne pouvons pas sortir du temps et que nous allons mourir.

Ca peut paraître déprimant, mais à bien y réfléchir, c’est au contraire la condition pour que nos vies aient de la valeur et du sens. Le philosophe danois Kierkegaard retourne magnifiquement cette pensée de la mort en nous montrant que la temps limité de notre vie est un bien. Parce qu’il nous permet alors d’envisager notre mort « comme une source d’énergie comme nulle autre » en nous rendant vigilant à ce que nous vivons. Kierkegaard insiste: la pensée de la mort nous donne l’exacte stimulation pour prendre des décisions, agir et savoir où diriger notre action...

Les instants de bonheur que nous passons avec nos proches, avec nos amoureuses et nos amoureux, ou quand nous réussissons un projet professionnel, sont précieux et ont de la valeur, parce qu’ils n’auront peut être pas le temps de se reproduire. On peut le dire autrement: pour que nous mettions toute notre énergie à vivre, pour que nous ne perdions pas de temps, pour que nous profitions de tout à fond, il faut n’avoir qu’une vie.

Alors n’ayons pas peur de vieillir, cela veut dire que nous avons vécu et que nous sommes toujours vivants...même si avec le temps qui passe, nous sommes un peu rouillés! 

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.