Pour protéger les enfants des violences, suffit-il de leur reconnaître des droits et faire des lois ? Les règles et les pratiques étant parfois elles-mêmes génératrices de violences...

Au-delà du droit, prendre soin des enfants
Au-delà du droit, prendre soin des enfants © Getty / Maskot

Bien sûr il faut des règles de droit, qui permettent de protéger les enfants, de reconnaître leur intérêt supérieur, de fixer des devoirs aux adultes et de punir ceux qui leur font du mal : les règles sont nécessaires mais pas suffisantes.

D’abord parce que le droit ne pourra jamais tout prévoir. La règle est générale tandis que les situations sont particulières. C’est vrai donc pour toute règle de droit, son application dépend toujours d’une série d’ajustement ou d’adaptation qui eux dépendent des personnes ou des institutions responsables. 

Ensuite parce que, comme le montre le dernier rapport de la Défenseur des enfants, le droit et les règles et les pratiques sont parfois elles-mêmes génératrices de violence. C’est un peu paradoxal, mais il y a une violence institutionnelle - alors qui n’est évidemment pas intentionnelle - mais qui résulte d’un effet de système qui a tendance à privilégier l’efficacité de son fonctionnement à l’intérêt de l’enfant.

Alors comment faire si le droit lui-même ne suffit pas ? 

Eh bien il y a un concept qui peut tout changer. C’est le concept de care, tel qu’il a été pensé et travaillé par deux philosophes nord-américaines Carol Giligan et Joan Tronto. En travaillant à partir de la réalité détaillée de situation relationnelles, Giligan d’abord et Tronto ensuite, identifient une autre manière d’être juste. Non pas en appliquant des principes généraux et formels valables pour tout le monde pareil, mais en cherchant plutôt à se rendre attentif, à prendre soin. C’est ce que signifie care en anglais : se rendre attentif aux besoins particuliers d’une personne, dans une situation particulière, et se rendre ensuite capable de répondre à ces besoins, avant même de savoir si cela est conforme à une règle, à une procédure ou à un dispositif institutionnel. C’est ce que font souvent les personnels soignants à l’hôpital en étendant les horaires des visites pour les parents des enfants hospitalisés. Mais c’est ce que l’école a du mal à faire dans la prise en charge du harcèlement scolaire…

Placer le care, ou le soin de l’autre, au cœur de l’action de protection, c’est aussi une nouvelle manière de penser l’enfant. De remettre précisément l’enfance au cœur de l’action. Un des effets secondaires un peu paradoxal des droits de l’enfant, c’est qu’en le faisant sujet de droits, on le considère un peu comme un "mini-adulte", ou un adulte en devenir, et que son enfance est un peu effacé. Or l’enfance, c’est d’abord une asymétrie fondamentale par rapport au monde des adultes. C’est une vulnérabilité première. 

Le souci du care, le souci du soin repose précisément sur la reconnaissance de la vulnérabilité des personnes à qui il doit s’appliquer. Et c’est en se rendant attentif à cette vulnérabilité, qu’il réalise, dans le détail des situations vécues, une justice concrète et qu’il réduit les effets des violences en les soignant mais aussi en les prévenant. 

Comment fait-on pour se rendre plus attentif ? 

Pas besoin de loi, mais de formation d’abord, le care ce n’est pas une sensibilité naturelle que certaines personnes auraient et d’autres non. C’est un ensemble de compétences qui se forment au contact de la réalité mais qui peuvent s’objectiver et se transmettre. C’est un travail de détail, d’observation des bonnes pratiques, de dialogue, d’expérimentation et d’initiative. C’est une volonté plus qu’une règle, à laquelle nous pouvons tous participer

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