A travers l'analyse du catalogue Ikea, et des idées qu'il véhicule, Thibaut de Saint-Maurice nous dit pourquoi le géant Suédois ne tient pas ses promesses.

façade du magasin Ikea de Mulhouse
façade du magasin Ikea de Mulhouse © Maxppp / Jean-François Frey

À chaque rentrée, son catalogue d'Ikea. Le best-seller qui rivalise avec la bible avec plus de 200 millions d'exemplaires distribués et traduits en 32 langues en 2015. La promesse d'Ikea c'est le design démocratique à portée de tous. Pour convaincre au fil des pages, l'enseigne raconte son histoire et notamment son enracinement dans la démocratie suédoise. Elle met également en scène son engagement auprès des enfants pauvres ou des réfugiés syriens.

La promesse est belle : Ikea est animé par la volonté d'améliorer notre quotidien. 

Pourtant elle est paradoxale puisque le principe même du design, c'est de dessiner un objet en s'éloignant de la masse, et en lui donnant une forme qui s'éloigne du souci utilitaire. En fait, le design implique la distinction, et donc la distinction sociale. Or si on promet un design pour tous, c'est la distinction pour tout le monde. Donc quand tout le monde se distingue, personne ne se distingue, ce que Jean Baudrillard avait montré dans son livre dès 1968 "La société de consommation".

Ikea nous promet de mettre de l'ordre chez nous, ce qui est inquiétant pour la pensée démocratique. Dans l'empire suédois du meuble, le monde est ordonné, rangé où chaque chose est à sa place et on l'on fabrique une place pour chaque chose. Il est également simplifié. En somme, il est discipliné. Et l'on sait depuis Michel Foucault que ces disciplines sociales et économiques sont aussi des jeux de pouvoir qui s'imposent aux individus. Le génie d'Ikea contribuant à sa réussite ce n'est donc pas ses inspirations démocratiques, mais plutôt un modèle conservateur où il n'y a pas d'émancipation possible, ce qui nous rassure. Après tout, si tout est rangé rien n'est laissé au hasard. Et le plus inquiétant dans tout ça, c'est que nous acceptions cette douce tyrannie du rangement.

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