Dans le cadre d'une émission "Comment parler de sexualité à nos enfants à l'heure du porno ?", le philosophe s'attaque aux conséquences de la pornographie sur notre capacité à désirer. Comment traiter les effets de la pornographie sur la jeunesse ? Comment soigner le désir que la pornographie épuise ?

Musclons notre désir, en lui apprenant à s’entretenir, à se conserver, à s’imaginer, à se faire des films, à s’exciter d’un regard, d’un port de tête, d’un corps qui danse, d’une métaphore, d’une mélodie, d’un lever de soleil..."
Musclons notre désir, en lui apprenant à s’entretenir, à se conserver, à s’imaginer, à se faire des films, à s’exciter d’un regard, d’un port de tête, d’un corps qui danse, d’une métaphore, d’une mélodie, d’un lever de soleil..." © Getty / Kirill Ivanov

Avant le traitement revenons un instant sur les symptômes

La pornographie heurte la sensibilité, induit en erreur, complexe les uns et les autres sur la taille de..., la forme de..., la manière de... et si il faut ou pas….Le porno affecte les comportements, les représentations et donc les relations, mais pourquoi au fond ? Parce que je crois que son virus s’attaque en fait à notre capacité à désirer. 

La première violence du porno c’est la violence qui est faite à notre désir 

Il est sommé de se décharger aussi bien chez les acteurs que chez les spectateurs, sans aucune frustration. Comme le remarque la philosophe Michela Marzano dans son livre intitulé justement La pornographie ou l’épuisement du désir, le porno épuise le désir, au double sens où elle le fatigue et où elle l’élimine. Dans le porno, on ne simule pas et on jouit à tous les coups : autrement dit le désir marque à chaque fois. 

Alors comment traite-t-on un désir malade et épuisé ? 

Eh bien on le traite en le renforçant ! 

Je vous propose un traitement à commencer assez tôt finalement, puisque l’exposition à la pornographie commence de plus en plus tôt, et un traitement à prendre régulièrement, sur le long terme, un traitement de fond en quelque sorte dont les effets ne seront pas immédiats mais dont les effets seront je crois assez durables et solides…

Le but de ce traitement c’est de renforcer le désir pour l’aider à résister à la séduction de l’épuisement pornographique.  

Alors comment renforce-t-on le désir ? 

D’abord en apprenant à son enfant peu à peu à supporter la frustration, à supporter précisément la possibilité de sa limitation. 

En fait apprendre que la jouissance n’est pas possible à tous les coups, ou que tous les désirs n’ont pas vocation à être satisfaits, que ce n’est pas possible et pas souhaitable. 

Comme le remarque toujours Michela Marzano, c’est ce qui distingue le porno de l’érotisme : là où le porno épuise le désir, l’érotisme l’augmente et le stimule. 

Soignons donc le porno par l’érotisme.

C’est-à-dire la jouissance assurée par un désir qui se retient pour mieux se tendre… et on peut commencer avec des enfants assez jeunes je crois. Non pas évidemment en leur parlant d’érotisme, mais en leur parlant des désirs de leur vie d’enfant : les jouets, les activités, les anniversaires des copains et des copines… 

Le désir désirant se muscle dès l’enfance, c’est un ressort essentiel de l’éducation.

Ensuite, deuxième phase du traitement : retrouvons le plaisir de désirer

Cette fois, c’est le philosophe Jean-Jacques Rousseau qui s’y colle et qui nous rappelle que ça fait du bien de désirer, que c’est même le meilleur moyen d’être heureux parce que cela nous évite la déception de cette triste chair du réel qui ne peut être rien d’autre que ce qu’il est. Alors que tant que je désire, mon imagination ne connaît pas de limites…

Alors voilà, musclons notre désir en lui apprenant à s’entretenir, à se conserver, à s’imaginer, à se faire des films, à s’exciter d’un regard, d’un port de tête, d’un corps qui danse, d’une métaphore, d’une mélodie, d’un lever de soleil, ou comme Baudelaire, d’une simple passante qu’on ne reverra jamais….

Et avec ces désirs tout musclés, il ne serait pas surprenant que nous devenions aussi des amoureux plus costauds !  

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