Nous vivons des liens avec les autres dont nous n'avons pas toujours conscience. Parce que ces liens sont fragiles, indirects et éphémères et que nous leur préférons les liens forts de nos amours, de notre famille ou de nos amis. Alors quelle place au juste tiennent ces liens faibles dans notre vie ?

Le pouvoir des liens faibles. Un petit garçon qui offre son dessin au monde extérieur
Le pouvoir des liens faibles. Un petit garçon qui offre son dessin au monde extérieur © Getty / Onfokus

Vivre ensemble, c'est aussi vivre avec les moins proches

Vivre ensemble ce n’est pas seulement vivre avec des proches, avec nos familles ou nos amis, mais c’est aussi vivre avec toutes sortes de personnes auxquelles nous sommes plus faiblement attachés et qui, pourtant, constituent ce que l’on pourrait appeler la toile de fond de notre vie ordinaire. 

Le truc c’est qu’on n’y fait pas toujours attention, ce sont des voisins que l’on croise de temps en temps, les autres passagers du métro ou du bus, des collègues de travail, des parents de l’école, ou sur les réseaux, des amis ou des abonnés avec lesquels on échange quelques likes ou des bouts de discussion par-ci par-là. Tous ces liens dans lesquels nous nous découvrons dès lors qu’on y prête un peu attention et qui structurent en fait notre vie sociale…

"Des liens faibles" pourtant essentiels à notre vie 

À première vue, ces liens sont fragiles, peu intenses, éphémères et finalement peu importants : ils nous semblent ne pas compter vraiment dans notre vie. Mais depuis un célèbre article du sociologue américain Mark Granovetter, ils constituent ce qu’on appelle des liens faibles et révèlent, quand on prend le temps d’y réfléchir, une force insoupçonnée. 

Pour Granovetter "ces liens faibles, indirects, entre des personnes qui ne se connaissent pas bien sont parfois nettement plus déterminants que des liens forts", c’est-à-dire des liens directs avec des personnes que nous connaissons bien. 

Ces liens faibles sont plus déterminants parce qu’ils témoignent de notre intégration sociale et nous rendent davantage capables de circuler entre différents groupes sociaux

Là où parfois la famille et les amis nous donnent au contraire l’impression de nous figer dans des cadres existants. 

Le confinement a rendu plus visibles les liens faibles 

Le confinement que nous avons vécu il y a quelques semaines a profondément bouleversé nos habitudes et a pu justement mettre en évidence le rôle central de ces liens faibles. Ou bien parce que ce confinement a suspendu ces liens faibles : en restant chez nous, nous avons fait l’expérience de leur suspension et de leur manque ou bien au contraire, selon les situations, parce le confinement les a fait apparaître en pleine lumière que ce soit avec le voisin de palier ou avec la caissière ou le caissier du supermarché du coin de la rue...

"Ensemble" : le fondement de notre vie 

Alors chacun nous pouvons faire l’exercice d’explorer dans nos vies ces liens indirects. Cela demande de développer notre attention, de scruter ou d’examiner nos fréquentations ou nos conversations pour apercevoir toute la place importante qu’elles prennent. Parce que ce ne sont pas des liens que nous décidons d’entretenir ou de nouer, comme les liens familiaux ou les liens d’amitiés ou certains liens professionnels. 

Ce sont des liens qui se tissent en nous et qui finissent par nous tisser nous-mêmes par et au profit d'une vie collective

En faisant davantage attention à ces liens nous découvrons que vivre ensemble ce n’est pas seulement un but que nous pouvons nous fixer, mais que c’est aussi ce qui nous est donné dès le départ : que cet « ensemble » est le fondement de notre vie. 

Prendre chacun dans nos vies, la mesure de ces liens faibles c’est donc une formidable ressource pour résister à la tentation ou au désespoir de l’individualisme contemporain qui voudrait faire de nous le tenant et l’aboutissant de chacune de nos vies. 

📖 LIRE - Le pouvoir des liens faibles, ouvrage collectif sous la direction de Sandra Laugier et d’Alexandre Gefen, publié au début de l’année 2020, chez CNRS Editions 

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