Comment définir un prix juste ? Le problème c'est que les intérêts du vendeur et de l'acheteur ne vont pas toujours dans le même sens. Alors faut-il juste faire confiance à l'offre et la demande ? Ou faut-il adosser les prix à des principes de justice régulateurs ?

Qu'est-ce que le juste prix ?
Qu'est-ce que le juste prix ? © Getty / yoh4nn

Quand on fait ses courses, la méfiance peut naître d’un doute sur la qualité du produit mais aussi d’un doute sur le prix auquel il est vendu. Et même au-delà de l’alimentation, pour des vêtements, une voiture, un téléphone, bref pour tous les achats que nous faisons tous les jours, quels sont les justes prix ? Et même un prix peut-il être juste ? Parce que les intérêts du vendeur et de l’acheteur sont contradictoires. Pour le vendeur le prix pourrait être toujours un peu plus haut et pour l’acheteur parce qu’il devrait être toujours un peu plus bas. Et je ne vous parle même pas des périodes de soldes où l’on a l’impression que les prix ne veulent plus rien dire et que le juste prix d’hier n’était pas si juste…

Est-ce qu’on peut dire ce que doit être un juste prix ?

Pour cela il faut commencer par éliminer des options : 

  • par exemple le juste prix ne dépend pas de l’utilité. Une baguette de pain, c’est très utile et ça n’est pas très cher. A l’inverse, une montre en or, ce n’est pas plus utile qu’une montre en plastique et pourtant c’est bien plus cher.  
  • Le juste prix ne dépend pas non plus de la quantité de travail ou de la pénibilité du travail qui a été fourni pour produire le bien, sinon les agriculteurs et les mineurs de fonds seraient plus riches que les footballeurs ! 

Le juste prix selon Saint Thomas d’Aquin

Alors cela va vous paraître inattendu, mais on peut trouver une piste intéressante chez Saint Thomas d’Aquin, grand philosophe et grand théologien du Moyen-Âge. Thomas d’Aquin s’inspire d’Aristote pour essayer de penser les critères du juste prix. 

Pour Thomas d’Aquin il y a deux critères essentiels : 

  1. il faut que le prix soit raisonnablement profitable pour l’une et l’autre des parties, 
  2. il faut aussi qu’il le soit pour le bien commun. 

En clair cela veut dire qu’un juste prix doit aussi être un prix juste. Un prix qui n’est pas seulement ajusté aux intérêts du vendeur et de l’acheteur mais aussi adossé à un souci de la justice pour tous. Cela veut dire qu’on ne peut pas seulement s’appuyer sur l’offre et la demande et sur l’accord des parties. Il faut donc aussi se soucier des conséquences du prix sur le bien commun. Un prix trop bas par exemple peut entraîner une surconsommation et donc un déséquilibre écologique. C’est par exemple ce dont on est en train de se rendre compte avec les grandes chaînes de prêt-à-porter. Un prix élevé pour de bonnes raisons économiques peut par exemple lui être injuste vis-à-vis du bien commun, comme par exemple le prix de certains médicaments pour des maladies rares. 

Le juste prix, c’est donc un prix équitable pour l’acheteur et pour toute la chaîne de production, mais avec Thomas d’Aquin et son critère du bien commun, c’est aussi un prix qui est juste au sens où il doit aussi profiter à tous, même à ceux qui ne sont pas directement concernés par l’achat. C’est pour cela que l’économie doit rester politique et qu’on ne peut pas juste laisser faire. Au moment de passer à la caisse, en fait, on n’est jamais tout seul...

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