Comment vivre quand on a cancer ? Est-ce que cette maladie change le sens de la vie ? Retour ce matin sur le livre de Ruwen Ogien : Mes mille et une nuits, paru chez Albin Michel.

Sortir du dolorisme : le cancer n'a pas de sens
Sortir du dolorisme : le cancer n'a pas de sens © Getty / Peathegee Inc

Dans son dernier livre, intitulé Mes mille et une nuits, le philosophe Ruwen Ogien décrit son rapport à ce cancer qui envahit sa vie. C'est un livre grave mais léger aussi puisque il y est question de la maladie comme comédie et que l’humour y est très sérieusement présenté comme une arme nécessaire contre la maladie. 

Mais le principal mérite de ce livre, c’est de nous rendre plus libre

Et de rendre les malades plus libres. Pourquoi ? Parce qu’il nous libère de l’idée selon laquelle la maladie, la maladie  incurable ou mortelle est une épreuve dont il faudrait être à la hauteur pour en comprendre le sens.  Ruwen Ogien dénonce en effet ce qu’il appelle le dolorisme.  

Le dolorisme, c’est l’idée selon laquelle la souffrance et la maladie ont un sens - "ce qui ne tue pas rend plus fort" -  sont des épreuves que nous devons vivre et traverser pour finir par nous trouver. C’est l’idée que l’on peut tirer le meilleur du pire…. 

Pour Ogien, cette idée de dolorisme est insupportable

Il commence par la réfuter de manière argumentée en professionnel de la philosophie qu’il est et puis à mesure que la maladie progresse, c’est en décrivant simplement « le métier de malade » et la comédie qu’il implique qu’il continue sa réfutation.  

Au fond ce que nous dit Ogien, c’est que la maladie n’a aucun sens. Et c’est comme cela que nous devons la vivre, dans son non-sens total, parce que c’est la seule manière de lui faire vraiment face, de ne pas la surestimer et de tenter de lui résister. Certes la maladie en général et le cancer en particulier sont des expériences existentielles, mais ce ne sont  pas des épreuves au travers desquelles nous allons mesurer notre valeur ou notre courage.

Le cancer est un fait, un terrible fait

Un drame mais que nous pouvons aussi vivre sur le mode de la comédie. Comme une certaine manière de la mettre déjà un peu à distance de soi. Et cette distance est importante: parce que dans cette distance là, nous pouvons retrouver de la vie, nous pouvons, malgré tout, continuer à vivre.  

Et cela est d’autant plus fort et d’autant plus vrai quand ce sont des enfants ou des jeunes gens qui sont malades. Le message de Ruwen Ogien est d’autant plus libérateur pour eux, parce qu’il les invite à ne pas se vivre que comme malades, à ne pas réduire leur identité à la maladie. 

Telle est au fond la proposition de ce livre : penser la maladie, non pas pour lui trouver du sens, mais pour la mettre à distance. Et dans cette distance continuer de faire exister la personnes que l’on est, avec ses questions, ses peurs, ses questions mais aussi avec ses joies et ses rêves. Platon disait que philosopher c’était apprendre à mourir, avec Ogien, philosopher quand on est malade, c’est au contraire apprendre à vivre!  

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