Vous aurez remarqué, le plus souvent, quand on est enfant on ne rêve que d’une chose, c’est de quitter l’enfance, et quand on est adulte, le plus souvent, on se souvient de l’enfance avec nostalgie et émotion, un peu comme ce matin…

Et le paradoxe redouble quand on entre dans le détail : pourquoi les enfants rêvent de ne plus l’être ? Parce que l’enfance est d’abord vécue par eux comme une série d’impossibilités ou d’interdictions : ne pas décider de tout, ne pas être autonome… et pourquoi les adultes rêvent-ils de leur enfance ? Précisément parce qu’ils rêvent de cet état d’innocence dans lequel on n’a pas à décider de tout.

Nous vivons d’abord l’enfance comme ce que nous avons surmonté. Grâce à l’éducation, chaque adulte a acquis du pouvoir sur soi et des connaissances. Pour Descartes par exemple, si nous avons des préjugés et si nous nous trompons c’est « parce que nous avons étés enfants avant que d’être hommes ».  Il faudrait donc définitivement tuer l’enfance en nous. Parce que l’enfance est d’abord un état d’ignorance, d’inexercice de la raison et de passivité.

Mais n’est ce pas justement cette innocence de l’enfance qui nous rapproche de la vérité des choses et du monde ? C’est justement parce que l’enfant n’est pas encore totalement déformé par l’éducation que Nietzsche par exemple nous invite à devenir tels des enfants…à retrouver dans nos vies sérieuses toutes pleines de responsabilités et de réunions interminables, la spontanéité du jeu, le plaisir du commencement et la liberté de l’insouciance.

En ce sens, le retour à l’enfance n’est pas une régression mais une libération. Quelques années avant Nietzsche, Baudelaire le suggérait déjà quand il disait que le génie c’était l’enfance retrouvée à volonté. Cela veut dire que les grands artistes voient le monde comme des enfants, sans filtre, dans sa simplicité première. Et c’est pour cela que souvent les grands artistes nous déstabilisent que leurs œuvres nous bousculent…

Nous ne serons donc plus jamais des enfants et nous ne pourrons pas le redevenir…Il ne s’agit donc pas de « retomber en enfance ».  Mais nous autres adultes, qui aimons nous souvenir de notre enfance, ce doit être une invitation à garder la capacité de s’émerveiller de ce qui arrive.  

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