Comment devenir père aujourd'hui ? Que reste-t-il de la paternité ? Comment surtout repenser la paternité aujourd'hui sans répéter les travers du patriarcat ?

Etre père ou devenir père ?
Etre père ou devenir père ? © Getty

Être père, une sacrée aventure 

Les premiers pas de papa sont des pas difficiles : là où les mamans ont eu plusieurs mois pour commencer de faire l’expérience de leur maternité, pour les papas en quelques minutes tout change : en quelques minutes on leur colle un petit être braillard et tout sanguinolent dans les bras en leur disant : « félicitations monsieur, c’est le vôtre…. »

Commence alors l’aventure de la paternité, aventure parce que tout dépend d’une croyance : de la croyance que l’on est bien le père. Tout le problème donc c’est que là où la maternité se construit à partir d’un fait, la paternité elle doit s’inventer à partir d’une présomption. Et c’est cette présomption qui complique tout. Pour en réduire l’incertitude, les hommes ont d’abord construit la paternité comme un pouvoir de décision et une domination : ça s’appelle le patriarcat. Puisque les hommes ne peuvent pas être sûrs que leurs enfants sont leurs enfants, ils ont construit des sociétés dans laquelle les femmes sont contrôlées et dominées afin que cette surveillance généralisée compense l’incertitude de la conception. 

Mais comment purifie-t-on la paternité du patriarcat ? 

Eh bien par un traitement simple, précis, comme une petite incision chirurgicale : en distinguant la certitude et la conviction pour pouvoir repenser la paternité comme une conviction et surtout pas comme une certitude. 

Alors justement distinguons : la certitude est pleine d’assurance. Elle repose sur la force de l’évidence et à ce titre elle ne se remet jamais en question. Les gens pleins de certitudes sont comme cela : ils croient déjà tout savoir et ne voient donc pas l’intérêt de réfléchir à quoi que ce soit. Pour eux c’est le réel qui doit s’adapter à leur certitude.

Au contraire, une conviction est instruite d’elle-même : avoir une conviction c’est le résultat d’un long processus de délibération et de décision. Une conviction cela se nourrit, s’entretient, s’ajuste et finalement cela nous transforme nous-mêmes dans notre rapport au réel. 

Ainsi vous me voyez venir : la paternité patriarcale est une paternité pleine de certitude, toute imbue d’un pouvoir inquiet au fond de ne reposer que sur une croyance ou sur une déclaration…

De l’autre côté la paternité libérée du patriarcat, c’est une paternité de conviction. Qui s’invente peu à peu comme un désir d’attachement, comme la reconnaissance d’un lien et comme l’acceptation d’un ensemble de devoirs. Au fond comme un acte de foi libérateur et fondateur. 

La paternité est donc un apprentissage, l’apprentissage d’une fonction plus que l’exercice d’un pouvoir et l’apprentissage de compétences plus évidemment que le développement de qualités masculines naturelles. 

Et c’est cela qui est génial au fond : en libérant la paternité de ses certitudes, on ne la fragilise pas mais au contraire on la renforce parce qu’on la libère de la tentation de la domination patriarcale. 

En quelques minutes donc, tout change, mais il faudra bien quelques années pour prendre la mesure du changement...

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