En médecine, dès lors que l’on parle de trouble ou de pathologie, c’est toujours par rapport à un fonctionnement normal. Mais quelle est cette normalité dont il est question ? Une moyenne ? Une règle ?

L’érection n’est pas juste une réaction physiologique, mécanique, elle n’est pas juste un fait, c’est aussi une norme. Ne plus bander dur, c’est selon cette norme, ne plus être à la hauteur, en tant qu’amant d’une part mais aussi plus généralement en tant qu’homme. Tu seras un homme au contraire si tu peux bander sur commande, du début jusqu’à la fin : l’érection est normalisée comme une procédure mécanique et d’ailleurs, quand ça ne marche pas « normalement » on conserve le registre de la mécanique et l’on parle de panne. Mais tout le problème vient de ce que l’on ne sait pas très bien quoi faire de cette norme de l’érection.

Parce qu’une norme c’est trois choses : c’est une règle à laquelle on se conforme ou que l’on suit, c’est une moyenne et c’est une procédure d’action. La norme c’est donc à la fois un fait et une règle qui classe les faits. En clair cela veut dire qu’une érection « normale », ça peut donc être deux choses: une érection qui est dans la moyenne de toutes les érections...et une érection « normale »ça peut être aussi une érection qui est la norme de l’érection, c’est à dire une érection « idéale », la « bonne » érection, celle qui est au sommet de la pyramide des érections et à partir de laquelle on va mesurer les autres érections! Bref une érection qui met la pression, celle à laquelle on doit se conformer, encore une fois pour être à la hauteur d’autres normes comme celle de la vigueur amoureuse et de la virilité.

Une norme c’est donc une simple moyenne qui se transforme en règle idéale.

Et c’est justement cette transformation qui est le plus souvent illégitime. Parce qu’elle devient un jugement de valeur, parce qu’elle se fait au nom de valeurs qui n’ont plus grand chose à voir avec le fait lui-même. Le philosophe de la médecine Georges Canguilhem, avec son livre le normal et le pathologique, nous aide à déconstruire la pression des normes et à nous en libérer. Canguilhem dit par exemple: « En matière de normes biologiques, c’est toujours à l’individu qu’il faut se référer ». Cela veut dire qu’il n’y a pas de place pour le jugement général en médecine, et que la normalité ou l’anormalité, doivent s’évaluer uniquement à partir du patient, de son histoire et de son expérience. Pour le dire autrement la bandaison, comme disait Brassens, ça ne se commande pas, pas seulement parce qu’on en maîtrise pas toujours la survenue, mais ça ne se commande pas non plus parce que chacun a une bandaison différente à laquelle il lui appartient de donner du sens dans sa vie sexuelle. Pour le dire autrement, il ne suffit pas de connaître quelques troubles pour être anormal. La norme n’est jamais une valeur absolue!

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