L’un des horizons du yoga, c’est de proposer à celui qui le pratique de retrouver un équilibre, une harmonie avec lui-même et avec le monde, bref de se reconnecter à soi-même… Alors naïvement, on peut s'étonner : s’il faut se reconnecter, est-ce à dire que l'on est tous déconnectés de nous-mêmes ?

Yoga dans des conditions idéales
Yoga dans des conditions idéales © Getty / Andrii Lutsyk/ Ascent Xmedia

De quoi au juste le yoga entreprend-il de nous libérer en nous proposant de reprendre conscience de nous-mêmes ? 

Le yoga, ce n’est pas la psychanalyse. Il ne s’agit pas de partir à la conquête de notre inconscient psychique, de ses désirs inavoués et de ses complexes. Alors pour mieux comprendre, peut être faut-il partir de la pratique elle-même. 

Il existe différentes sortes de yoga mais toutes les pratiques partagent un souci de la maîtrise de la respiration et une exigence d’assouplissement du corps. Respirer et assouplir, ces deux pratiques sont de bons indices : parce que la plupart du temps nous respirons sans nous en rendre compte. La respiration rythme notre vie sans notre consentement. Et puis pour la souplesse c’est un peu pareil. C’est un horizon perdu : au départ, je veux dire quand nous étions bébé et même encore enfant, nous étions souples ; notre corps ne s’était pas encore raidi sous l’effet de postures apprises et normées. Nous avons oublié la souplesse de notre corps comme nous oublions que nous respirons. Au fond, cela indique que nous avons oublié notre corps.  

Alors attention, on n’oublie pas le corps, au contraire

Le corps se rappelle à nous toute la journée, quand il est fatigué, malade, déformé, jugé, moqué ou au contraire admiré et désiré. Mais nous avons oublié que ce corps est le nôtre. Et comme le fait remarquer le philosophe Merleau-Ponty, nous avons oublié que ce corps qui est le nôtre, c’est nous, et même c’est nous de façon première, Merleau-Ponty dit « primordiale ». 

Ainsi avant même d’être un « je pense », un « je me souviens », un « j’imagine », un « je désire » ou un « j’agis », je suis mon corps, ce corps qui m’attache au monde et aux autres. 

Si donc le yoga peut nous reconnecter à nous-mêmes, c’est parce qu’il se propose de nous faire redécouvrir ce corps que nous sommes et sa vie propre qui est aussi la nôtre. 

Contre la tendance à fonctionnaliser le corps et à ne faire de la personnalité qu’une question de caractère, contre les progrès de la médecine et de la science qui transforment notre corps en un ensemble de fonctions et de réactions… l’horizon du yoga est celui d’une vie meilleure, d’une vie réconciliée et non pas seulement d’une performance comme le sport ou la gymnastique. C’est peut être cela au fond la clé : la seule sagesse qui nous est accessible à nous humains, c’est une sagesse qui n’oublie pas le corps que nous sommes ! 

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