Lundi de Pâques oblige, il est fort probable qu'à cette heure-ci vous et vos enfants ayez déjà les doigts noircis de chocolat, après une chasse des plus fructueuses…

Lundi de Pâques oblige…
Lundi de Pâques oblige… © Getty / David Leveau / EyeEm

Vous avez goûté un premier œuf, savouré son cœur praliné, dégusté un second, celui-là était au lait, avalé un troisième, noir, un peu plus corsé. Et c'est au moment de déballer le quatrième que vient naître en vous une petite pointe de culpabilité : est-ce bien raisonnable de manger un autre œuf ?

Est-ce qu'il ne faudrait pas garder les oreilles du lapin pour demain ?

Bref, faut-il se priver du bonheur d'un dernier petit chocolat ?

Avant toute chose, dites-vous bien que vous n'êtes pas le seul devant ce dilemme : pas moins de 15 000 tonnes de chocolat sont vendues en France au moment du week-end de Pâques ! Soit près de 250 grammes par personne en moyenne. De quoi donner raison à l'adage populaire, qui veut que neuf personnes sur dix aiment le chocolat. Quant à la dixième, eh bien c'est un fieffé menteur !

Est-il vrai que manger du chocolat nous fait du bien ?

On gagne toujours à écouter le grand gastronome Brillat-Savarin. Et celui-là affirmait déjà il y a deux siècles :

Les personnes qui boivent régulièrement du chocolat se distinguent par leur bonne santé et leur résistance à toutes sortes de maladies mineures qui troublent la sérénité de la vie.

Et bien, figurez-vous que les sciences modernes lui ont depuis donné raison ! D'abord parce que le chocolat est plein d'antioxydants, qui permettent d'éloigner les maladies cardio-vasculaires. Mais surtout car le chocolat est un antidépresseur naturel : il contient une molécules euphorisante, la phényléthylamine, un psychotrope de la famille des amphétamines.

Et cette molécule va libérer dans notre corps de la dopamine, la fameuse hormone du plaisir. En gros, croquer dans un carré de chocolat, c'est un peu comme connaître un mini-orgasme à chaque bouchée.

De quoi donner raison à l'auteure anglaise Miranda Ingram, qui avait résumé ainsi les choses :

Ne croyez pas que le chocolat soit un substitut à l'amour... C'est l'amour qui est un substitut au chocolat.

Ajoutons à cela que le chocolat apporte aussi du magnésium, qui joue contre la fatigue, ainsi que de de la caféine, de la théobromine et du salsolinol, des molécules qui agissent sur le stress pour donner une sensation de bien-être. Bref, il a tout de l'aliment anti-déprime par excellence.

Plutôt qu'un cachet de Prozac, est-ce qu'il ne vaudrait mieux pas alors avaler une tablette de chocolat ?

Disons que ce n'est pas aussi simple ! Déjà parce qu'il faudrait avaler plusieurs kilos de chocolat par jour pour remplacer les antidépresseurs traditionnels ! Et là, c'est votre balance qui risque de faire la grimace. Pour rappel, à poids égal, le chocolat contient davantage de calories que des frites ou du foie gras par exemple...

En réalité, les composants du cacao que j'évoquais sont présents dans d'infimes quantités. Pour certains médecins, le bonheur que procure le chocolat ne viendrait pas de ces molécules, mais serait avant tout psychologique : croquer dans un morceau de chocolat vous renverrait à des souvenirs heureux, des souvenirs de jours de fête, comme le soir de Noël ou, tiens, le matin de Pâques.

Le chocolat vous offrirait ainsi un aller direct vers l'enfance et ses trésors. Ne boudez donc pas votre plaisir, ne sombrez pas dans l'orthorexie maladive. Suivez plutôt l'exemple de La Rochefoucauld, qui n'était pourtant pas le dernier à faire la leçon, et qui écrivait ceci :

Aimez le chocolat à fond, sans complexe ni fausse honte, car rappelez-vous: «sans un grain de folie, il n'est point d'homme raisonnable».

Et lorsque vous croquerez dans votre prochain œuf de Pâques, n'oubliez pas de remercier en votre for intérieur le petit gourmand qui a eu la riche idée, au XVIIIe siècle, de vider les œufs que l'on mangeait traditionnellement pour marquer la fin du carême, pour les remplir de chocolat...

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