Pouvons-nous vraiment aujourd’hui, continuer de manger de la viande ? Qu’en est-il de notre rapport moral aux animaux ?

Manger de la viante, c'est discutable pour votre santé, et mauvais pour celle de la planète. Et philosophiquement, on en dit quoi ?
Manger de la viante, c'est discutable pour votre santé, et mauvais pour celle de la planète. Et philosophiquement, on en dit quoi ? © AFP / Robert Recker

Ce n’est donc pas seulement une question de goût, ce n’est donc pas non plus seulement une question technique de nutrition, mais si la question se pose c’est parce qu’elle pose un problème moral: est-il juste de manger des animaux ? 

Tout le monde convient que nous ayons des devoirs envers les autres hommes. Alors avons nous aussi des devoirs envers les animaux? Sommes nous aussi engagés avec eux dans une relation morale qui devrait nous interdire de les manger? Ce qui est étrange c’est que cette question est bien une question d’homme: les animaux eux ne semblent pas se la poser puisqu’ils se mangent entre eux. Que le lion mange de la gazelle, cela ne choque personne et il serait absurde de dire que les lions sont cruels ou manquent à leur devoir parce qu’ils mangent de la gazelle.

Mais les animaux partagent avec nous la capacité de ressentir la douleur ou le plaisir, ce sont des êtres sensibles.

Et il suffit d’entendre crier le cochon qu’on égorge ou de marcher sur la patte de son chat pour comprendre que les animaux ressentent effectivement la douleur. Il suffit de se rappeler la manière dont notre propre sensibilité est heurtée par les récentes révélations sur les conditions d’abattage des animaux pour remarquer que nous ne restons pas insensibles à la condition des animaux.

Tout se joue donc au niveau de cette sensibilité. C’est la sensibilité qui devient la nouvelle nature commune entre l’homme et l’animal. Et c’est à partir de cette sensibilité partagée là que l’on peut penser, comme le fait le philosophe Rousseau une nouvelle obligation morale. Rousseau nous dit que l’on ne peut pas rester insensible devant la souffrance d’un être vivant. Et que toute souffrance d’un être sensible fait naître en nous une exigence de justice, donc le sens du droit et du devoir. Parce que voir un être vivant souffrir c’est compatir, puisque c’est voir que cette souffrance pourrait m’arriver puisque moi aussi je suis un être sensible. La déduction du coup est assez simple : nous avons bien des devoirs envers les animaux, mais des devoirs d’un certain type et qui ne sont pas exactement les mêmes que ceux que nous avons envers les hommes. Des devoirs liés à la sensibilité comme par exemple celui de ne pas les faire souffrir inutilement.

Manger de la viande ou pas, en manger moins, en manger un peu, n’en manger que provenant d’un certain type d’élevage ou d’un certain type d’abattage: ce sont donc au fond autant de manière d’appliquer ce devoir de ne pas faire souffrir inutilement.

L’essentiel ce n’est donc pas d’étendre la morale humaine aux animaux, mais de faire entrer les animaux dans une moralité qui leur soit propre. L’essentiel c’est que manger de la viande ou pas ne soit plus seulement une question de goût ou d’habitude, mais devienne aussi une question de bien, de mal et de respect, permettant à chacun de faire entendre sa sensibilité morale!

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