Meilleurs amis ou frères ennemis, la pornographie et l'érotisme entretiennent-ils le même rapport au désir ?

De l'importance de l'imaginaire (et de la suggestion) dans la sexualité
De l'importance de l'imaginaire (et de la suggestion) dans la sexualité © Getty / Tara Moore

On parle beaucoup de pornographie, elle est effectivement très présente et facilement accessible mais on parle beaucoup moins d’érotisme et c’est assez dommage. Pourquoi ? Tout simplement parce que ce n’est pas la même chose et que surtout ce n’est pas du tout le même rapport au désir.  

Pornographie et érotisme

Comme le fait remarquer la philosophe Michela Marzano, il y a un paradoxe de la pornographie : la pornographie est censée représenter notre désir ou du moins l’ exciter mais en fait à travers une mise en scène hyper codifiée de la répétition et de la performance, la pornographie épuise le désir. Dans les deux sens :  

- elle fatigue notre désir 

- elle le fait disparaître, un peu comme quand on dit d’un livre qu’il est épuisé. 

Tandis que l’érotisme lui,  n’entretient pas le même rapport au désir. Et ce n’est pas une histoire de morale avec d’un côté la pornographie c’est mal et l’érotisme c’est bien. C’est une histoire de représentation : l’érotisme suggère, là où la pornographie révèle frontalement, l’érotisme repose sur la dissimulation là ou la pornographie repose sur la transparence. 

L’image pornographique est dans une logique de preuve de la jouissance : il y a de la lumière partout, des gros plans sur les sexes, des gros plans sur le sperme. Ce qui compte ce sont les actes, les positions, les manipulations. 

L’érotisme quant à lui ne se focalise pas tant sur la jouissance que sur la promesse de jouissance. Ce n’est pas le réel ou l’attestation qui compte, mais l’imaginaire, l’interprétation, les mots, le décor, les vêtements, les cheveux, une simple cheville même parfois. C’est un peu comme la différence entre faire réchauffer un plat tout fait et cuisiner soi-même ce que l’on va manger. 

►► Lire : Pornographie féministe : militer pour les femmes et le plaisir

Et il y a bien un lien entre érotisme et gastronomie ! 

Ce n’est pas moi qui le dit mais l’écrivain Georges Bataille dans un bouquin intitulé justement L’érotisme et dans lequel il montre que l’homme est cet animal qui se distingue des autres par sa capacité à dépasser ses besoins naturels pour poser la question de ses désirs. 

La gastronomie ne se soucie pas de notre besoin de nous nourrir, mais du plaisir de manger. Eh bien l’érotisme, c’est pareil : l’érotisme ne se soucie pas de notre besoin sexuel, mais plutôt de la manière de raffiner et varier le plaisir sexuel. Et on finit même par en faire des traités comme le Kama Sutra ou les Mille et une Nuits qui sont là pour recueillir tout le savoir d’une civilisation sur cet art de susciter le plaisir et de le renouveler au lieu de l’épuiser.

Vous connaissez, cette phrase de Nietzsche qui dit que nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité ? Eh bien l’on pourrait dire : nous avons donc l’érotisme, pour ne pas mourir de la pornographie ! 

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