Partir en week-end, même trois ou quatre jours pour casser le rythme, rompre avec le quotidien, c'est une bonne idée mais cela suffit-il vraiment à nous libérer ? N'est-ce pas plutôt notre rapport au quotidien qu'il faut changer ?

"Le seul, le vrai, l'unique voyage c'est de changer de regard" disait Marcel Proust
"Le seul, le vrai, l'unique voyage c'est de changer de regard" disait Marcel Proust © Getty / JLPH

Escapade est un mot qui vient du verbe espagnol "escapar" qui vient lui-même d’un verbe latin qui signifie s’échapper. En ce sens le plaisir de l’escapade serait le plaisir de l’évasion. Mais le plaisir de l’évasion, lui, suppose que l’on se libère d’une situation où l’on se sent un peu prisonnier ou du moins un peu empêché de faire ce que l’on veut. Ainsi ces escapades que nous prenons plaisirs à décrire, seraient autant de moyens de nous libérer d’un quotidien pesant, marqué du sceau de la répétition et qui, à petit feu, brûlerait toutes nos ailes…

Alors certes, cela fait toujours du bien de partir, plaisir de la rupture de rythme, plaisir de la découverte de nouveaux lieux, ou au contraire des retrouvailles avec des endroits que l’on aime, mais en même temps c’est toujours trop court. 

Le problème de l’escapade c’est qu’elle ne change pas vraiment notre rapport au quotidien, elle ne fait que nous changer les idées pendant quelques jours : c’est plus une permission de sortie qu’une véritable évasion ! 

Peut-on vraiment échapper au quotidien ? 

En fait il s’agit de transformer notre rapport au quotidien : non pas le fuir, mais l’investir. C’est exactement ce que fait tous les jours  cette émission Grand bien vous fasse. Et cette chronique en cette fin de saison est aussi une façon de récapituler ce bien que la vie quotidienne peut nous faire. Investir notre quotidien, le questionner, prendre le temps de le voir et de l’approfondir au lieu de le subir. C’est aussi ce que le grand écrivain Georges Perec adorait faire. Pendant trois jours, par exemple, Perec s’est installé dans un café, place Saint-Sulpice à Paris et il a tenté de décrire tout ce qu’il voyait pour épuiser, comme il le dit, le réel. Et il en a fait tout un livre ! Dans un autre de ses livres, La vie mode d’emploi, il raconte toute une comédie humaine en décrivant la vie d’un seul immeuble. 

Pour Perec, le secret c’est de réapprendre à voir les dessous de notre quotidien, cet infra-ordinaire, comme il l’appelle qui fait la matière première de nos vies. Cela passe par une curiosité active, Perec nous dit : 

« Ce qu'il s'agit d'interroger, c'est la brique, le béton, le verre, nos manières de table, nos ustensiles, nos outils, nos emplois du temps, nos rythmes. Interroger ce qui semble avoir cessé à jamais de nous étonner. Nous vivons, certes, nous respirons, certes; nous marchons, nous ouvrons des portes, nous descendons des escaliers, nous nous asseyons à une table pour manger, nous nous couchons dans un lit pour dormir. Comment ? Où ? Quand ? Pourquoi ?

Décrivez votre rue. Décrivez-en une autre. Comparez.

Faites l'inventaire de vos poches, de votre sac. Interrogez-vous sur la provenance, l'usage et le devenir de chacun des objets que vous en retirez.

Questionnez vos petites cuillers. »

Voilà, avec Perec, l’escapade ça peut commencer dans la rue en bas de chez soi, ou bien en ouvrant le tiroir des couverts dans la cuisine !  

On peut imaginer des dizaines d’escapades immobiles qui se proposent de nous libérer de notre quotidien en nous le faisant voir autrement, comme un formidable terrain d’aventures. Si vous en doutez, vous pouvez profiter de l’été qui arrive pour réécouter toutes ces émissions de Grand Bien vous fasse, sur les bienfaits du café, le plaisir de cuisiner, les joies du petit-déjeuner, ou les joies de la marche à pied… !

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