Nous vivons enfin une époque qui a reconnu, il y a 30 ans, des droits aux enfants. Mais au-delà de l'enfance, quel droit laissons-nous aux enfants que nous avons été ? Faut-il surmonter notre enfance ou la retrouver ?

Depuis que nous parlons des droits de l’enfant, on se rend compte que tous ces droits correspondent surtout à un devoir général de protection de l’enfance par les parents et les Etats. Tous ces droits décrivent l’enfant comme un potentiel à protéger en tant que tel pour qu’il puisse s’épanouir et devenir un adulte et un citoyen heureux et libre. 

Mais justement, nous autres, les adultes, qu’avons-nous fait de notre enfance ? 

Où est passé l’enfant que vous étiez ? 

A-t-il totalement disparu en l’adulte que vous êtes ou en reste-t-il des traces ? 

Il y a un paradoxe qui m’a toujours étonné : les enfants rêvent de devenir grands et de sortir vite de l’enfance, tandis que les adultes repensent souvent à l’enfance avec nostalgie et construisent cette période de la vie comme un âge d’or….

Alors que faire de cet enfant que nous avons été ? Faut-il continuer de le protéger ou l’oublier définitivement ? 

Eh bien si la question se pose c’est que nous vivons d’abord l’enfance comme ce que nous avons surmonté. Comme ce que nous ne sommes plus. Grâce à l’éducation, chaque adulte a acquis du pouvoir sur soi et des connaissances. Pour le philosophe Descartes par exemple, si nous avons des préjugés et si nous nous trompons c’est « parce que nous avons étés enfants avant que d’être hommes ».  Il faudrait donc définitivement tuer l’enfance en nous. Parce que l’enfance est d’abord un état d’ignorance, d’inexercice de la raison, de passivité et de caprices…

Mais l’enfance n’est pas qu’une série d’impossibilités ou qu’un ensemble de potentiel. C’est aussi une merveilleuse capacité à découvrir le monde en toute liberté puisque l’on n’est pas encore totalement déformé par l’éducation

Alors pour régler notre rapport à l’enfance et pour continuer de protéger l’enfant qui est en chacun de nous,  je vous propose en guise de traitement de méditer cette invitation du philosophe Nietzsche à « devenir tels des enfants… » comme il dit justement. 

Devenir tels des enfants ce n’est pas une régression ou un retour à l’enfance : mais au contraire c’est une libération. C’est l’idée de retrouver dans nos vies sérieuses toutes pleines de responsabilités, de listes de courses, de politesse et de travail, la spontanéité du jeu, le plaisir de la découverte et la liberté de l’insouciance…

En ce sens, nous pouvons continuer de protéger l’enfance en nous voire même continuer de lui donner quelques droits.... droit de jouer, de s’émerveiller innocemment, de vouloir parfois une chose et son contraire….

Quelques années avant Nietzsche, le grand poète Baudelaire le suggérait déjà quand il disait que le génie c’était l’enfance retrouvée à volonté. Cela veut dire que les grands artistes voient le monde comme des enfants, sans filtre, dans sa simplicité première. Et c’est pour cela que souvent les grands artistes nous déstabilisent que leurs œuvres nous bousculent…

En vrai, nous ne serons donc plus jamais des enfants et nous ne pourrons pas le redevenir…Il ne s’agit donc pas de « retomber en enfance ».  Mais nous autres adultes, qui aimons le souvenir de notre enfance et qui devons protéger l’enfance,  ce doit être une invitation à garder ou à retrouver une simple capacité d’émerveillement devant ce qui est et ce qui arrive.  

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