On a un peu de mal à l'admettre, mais on est influençable. On a du mal à l'admettre parce qu'on a l'impression d'être manipulé. Mais, d'un autre côté, comment ne pas être influencé quand on vit avec les autres ?

Être influençable, est-ce vraiment grave ?
Être influençable, est-ce vraiment grave ? © Getty / eclipse_images

L’influence a plutôt mauvaise réputation : on redoute les mauvaises influences pour ses enfants et on a tendance à penser que quelqu’un d’influençable, c’est quelqu’un de faible, sans grande personnalité et qui n’est pas tout à fait à la hauteur de ce qu’il devrait être. 

Mais c’est étrange parce qu’il y a aussi de bonnes influences, des influences qui inspirent : il est assez courant par exemple de donner à un artiste quelles sont ses influences. Et dans ce cas par exemple être influencé par Picasso quand on est peintre c’est plutôt une bonne chose…Alors au fond, est-ce vraiment si grave que cela d’être influençable ? Certes, on a tous peur de devenir des moutons ou de se faire manipuler mais d’un autre côté peut-on vraiment continuer de vivre avec les autres en rejetant toute influence ?  

Ce qui fait peur dans le fait d’être influencé, c’est de perdre sa liberté. 

Et c’est pour cela que toute la conception moderne de notre identité, depuis Descartes et son fameux « je pense donc je suis » repose sur l’idée toute simple qu’un sujet libre, c’est un sujet qui pense par lui-même, qui fait ses propres choix et qui ne se reçoit que de lui-même. Un siècle plus tard,  contre la superstition et le fanatisme religieux, toute la philosophie des Lumières de Rousseau en France jusqu’à Kant en Allemagne en fait même son idéal : il faut s’émanciper, se libérer de toutes nos tutelles en osant se servir de notre propre raison pour penser par soi-même. En ce sens, être influencé, c’est rester un enfant et les influences que l’on subit nous empêchent de devenir autonome. 

La difficulté, c’est qu’il est impossible de se débarrasser de toute influence. Et je vais vous dire, je pense même que c’est tant mieux. Parce que nous ne vivons pas tout seul sur notre île. Nous sommes influençables et influencés parce que nous avons besoin des autres pour devenir ce que nous sommes. Il n’y a pas d’enracinement possible, de vie collective possible, d’appartenance culturelle ou sociale possible sans influence. Et puis à quoi bon partir à la rencontre de l’autre et des autres si c’est pour ne rien changer à ce que nous sommes ? Nos amitiés ou nos histoires d’amour nous transforment. On repart peu à peu avec un petit peu des autres en nous. Il y a donc un bon côté à être influençable et à être influencé, c’est que nous apprenons par là que nous nous recevons des autres autant que nous nous constituons par nous-mêmes….

Le problème, ce n’est donc pas d’être influençable, on ne peut pas vraiment faire autrement. Le vrai défi, c’est de savoir ce que nous faisons de ces influences qui nous touchent. Le pouvoir de l’influenceur n’est jamais qu’une autorité que nous lui reconnaissons. La liberté ce n’est pas d’être détaché de tout, mais c’est de connaître ce qui nous attache et de continuer à nous attacher à ce qui nous rend heureux.

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