Ce n'est pas toujours facile d'exprimer sa colère, sa tristesse ou ses joies ? Et si cette difficulté était aussi construite et entretenue par tout le système de valeur du patriarcat ? C'est l'hypothèse de la psychologue américaine Carol Giligan, dans son dernier essai "Pourquoi le patriarcat ?"

Le spectre patriarcal derrière la gestion de nos propres émotions
Le spectre patriarcal derrière la gestion de nos propres émotions © Getty / adl21

"Pourquoi le patriarcat ?" de Carol Giligan

Je vous propose la lecture d’un livre formidable publié il y a quelques mois par la psychologue et philosophe américaine Carol Giligan sous le titre "Pourquoi le patriarcat ?" (Éditions Climats).

On pourrait croire que je me suis trompé de sujet et qu’il n’est pas du tout question du patriarcat et de la différence entre les hommes et les femmes, mais bien de la manière dont nous pouvons aider nos enfants et nos ados à surmonter leurs émotions…

Mais justement, c’est tout l’intérêt de ce livre que de réunir les deux questions ! Le but de Carol Giligan c’est de montrer que le patriarcat dans lequel nous vivons aujourd’hui, est un système de valeur qui repose sur une fonction psychologique de réduction de nos émotions. Autrement dit, si les enfants et les ados et puis plus tard les femmes et les hommes adultes ont du mal à exprimer leurs émotions c’est parce que, nous dit Giligan, on leur a appris, à travers toute une éducation, à se détacher de leurs émotions et à les réduire au silence.

Comment ça marche ? Quel est le ressort psychologique de cette hypothèse ? 

Le patriarcat pour Giligan c’est une culture dans laquelle le masculin et le féminin sont distingués pour assurer une supériorité du masculin sur le féminin. Cette culture se traduit ensuite par des inégalités politiques, sociales, économiques et par tout un système de domination. Donc en gros, pas besoin de grandes analyses pour comprendre que le patriarcat c’est mal, c’est injuste, et qu’il vaudrait mieux s’en débarrasser! 

Sauf, qu’il perdure. Pourquoi ? Précisément nous dit Giligan parce qu’il a une fonction psychologique qui est de nous protéger des ruptures émotionnelles, des trahisons amoureuses, amicales, des deuils et des chocs de la vie. Comment ? en nous apprenant justement à réduire nos émotions au silence. Dès le plus jeune âge on apprend aux garçons à ne pas pleurer, à ne pas se laisser diriger par leurs émotions et au contraire à suivre leur raison en toute indépendance et maîtrise de soi. Et dès le plus jeune âge, on apprend aux jeunes filles à se taire, à taire leurs émotions, à ne pas se faire remarquer en exprimant une voix singulière, à garder pour elle ou pour leur journal intime, les émotions qui les traversent sous peine d’être qualifiée justement « d’hystériques » ! En apprenant à réduire nos émotions, nous apprenons donc à en dépendre de moins en moins et donc à en souffrir de moins en moins quand les chocs de la vie nous y confrontent…

De ce point de vue, le patriarcat fonctionne comme l’alcoolisme : c’est le symptôme d’un problème, mais un symptôme protecteur ! S’en libérer, c’est donc deux fois plus difficiles parce qu’il faut non seulement abandonner la carapace protectrice et en plus résoudre le problème contre lequel on avait fabriquer la carapace ! 

Alors comment on s’y prend ? 

Logiquement en proposant à chacun, filles et garçons, hommes et femmes, de faire entendre chacun la voix de leurs émotions, sans que cela n’ait de conséquence sur leur féminité ou leur masculinité. Cela passe donc par la construction d’une culture de la conversation dans laquelle chacun peut faire entendre sa voix, et une culture de la reconnaissance, dans laquelle chacun peut être assuré que sa voix a été entendue. Contre la peur de la rupture, il ne faut pas choisir la solitude mais la puissance du lien.

📖 LIRE - "Pourquoi le patriarcat ?" de Carol Giligan (Éditions Climats)

C’est franchement lisible par le plus grand nombre dès 14-15 ans ! 

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