Cela s'est plus ou moins bien passé pour chacun de nous mais nous l'avons tous traversé : l'adolescence reste une grande étape de nos vies, parce que c'est notamment un moment de crise de l'identité. Comment soigner cette crise de l'identité ?

Adolescence, adolescence
Adolescence, adolescence © Getty / Jekaterina Nikitina

Cette semaine, un traitement expérimental mais assez prometteur qui se propose ni plus ni moins que de soulager les effets de la fameuse crise d’adolescence. Alors désolé, le traitement ne s’adresse qu’aux ados eux-mêmes et pas à leur parents. Mais bon s’il est efficace, les parents devraient aussi finir par en profiter avec au fur et à mesure, moins de portes claquées, moins de réponses en « j’sais pas » et plus de conversations pendant les dîners.

C'est quoi le problème de l'adolescent ?

L’un des problèmes de l’adolescence, c’est qu’elle existe d’abord comme une double négation : on n’est plus un enfant et l’on n’est pas encore un adulte… Difficile donc de savoir ce que l’on est et qui l’on est. En quelques mois, on n’est plus ce que l’on a été et l’on n’est pas encore ce que l’on sera. L’adolescence est une rupture qui dure, une transition toute pleine de changements, c’est l’âge par excellence du devenir dans lequel l’identité est en crise…. 

Comment soigner cette crise de l’identité ? 

Précisément en en profitant pour modifier notre conception de l’identité personnelle. Et pour cela, on peut aller piocher dans la philosophie de Paul Ricoeur, le concept d’identité narrative. Pour Ricoeur, ce concept permet de repenser notre identité comme "un tissu d’histoires racontées", c’est-à-dire comme un ensemble de récit que nous faisons de nous-mêmes et qui finissent par raconter qui nous sommes. Cela veut dire que je n’ai pas une identité définie dès ma naissance et cela veut dire aussi que je n’ai pas besoin d’attendre une nouvelle identité d’adulte. Parce qu’au contraire notre identité se construit à travers le temps et les changements dans le récit que nous sommes capables de construire et de faire évoluer. 

Ce concept d’identité narrative a donc un double avantage : 

  • il permet de penser l’identité d’un être qui change, 
  • il nous donne la possibilité d’être nous-mêmes les facteurs de notre identité à travers les récits que nous sommes capables d’en faire

Le principe actif de ce concept c’est donc de tisser de la continuité contre la crise du changement,  à travers une histoire dont nous construisons peu à peu la cohérence. 

Avec ce traitement à base d’identité narrative, les ados n’ont plus besoin de faire le deuil de leur identité en tant qu’enfant, ni même d’espérer leur future identité d’adultes. Ils ont juste à tisser des récits d’eux-mêmes, à les forger, à les essayer, à les faire évoluer ou à les faire varier pour que peu à peu la cohérence d’un devenir puisse apparaître.

Sous cet angle l’adolescence n’est plus l’âge de la crise ou de la rupture, ou du moins plus seulement, mais peut aussi devenir l’âge de la liaison et de la continuité entre l’enfance et l’âge adulte. Pour le dire autrement, le défi n’est plus de devenir quelqu’un d’autre, quelqu’un de nouveau, mais plutôt de continuer à devenir ce que l’on est : un être en perpétuel changement qui ne peut se comprendre qu’en acceptant de se raconter sous toutes les coutures.  Et pour y parvenir tout est bon : le sport, la musique, l’écriture, la danse, les amis, la fête.

Il s’agit juste d’accepter de devenir, comme le dit aussi Ricoeur, auteur et lecteur de sa propre vie et c’est ça au fond qui peut être vécu difficilement, le sentiment que désormais, notre identité dépend de nous et plus seulement de nos parents désormais l’on est en première ligne.

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