Les sollicitations permanentes auxquelles nous sommes soumis épuisent parfois notre attention. Comment partir à la reconquête de son attention?

Il y a un lien assez fort entre l’hyperactivité et les troubles de l’attention et avant même la parole, le rire, l’art ou la méchanceté, c’est du côté de l’attention qu’il faut sans doute aller chercher ce qui fait le propre de l’homme et ce qui remet sans cesse en jeu notre humanité. 

D’abord pour se convaincre de l’importance de la question : vous remarquerez que quand un danger se présente on le signale en disant justement «  Attention ! ». C’est une invitation évidemment à considérer le danger en question et à se concentrer dessus pour l’éviter ou l’affronter. Mais cela veut dire que l’attention est notre première arme…à la fois pour nous défendre des dangers qui nous guettent et à la fois pour partir à l’assaut du monde et de l’existence…

Sauf qu’il est bien difficile d’être toujours attentif et de résister aussi à tout ce qui aujourd’hui sollicite notre attention…

_Parce que l’attention a deux dimensions : côté pile elle est ce qui me connecte à la réalité, ce qui me permet de me concentrer, de m’investir ou de m’engager tout entier dans une situation et côté face elle est ce qui me fait sortir de moi-même, ce qui me fait tendre vers le monde ou les autres. Etre attentif c’est donc comme une sorte de respiration : c’est être tout entier là mais aussi tout entier porté vers autre chose que soi. L’attention doit donc être curieuse, ouverte et même parfois dispersée pour pouvoir s’appliquer. Le problème n’est donc pas d’être très sollicité par toutes sortes de choses, et par exemple par des notifications ou des alertes sur son téléphone, le véritable problème c’est de pouvoir choisir les objets dignes de notre attention. C’est ce qu’explique notamment l’universitaire Yves Citton, professeur de littérature à Paris 8, dans son livre _Pour une écologie de l’attention, _c’est qu’il faut passer d’une économie à une écologie de l’attention ! Face à tous ces dispositifs qui assèchent nos ressources attentionnelles,  il faut retrouver la maîtrise de notre attention. Alors l’idée est belle mais elle n’a rien d’évident : parce que notre attention se laisse facilement attirer ou capter  Il faut donc gratter un peu et retrouver dans notre attention la part d’activité, la part d’effort et de travail qui consiste à « se rendre attentif à » quelque chose. C’est à nous au fond qu’il revient de prêter attention ou non, certes nous sommes des êtres curieux et ouverts sur le monde, mais souvenons-nous de la grande leçon de la philosophie stoïcienne, nous disposons aussi d’un pouvoir sur notre pensée et sur nos représentations. Soyons précis : on ne maîtrise pas toujours le surgissement de telle ou telle idée, de même que l’on ne maîtrise pas toutes les sollicitations auxquelles nous sommes soumis, mais nous pouvons décider de considérer plus attentivement telle ou telle idée, telle ou telle sollicitation. Bref nous ne sommes pas que des éponges. Alors je ne dis pas que c’est facile, mais je dis que c’est possible et que c’est en faisant l’effort de faire attention à notre attention que nous pouvons reconquérir le terrain de notre liberté, d’abord de notre liberté intérieure et ensuite celui de notre liberté d’action… « L’important disait Sartre _ce n’est pas ce que l’on fait de nous, mais ce que nous faisons, nous, de ce que l’on a fait de nous ». 

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