Les effets de la pollution et des produits chimiques ne font pas que menacer les équilibres de la planète ou des générations futures : ils révèlent aussi notre propre vulnérabilité. Et si cette fragilité pouvait constituer une force morale ?

Et si on trouvait un antidote moral à la pollution qui nous empoisonne ?
Et si on trouvait un antidote moral à la pollution qui nous empoisonne ? © Getty / Simona Pilolla / EyeEm

Si nous polluons, c’est que notre activité a de plus en plus d’impact et c’est parce cette activité est augmentée de tout un tas d’innovations techniques et technologiques et de tout un ensemble de connaissances. Nos connaissances en chimie par exemple sont formidables et nous permettent de concevoir des tas de produits ou d’applications qui nous rendent plus puissants. 

Et pourtant, cette puissance-là pollue, jusqu’à nous empoisonner et menacer notre santé et notre survie. Le paradoxe, c’est donc que cette puissance-là révèle en creux notre grande fragilité, notre grande vulnérabilité.

C’est donc que le progrès technique n’est pas toujours un progrès pour l’humanité...

Cela veut dire qu’il faut distinguer progrès et innovation. Parce qu’avant de pouvoir dire qu’une innovation est un progrès encore faut-il en évaluer les conséquences. L’urbaniste et penseur Paul Virilio faisait remarquer, par exemple, que quand on invente l’avion, on invente en même temps la catastrophe aérienne. Que quand on invente la centrale nucléaire, on invente exactement en même temps l’accident nucléaire. Autrement dit que toute innovation d’une nouvelle technologie est en même temps innovation du risque de son échec. De quoi nuancer une certaine fascination de l’innovation. 

Mais la conséquence de cette complexité, elle est surtout morale. Puisque nous nous découvrons de plus en plus vulnérables, il nous faut de plus en plus nous rendre attentifs à cette vulnérabilité et de plus en plus nous en charger. Les conséquences écologiques de nos innovations et de nos activités ne sont pas néfastes seulement pour les générations futures ou seulement pour les grands équilibres de la planète, mais très directement pour la saine continuité de notre vie. Un des effets de cette grande prise de conscience écologique que nous vivons actuellement est de nous rendre plus attentifs au soin que nous pouvons prendre des uns, des autres, des équilibres naturels et de nous même finalement. Nous pouvons transformer la découverte de notre vulnérabilité en force morale pour prendre davantage soin de nous, des autres et de notre environnement naturel ou non de vie.

Vous savez parfois, on se sent un peu impuissant : on ne sait pas vraiment ce que notre simple action individuelle pourrait changer ou améliorer. On se sent impuissant parce qu’on n’est pas bien sûr de pouvoir être responsable d’une quelconque amélioration de la situation. Mais c’est parce que la question de la responsabilité est un peu un piège. L’expérience de notre vulnérabilité peut nous conduire à agir en se libérant de cette pression de la responsabilité. En se souciant simplement du soin que nous pouvons prendre des uns et des autres dans l’ordinaire de nos vies. L’antidote à tous ces poisons de l’injonction permanente à la performance et à l’innovation technique, c’est de se souvenir de la fragilité de notre humanité.

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