Marina a 25 ans. Elle est infirmière dans un service d'anesthésie, et sa passion, ce sont les fringues.

Chaque jour, elle se prend en photo dans une nouvelle tenue – nouvelle robe, nouveaux escarpins – et elle poste ensuite la photo sur les réseaux sociaux. Puis elle attend les commentaires de ses amis virtuels – ses ‘followers’ comme on dit, et surtout, elle attend leurs 'likes' : les petits cœurs qu’ils viendront mettre sous la photo. « Quand je fais une pause à l'hosto, raconte-t-elle dans BIBA, la première chose que je vérifie sur mon téléphone portable, c'est si le nombre de mes 'likes' a augmenté. Pareil le soir lorsque je rentre à la maison. »

Loane, elle, est diététicienne. Elle a 23 ans et ce sont ses déjeuners qu'elle immortalise : les couverts, la nappe, les assiettes, sans oublier, bien sûr, le contenu des assiettes. Et elle aussi comptabilise ensuite les 'likes' sous ses photos.Son dernier tableau culinaire en a recueilli 650, et elle aimerait vraiment dépasser la barre des 1.000.

« Besoin de reconnaissance »

« Mais pourquoi sommes-nous à ce point obsédés par de tels palmarès ? » s'interroge Anne Ulpat, qui signe cette enquête. Pourquoi ce besoin de poster sur les réseaux sociaux les clichés de nos vêtements, de nos sushis ou des enfants qui s'amusent dans la piscine de la maison louée pour les vacances dans le Lot ?

« Besoin de reconnaissance », explique la psychanalyste Bénédicte Vidaillet. « On se met en scène pour se comparer, pour susciter de l'envie. L'être humain cherche toujours l'approbation de son prochain. » En l'occurrence, l'approbation tient donc dans le nombre de 'like'.

Du reste, on met maintenant des petits cœurs à tout propos : sur les sites des commerces en ligne, comme sur celui des pages jaunes, on peut évaluer les restaurants, les coiffeurs, les médecins, les aspirateurs ; la compétition permanente et à tous les niveaux : tout le monde juge tout le monde et chacun se soumet au jugement des autres.

Le problème étant que ce besoin de notoriété numérique peut se retourner contre nous, ainsi que l’analyse Michael Stora, spécialiste des réseaux sociaux : « Souvent, dit-il, quand des jeunes femmes changent leur photo de profil sur Facebook, elles ont beaucoup de commentaires d'amis leur disant qu'elles sont belles. Mais dans le cas contraire – peu de commentaires, peu de ‘likes’ – elles peuvent alors ressentir une blessure narcissique. » Idem lorsque l’on perd soudain des ‘followers’ – moins de personnes suivant nos tribulations égotiques, on se sent d’un coup moins aimé.

Moins de drogues

Cependant, l'addiction aux potables et aux réseaux sociaux peut aussi avoir du bon, et notamment pour les plus jeunes. C'est, du moins, ce que met en avant Jean-Michel Normand dans le dernier numéro de M, LE MAGAZINE DU MONDE : « Chez les jeunes Américains, le smartphone agirait comme un substitut à la drogue. » Le lien de causalité n'est pas complètement avéré, mais l'hypothèse semble assez sérieuse.

En effet, depuis dix ans, les études révèlent un net déclin de la consommation de psychotropes parmi la génération des 12/17 ans. Or simultanément, tous les indicateurs signalent un boom de l'utilisation des smartphones au sein de la même population. Plus de smartphones, moins de cannabis : telle serait donc l’équation. « Les jeux vidéo, comme les réseaux sociaux assurent le besoin de sensations fortes et d'activités inédites : les jeunes, ça les fait littéralement planer », explique un médecin dans les colonnes du NEW YORK TIMES.

« Mais c'est une vraie drogue, ton portable ! » entend-on souvent chez ceux qui ont des ados. Expression rebattue, mais qui cadrerait bien à la réalité. Il faut croire que la vérité peut également sortir de la bouche des parents. D’ailleurs, ces appareils, dont les adolescents peuvent se servir jusqu’à 6 ou 7 heures par jours, ont les mêmes conséquences que les autres addictions : atténuation de la vigilance, perte de lien avec le monde et son entourage immédiat, difficultés de concentration, voire contre-performances scolaires

Cela dit, s’il se confirme qu’il s’agit là d’une drogue permettant d'en éviter de plus toxiques encore, il ne sera plus possible, se désole le chroniqueur, de menacer son gosse de le priver de son téléphone sans l'entendre lancer que si l'on met notre menace à exécution, il risque de sombrer dans le hachich, le crack ou bien le LSD. Titre de la chronique : « Fume, c'est du smartphone ! »

Entre François Hollande et Emmanuel Macron, il semble bien qu’on soit, là également dans une histoire familiale.

Comme le racontent Solenn de Royer et Vanessa Schneider dans LE MONDE, le premier avait fait du second son fils spirituel, avant que ledit fiston ne décide de rompre avec ce père en politique, et le titre à la Une, c’est « Hollande-Macron, récit d’un parricide ». Récit très détaillé, et formidablement écrit, dans lequel on perçoit l’affection que se vouent les deux hommes – et surtout dans lequel on comprend de quelle manière Emmanuel Macron a su piéger François Hollande, et su finalement l’empêcher de se représenter.

Le récit commence en 2008, lorsque Jacques Attali, autour d’un verre dans un palace, présente à celui qui n’est encore que Premier secrétaire du PS un jeune énarque talentueux. Ce dernier voudrait obtenir un mandat, il brigue une implantation dans le Nord-Pas-de-Calais. « Si tu veux cette vie-là, je te présenterai qui il faut », promet alors François Hollande, séduit, parait-il, par l’intelligence du prodige.

Aujourd’hui, il relativise : « Non, je n’ai pas été particulièrement ébloui. C’était juste un haut fonctionnaire qui voulait faire de la politique. » Et d’ailleurs, le jeune Macron n’obtiendra pas l’investiture qu’il sollicitait. Raison pour laquelle il décidera de rejoindre le privé – ses années à la banque Rothschild.

Mais quatre ans plus tard, quand il est élu à l’Elysée, François Hollande le rappelle et, à 34 ans, l’ex-banquier devient donc secrétaire adjoint de l’Elysée. Puis ce sera Bercy, en remplacement d’Arnaud Montebourg. Le président le trouve rapide, travailleur, charmeur, toujours de bonne humeur. Il aime son humour. « Emmanuel, c’est moi ! », déclare-t-il un jour en singeant Flaubert qui disait : « Madame Bovary, c’est moi ». « Emmanuel, c’est le fils que l’on voudrait avoir », confie-t-il également à son conseiller presse.En conséquence, il lui passe tout, ce qui a le don d’agacer la plupart des autres ministres – ainsi Laurent Fabius se moque-t-il de cet entichement pour celui qu’il surnomme « le petit marquis poudré ». Hollande lui passe tout, et il ne perçoit rien de ses ambitions élyséennes.

Quand ses proches lui conseillent de se méfier un peu, car Macron dit du mal de lui dans les dîners en ville, Hollande ne le croit pas. On lui rapporte que Macron lui reproche de ne rien décider, et même, je cite, « de baisser son bénard » : Hollande ne le croit pas. Pas plus qu’il ne croit ceux qui pressentent que Macron va claquer la porte, qu’il prépare sa sortie, qu’il prépare sa candidature. Tout le monde l’alerte sur la duplicité du ministre, mais François Hollande reste persuadé que son « fils spirituel » ne fera jamais rien contre lui. Raison pour laquelle il est totalement effondré quand, le 30 août dernier, Emmanuel Macron lui présente sa démission. Revisitant alors les cinq années qui viennent de s’écouler, il lâche le soir même à ses proches : « Il m’a trahi avec méthode. »

« C’est le hold-up du siècle ! »...

... résume Marisol Touraine. Un hold-up sans que le cambriolé ne se soit rendu compte de rien. Du reste, François Hollande n’a pas perçu non plus à quel point il avait vexé son protégé le jour où celui-ci avait enterré Monette, sa grand-mère adorée.C’était en 2013 et, de retour des funérailles, le chef de l’État, pourtant parfaitement au courant, fait remarquer son absence à Emmanuel Macron : « Ah, tu es là, toi ? Je t’ai cherché ! » L’intéressé, blessé, lâchera ensuite : « Ça, je ne lui pardonnerai jamais. » Sans doute faut-il toujours être attentif à ceux qui viennent de perdre leur grand-mère adorée.

Il est aussi question d’Emmanuel Macron dans AUJOURD’HUI LE PARISIEN. Interview de François Baroin, toujours en première ligne dans l’équipe du candidat Les Républicains, et il pilonne la campagne de celui qui, d’après les sondages, engrange toujours plus de ‘likes’Macron, assure-t-il, c’est du populisme mondain, et au fond, ce qu’il porte, c’est une admiration béate de la mondialisation, tout en pensant qu’il faut un vaccin pour aller en province. » De surcroît, d’après lui, François Fillon est le seul à pouvoir « offrir une majorité sans équivoque », et il pense la victoire possible, « tout simplement, dit-il, parce qu’elle est nécessaire ».

« Et si c’était quand même lui ? »...

...s’interroge d’ailleurs LIBERATION à sa Une.Malgré les affaires et les sondages, François Fillon et son entourage en sont convaincus : il peut encore gagner ! Ce que confirme Laurent Joffrin dans son éditorial : « Fillon conserve un socle, sur lequel il peut encore bâtir. Et personne ne peut garantir que la morale l’emportera sur les convictions partisanes. Malheureusement, conclue-t-il, il arrive que les électeurs soient aussi cyniques que les dirigeants. »

Frais de campagne

Dans le journal, vous lirez aussi pourquoi ni Jean-Luc Mélenchon, qui lui aussi ne cesse de gagner des ‘likes’ et des ‘followers’, ni même Benoît Hamon, qui lui ne cesse d’en perdre, ne se désisteront l’un pour l’autre. Raison majeure : l’argent. Si l’un des candidats se retire, qui donc remboursera ses frais de campagne engagés ? S’ils restent à sa charge, son parti est ruiné. Or ‘La France Insoumise’ n’a pas les moyens de rembourser le PS, et on voit mal la rue de Solférino payer les factures de Mélenchon.

Punaises

Pour le reste, vous pourrez lire dans AUJOURD’HUI LE PARISIEN que la capitale française est envahie par les punaises. Des bébêtes qui infectent les lits et les matelas et qui débarqueraient à cause des touristes venus d’Amérique du Nord.

CGT

Toute la presse revient également sur le vote syndical d’hier : la CFDT qui détrône la CGT dans le secteur privé. « Coup de tonnerre », « séisme » : voilà les mots que l’on retrouve dans les éditos.

Enfin, il ne vous aura pas échappé que nous sommes le 1er avril : tradition oblige, on trouve donc quelques poissons dans les journaux. Un chat renifleur pour détecter la drogue dans LA PRESSE DE LA MANCHE. Des taxis volants dès l’été prochain à Marseille à la Une de LA PROVENCE.Et dans NORD LITTORAL : « Du pétrole découvert à Calais.» Avec la photo du gisement, au large, dans la mer. Cette photo-là, je ‘like’ !

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