Bonjour à tous…. Le Kiosque d’aujourd’hui, comme une tentative de description d’un dîner de têtes à Paris. Chacun se souvient des premiers vers du poème de Prévert « Ceux qui pieusement… Ceux qui copieusement. Ceux qui tricolorent. Ceux qui inaugurent. Ceux qui croient. Ceux qui croient croire… Ceux qui croa croa… » On se rappelle moins, en revanche, la fin du long poème anticlérical et social écrit en 1931, qui correspond encore assez bien à l’humeur éditoriale ce matin. « Le soleil brille pour tout le monde » , écrivait Prévert, au terme de sa galerie de portraits… Mais il ajoutait : « Il ne brille pas dans les prisons… ni pour ceux qui écaillent le poisson. Ceux qui mangent la mauvaise viande. Ceux qui traient les vaches et ne boivent pas le lait. Ceux qui crachent leurs poumons dans le métro. Ceux qui fabriquent [dans les caves] les stylos avec lesquels d’autres écriront [en plein air] que tout va pour le mieux ! Ceux qui ont trop à dire pour pouvoir le dire. Ceux qui ont du travail. Ceux qui n’en ont pas. Ceux qui en cherchent. Ceux qui n’en cherchent pas… Ceux qu’on engage, qu’on remercie, qu’on augmente, qu’on diminue, qu’on manipule, qu’on fouille, qu’on assomme. Ceux dont on prend les empreintes… Ceux qui donnent à boire aux chevaux. Ceux qui regardent leur chien mourir. Ceux qui ont le pain quotidien relativement hebdomadaire. » 1er décembre 2007, du FIGARO à L’HUMANITE, et de LIBERATION au PARISIEN, en passant par LE MONDE WEEK-END, et LES ECHOS, ce sont d’autres mots, les mêmes questions qui reviennent. « Quartiers populaires. Que peut-on faire tout de suite ? » C’est le titre du dossier que L’HUMANITE consacre à la question que Fadela Amara évoquait hier soir au Grand Journal de Canal Plus. « J’étais autrefois, disait-elle, dans la dénonciation d’une situation difficile. Secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville, je suis désormais dans l’action, et c’est nettement moins simple. » « Le député socialiste Bruno Le Roux, le député communiste François Asensi, le député UMP Pierre Cardo, le disent eux aussi, dans le dossier de L’HUMANITE, aujourd’hui. « Est-ce une crise de banlieues ou une crise de la société ? » interroge Pierre Cardo, le maire de Chanteloup-les-Vignes. « Tout passe par l’école, et il faut que la République soit vite visible dans les quartiers difficiles » insiste le socialiste Bruno Le Roux. « Une solution peut-être, suggère le député communiste François Asensi, en finir avec l’Etat partial qui, depuis des années, a fait des banlieues des quartiers de relégation. » Bruno Frappat, dans sa chronique de LA CROIX, ne veut pas en rajouter, mais il écrit « Une nouvelle fois, il y a le feu, de l’autre côté. Une moto s’écrase dans la nuit contre une voiture de police. Deux adolescents sont tués, et revoici à la radio, à la télé, dans les journaux, les mots : banlieues, cités, jeunes, émeutiers, blessés. Les mots-hantises, révélateurs d’un gâchis humain, culturel. » Et Frappat de soupirer sur l’impuissance et la mauvaise conscience qui coulent à flots, avec les fleurs de la rhétorique, habituelles elles aussi. « Autorité – Repères – Ennui – Rage – Chômage – Trafic – Immigration – Insertion – Flics – Zones de non-droit – Abandon – Plan Marshall – Réunion de crise – Prévention – Sécurité – Condamnation – Justice – Exemplarité. Et le chroniqueur de conclure sur l’expression : « Ils ont la haine. Soit, commente-t-il. Mais d’où vient-elle ? Elle ne naît pas spontanément dans le cœur d’un enfant. La haine ? Elle naît du sentiment de se trouver de l’autre côté des choses, de la vie, du bien. Du mauvais côté d’une frontière. Du mauvais côté des murs de séparation. Murs symboliques ou réels. Et c’est quoi le contraire de la haine ? L’amour. C’est ça, écrit Frappat… Tordez-vous les côtes de rire quand je parle de l’image négative de soi qu’ont certains jeunes ! Psychologie de bazar ? Allons donc. « Quelqu’un qu’on n’aime pas, ne s’aime pas. » REFORME, l’hebdomadaire protestant, s’arrête lui aussi au même sujet, et à la conférence des sans-abri, qui s’est tenue hier et avant-hier à Paris. REFORME y ajoute l’interview de Thierry Torche, un ancien SDF de 53 ans, qui publie aux PUF, un livre intitulé S’en Sortir . Lui s’en est sorti, grâce à sa volonté, certaines lectures, et l’aide secourable de l’association ATD-Quart Monde. Mais à la question de la journaliste Laure Salamon : « Qu’est-ce qui est difficile quant on sort de la rue ? » Thierry Torche répond : « De se réhabituer à la vie en société. On est tellement déconnecté : on a perdu les codes sociaux comme les horaires, on n’a plus de sécurité sociale, plus de carte d’électeur… Il faut tout reconstruire. On demande aux SDF de travailler quand ils sortent de la rue alors qu’ils sont malades (alcoolisme, dépression…). C’est pour cela que certains rechutent, ils ne se sentent pas capables de faire face à tout ce qu’on leur demande. » « Que faire ? » Aurait dit Lénine. Et la question n’a pas changé… jusqu’à Mitterrand qui disait « on a tout essayé ». Et aujourd’hui, à la question : Que peut Nicolas Sarkozy ? » LES ECHOS répondent en soulignant la volonté de « relance sociale » du président de la République. Une relance difficile, par des mesures sur les loyers, la participation, les RTT, et un agenda social négocié avec les syndicats pour l’année prochaine. Mais ce sera dur, préviennent aussi bien LE MONDE que LE PARISIEN. « Dur, titre le premier journal cité, d’échanger plus de travail contre plus de salaire. D’ailleurs, souligne mon confrère Philippe Ridet, le président l’a dit brutalement et sans fioriture : « Les Français savent très bien qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses. » Le caricaturiste Olivier Ranson croque dans LE PARISIEN, un quidam porteur d’une pancarte « Sarko des sous ! » Face à Nicolas Sarkozy qui lui dit : « Je vous ai déjà répondu Non. » « Ouais, répond le quidam… mais je fais des heures sup. » Et LE PARISIEN de titrer sur le grand troc. « Je te rends ma RTT, donne-moi du pouvoir d’achat. » avec l’explication sur les 35 heures revisitées, en sous-titre. « Vous avez droit à des heures, mais vous n’arrivez pas à les prendre. La mesure annoncée jeudi soir est pour vous. Votre patron pourra payer les jours perdus. Reste à négocier… et c’est là que tout commence. » LIBERATION traduit… « Pour relancer le pouvoir d’achat, Nicolas Sarkozy met la pression sur le patronat. » Jouer le jeu des heures supplémentaires. Ce qui, selon Libé, ne ferait pas peur aux syndicats. Et ce qui, selon LE FIGARO, avait été bien perçu par deux téléspectateurs sur trois, qui approuvent selon Opinion Way, les mesures annoncées jeudi dernier par le chef de l’Etat. 67%... de convaincus… Néanmoins, souligne également LE FIGARO ce matin, 51% des personnes interrogées, pensent que leur pouvoir d’achat n’augmentera pas ! François de Witt… dans LES ECHOS… cite là-dessus Guinot, à propos des riches « enrichissez-vous par le travail et par l’épargne »… Et François de Witt écrit : « Devoir de riche, il appartient aux riches de participer volontairement à l’enrichissement collectif. » Et il conclut : « Il faut que notre président qui aime les riches, aime aussi les voir s’appauvrir, volontairement s’entend. Pourquoi ne pas relever de 50.000 à… 5 millions d’euros le crédit d’ISF accordé aux versements aux fondations ? François Hollande qui n’aime pas les riches, crierait au loup, mais la collectivité y trouverait sans aucun doute son compte. » Voilà, c’est une suggestion. Alors j’ai commencé en citant le dîner des têtes, à Paris, Jacques Prévert… Eh bien les têtes, les voici : A la Une de LIBERATION : Poutine, bien sûr… « Vote pour un despote ». Ils ne font pas le détail. Ils n’ont pas tort. A la Une de tous vos journaux, Ingrid Betancourt. LE FIGARO y ajoute deux photos : Ingrid Betancourt il y a 5 ans, souriante, resplendissante, magnifique, comme toutes les femmes qu’on rencontre. Et aujourd’hui, Ingrid Betancourt, un visage de madone, émacié. C’est une femme qui souffre. A la une du FIGARO MAGAZINE, Belmondo : « La vraie star c’est mon père. » Et deux méchancetés : Dans LE POINT, Patrick Besson taille un costume à Jean-Louis Servan-Schreiber de PSYCHOLOGIES… Et puis plus méchant encore dans MARIANNE : Jean-Marie Cavada… « La marche du traite »… Je ne terminerai pas là-dessus. C’est aujourd’hui le 1er décembre, journée contre le Sida. 33 millions de personnes affectées par cette maladie aujourd’hui dans le monde. Simplement Barbara disait ça : Si s’Aimer d’Amour, C’est mourir d’Aimer Sont mourus d’Amour Sida Sidannés Les Damnés d’Amour A mourir d’Aimer Ils sont morts d’Amour D’Amour Sidanné O Sida Sida…

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