Bien sûr, on a déjà tout dit, tout dit, tout entendu hier à propos de Simone Veil ...

Les journaux, ce matin, ne font donc que redire, raconter de nouveau : sa vie, sa survie, ses blessures, ses yeux, son chignon, ses batailles, son caractère parfois cassant, son autorité naturelles, sa beauté, sa famille, ses amours, son humilité… Bien sûr, on a déjà tout dit, tout entendu depuis hier. Mais il faut lire maintenant, et lire encore parce que l’écrit reste souvent plus en mémoire.

Lire encore pour se souvenir. Lire encore et puis regarder, regarder encore les photos que publie la presse ce matin. Photo pleine page à la Une du PARISIEN AUJOURD’HUI, et ces deux mots que l’on retrouve également dans LA MARSEILLAISE, deux simples mots : « Merci Madame ». Photo pleine page à la Une de LIBERATION, et là encore, juste deux mots : « La combattante »… « Simone Veil, une vie debout », explique l’intérieur du journal, dans l’édito duquel Laurent Joffrin rend hommage à une femme qui s’est toujours battue « pour la liberté – pour la liberté des femmes et pour la liberté tout court »… Analyse de la philosophe Geneviève Fraisse : « Simone Veil a profondément délié la vie de la mort, et la mort de la vie. Avorter, ce n’est pas tuer, c’est accepter d’être libre. Et en faire un droit, c’est inscrire dans l’histoire humaine l’extraordinaire tension entre le désir des corps qui s’unissent et le choix de chaque conscience. »

« Combattante immortelle », commente LE MAINE LIBRE, ce qui donne dans L’INDEPENDANT « Une femme de combats » et « Une vie de combats » dans LA DEPÊCHE DU MIDI… Déportée à 16 ans, Simone Veil a donc survécu à la Shoah puis, devenue ministre, elle a porté et fait voter la loi sur l’interruption volontaire de grossesse avant de présider le Parlement européen – « Elle est l’incarnation du miracle de la réconciliation franco-allemande ! », lance Dany Cohn-Bendit dans LE PARISIEN. Ensuite, elle est nommée au Conseil constitutionnel et, douze ans plus tard, elle est intronisée à l’Académie française.

« Une femme d’exception », résument LA PROVENCE et LA PRESSE DE LA MANCHE, tandis que, selon LE FIGARO, elle était « une femme dans l’Histoire »… Et Yves Thréard de saluer « Une femme qui savait si bien conjuguer l’amour de sa famille avec celui de sa patrie, et qui restera comme un exemple de mère courage ».

Pour L’ECHO DE LA HAUTE-VIENNE, c’est « La dame de cœur », pour CENTRE PRESSE « un symbole » et tous les quotidiens se font l’écho des appels lancés depuis hier pour inhumer Simone Veil au Panthéon. « Puisqu’elle appartient au meilleur de notre histoire, la nation reconnaissante devrait lui offrir des obsèques nationales, et pourquoi pas le Panthéon », approuve Jean-Marcel Bouguereau dans LA REPUBLIQUE DES PYRENEES… « Personne ne s’en offusquerait », abonde Christophe Hérigault dans LA NOUVELLE REPUBLIQUE DU CENTRE OUEST… Et d’ailleurs, selon MIDI LIBRE, elle est rien moins que « la femme du siècle ». Photo d’elle également à la Une de LA VOIX DU NORD, qui évoque « une vie de lumières à vaincre les ténèbres ».

Et lui, qu’est-ce que l’Histoire retiendra de son parcours ? Certainement pas qu’il œuvré pour la condition féminine. Et là, je parle de Donald Trump, encore épinglé pour des propos extrêmement grossiers. D’après LE FIGARO, le président américain vient même de franchir un niveau inédit de grossièreté dans un tweet publié jeudi, et s’attaquant à une journaliste de télévision. Le quotidien dénonce « un tweet sexiste qui exaspère les Républicains »« Il faut que ça cesse ! », a ainsi lancé une sénatrice, résumant, semble-t-il, l’opinion générale sur la colline du Capitole.

C’est Philippe Gélie qui nous rappelle les faits. Et cela commence par les critiques d’une journaliste de la chaîne d’info MSNBC. Elle s’appelle Mika Brzezinski et présente l’émission « Morning Joe » avec son compagnon, à la ville comme à l’écran, Joe Scarborough… Or, comme l’ont fait avant elle nombre de ses collègues, elle a accusé Trump de « mentir tous les jours et de détruire le pays ». Visiblement, l’intéressé n’avait alors rien de mieux à faire à 10H52 que de riposter sur Twitter. Et tout en affirmant qu’il ne regarde plus l’émission, Trump a surnommé le présentateur « Joe le psychopathe » et la présentatrice « Mika la Folle dotée d’un faible QI », assurant qu’en prime « elle saignait méchamment d’un lifting au visage » la dernière qu’il les avait vus tous les deux.

Et pourtant, il y a quelques mois, tous les trois étaient très complices – Trump avait même remercié Joe et Mika de leur soutien au moment de sa campagne. Il a donc été très vexé par les propos de la journaliste. « Parce qu’il est ultra-susceptible, relève mon confrère, et comme il n’a pas d’amour-propre, il ne craint jamais de s’abaisser pour répondre aux attaque. » Le problème, c’est qu’en faisant cela, il a, une nouvelle fois, détourné l’attention du reste de son action, et replacé au centre du débat les interrogations sur son aptitude à exercer la fonction suprême. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait les deux présentateurs dans le WASHINGTON POST, dénonçant un président totalement « à la dérive » et émettant des doutes sur sa santé mentale… Selon un récent sondage, plus de 60% des Américains souhaiteraient que Donald Trump arrête désormais de tweeter.

La bêtise des hommes, le machisme des hommes, on les perçoit aussi dans le glaçant portrait signé Sara Daniel dans L’OBS, mais là, on est bien au-delà des mots, on est dans la torture. « Le calvaire d’une esclave chrétienne de DAECH », c’est le titre de ce papier de trois pages consacré à Marie. Marie, une chaldéenne de 38 ans originaire de Mossoul et qui, pendant deux ans, a été bonne à tout faire et l’esclave sexuelle d’émirs du groupe Etat Islamique qui l’avaient enlevée. D’Irak en Syrie, elle a été vendue à seize reprises, et elle témoigne aujourd’hui de la barbarie des fous de Dieu… Elle se rappelle tous ses bourreaux… Celui qui l’attachait, celui qui la frappait, celui qui l’étranglait, et ceux qui l’ont violée, une fois, deux fois, dix fois… Un supplice qui ne s’est arrêté que lorsque son dernier maître a décidé de la revendre à sa famille afin de pouvoir se payer un voyage en France… Mais comment est-on accueillie par les siens quand on revient de l’enfer et que l’on a été abusée par des monstres ? Eh bien, c’est l’opprobre, la honte de son corps « sali » et de son âme « damnée » puisqu’elle avait dû se convertir à l’islam… « Marie est morte deux fois, écrit Sara Daniel. D’abord quand elle a été arrachée aux siens, ensuite quand elle est revenue parmi eux… » Et elle rêve aujourd’hui de se reconstruire ailleurs, loin de ses cauchemars et de son entourage.

Allez, plus léger pour finir, avec ce samedi, le coup d’envoi du Tour de France ! Un départ donné à Düsseldorf en Allemagne, avec un contre-la-montre de 14 kilomètres. Le sujet fait la Une de L’EQUIPE ce matin. Visage du précédent vainqueur, déjà trois fois vainqueur, le britannique Chris Froome. Un début de saison décevant, des adversaires déterminés : d’après le quotidien sportif, c’est « un favori sous pression »… Mais la pression sur les coureurs vient également des chaînes qui diffusent l’événement, ainsi que nous le raconte LIBERATION : « Comment la télé façonne le tour », c’est le titre… Où l’on apprend que France Télévision qui, pour la première fois, retransmettra les étapes en intégralité, cherche à ce point à séduire un public toujours plus nombreux qu’elle va jusqu’à influencer l’organisation de la course. C’est ainsi sous la pression de la télé qu’il n’y a plus d’étapes de plat la première semaine – beaucoup trop ennuyeux pour les téléspectateurs… Finies, aussi, les étapes de transition : désormais, il faut du grand spectacle chaque jour – et tant pis, ou tant mieux – parce que donc, ça fait du spectacle – si tout cela épuise les cyclistes et favorise les chutes ! « Ce qui compte, c’est l’audience et plus il y a de chutes, mieux c’est ! », se désole Arnaud Démare, l’actuel champion de France.

Cela dit, c’est un autre tricolore que LE PARISIEN met en avant. « Et si c’était l’année Bardet ? », s’interroge le journal – Romain Bardet, 26 ans, qui nourrit de grandes ambitions et explique qu’il conçoit ce tour de France comme un plan de bataille – un homme qui refuse de se laisser enivrer par l’engouement qu’il suscite et lâche cette petite phrase : « Le combat me transcende. »

Cette fois, le combat, c’est celui pour la victoire. Simone Veil, elle, c’était un combat pour la vie.La vie, de toute façon, et nombreux sont ceux qui l’ont déjà dit : la vie est un sport de combat.

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