Bonjour à tous. Qu’y a-t-il après ? Après l’élection présidentielle américaine ? Après la crise financière ? Après la retraite des personnels d’Air France ? Qu’y-a-t-il après la pluie ? Et sur quoi débouchent les derniers jours de la vie ? Autant d’anticipations sur lesquelles en ce week-end de Toussaint, la presse est plus riche d’hypothèses que de véritables informations. Le magazine bien nommé « la Vie » relève cependant le défi avec l’écrivain Salman Rushdie qui prévoit l’élection « d’un homme intelligent aux Etats-Unis ». « Ca va nous changer, dit-il, en considérant déjà le démocrate Obama comme un nouveau Roosevelt ». Mais l’hebdomadaire chrétien d’actualité va plus loin ce matin en applaudissant au portrait du monde paysan dressé dans le film « la Vie moderne » du cinéaste Raymond Depardon. Et plus loin aussi en posant crûment la question : « Où va-t-on après la mort ? Y-a-t-il un au-delà ? ». Passionnant dossier qu’ouvre une reproduction du jugement dernier de Jérôme Bosch et les interrogations universelles sur l’outre-tombe. Y-a-t-il un enfer. Y-a-t-il un paradis et qu’en dit-on dans les religions ? Nos défunts sont-ils joignables ? Comment considérer le passage de vie à trépas ? Et quelle expérience en ont, ceux qui ont franchi le tunnel du coma et atteint les limites de la raison, avant, Dieu merci, de revenir à la vie ? En ce samedi de novembre où LA VOIX DU NORD, LA REPUBLIQUE DU CENTRE, les DERNIERES NOUVELLE D’ALSACE, l’EST REPUBLICAIN, LA MONTAGNE, PRESSE OCEAN consacrent leur première page au temps du souvenir et aux chrysanthèmes de la Toussaint, il revient bien sûr à chacun d’entamer ou non sa propre méditation. Dans « Les Fleurs du Mal », Baudelaire l’a fait à sa manière, en rappelant à sa mère, voisine de la ville, le souvenir de sa nourrice Mariette : « La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse, Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse, Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs. Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs, Et quand octobre souffle, émondeur des vieux arbres, Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres, Certes, ils doivent trouver les vivants bien ingrats, A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps, Tandis que, dévorés de noires songeries, Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries, Vieux squelettes gelés travaillés par le ver, Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille. Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir, Calme, dans le fauteuil je la voyais s’asseoir, Si, par une nuit bleue et froide de décembre, Je la trouvais tapie, en un coin de ma chambre, Grave, et venant du fond de son lit éternel Couver l’enfant grandi en son œil maternel Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse, Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?» Il y a la mort et nos morts, écrit Pierre Talec dans LA CROIX avant d’expliquer que nous devons inventer notre vie avec audace en nous attendant à l’inattendu. Les mots nous parlent, souligne de son côté Bruno Frappat dans sa chronique, en expliquant que c’est la relation qui nous fait humain. « Et la parole qui, quelle que soit la forme qu’on lui donne, rend l’humanité humaine : Parler, écrire, caresser, sourire, regarder, faire des mimiques, tenir la main de l’autre et même se taire, car le silence, conclut mon confrère, est une forme de langage, avec sa vertu, son poids, son sens ». Ah, le silence ! Jean-Claude Guillebaud remarque dans LE NOUVEL OBSERVATEUR que le silence qu’on appelle un blanc à la radio, est devenu l’ennemi à abattre sur les ondes. Et le chroniqueur de s’inquiéter d’une écriture radiophonique déroulant désormais une longue phrase, sans ponctuation, sans le moindre espace entre les morts et les lettres. « Partout », écrit-il, « sur la bande FM, de RTL à RMC et d’Europe 2 à France Info, le blanc est proscrit comme une pestilence à éradiquer. Partout sauf à France Culture et encore, on a peur de l’intervalle et c’est pourquoi les jingles prolifèrent, ici ou là, ainsi que les pubs et les disques shuntés. De telle sorte que rien ne puisse jouer entre les sons, alors que dans la vraie vie, comme dans la musique, il y a des pauses, des espaces, des blancs justement. Dans la vraie vie, et dans la radio la nuit, conclut Guillebaud, en évoquant les voix écoutées le soir dans l’auto, lors des longues routes, quand s’allume avec elles, le petite lampe du tableau de bord. Dans la revue MEDIAS, c’est Jean Daniel qui s’inquiète lui aussi de ce temps pressant pour gens pressés. Et le nôtre à tous désormais. Comment comprendre le monde dans ces conditions ? Et comment croire ? C’est un professeur d’histoire contemporaine de l’université de Toulouse, Monsieur Patrick Cabanel qui pose la question dans l’hebdomadaire REFORME, en rappelant que la route a été longue, pour les morts protestants. C’était, dit-il, des hérétiques, qui ne devaient pas souiller par leur présence le cimetière paroissial jusqu’au XIXème siècle ? Et les juifs donc ? Et les musulmans ? Combien de temps a-t-il fallu pour partager la terre des cimetières. Encore que, l’on peut visiter à la Bastide Clarence, au pays basque, un cimetière chrétien qui jouxte un vieux cimetière juif ouvert en terre de France, après l’inquisition. A lire encore, pourquoi pas, dans LE MONDE daté de ce samedi 1er novembre, une réflexion du philosophe Robert Redeker sur la mort... en danger de mort ? « La Toussaint est peut-être », écrit-il, « le dernier avatar d’un culte des morts, dont chacun sait, qu’il est pourtant « signe d’humanité ». Selon lui, il n’est pas dit que nos arrières petits neveux prendront comme nous, le chemin du cimetière, à chaque anniversaire des trépassés. Et pour une bonne raison, les biotechnologies mettent la mort en danger ! J’ai vu, à cet égard cette semaine, dans le QUOTIDIEN DU MEDECIN, un cœur artificiel, une pompe avec tout l’appareillage nécessaire, capable de tenir cinq ans et réalisé par des équipes françaises. Et s’il n’y avait que ça. Demain, l’homme en kit, greffé ou non, mais reconstitué en pièces détachées. Robert Redeker va plus loin, en évoquant une espérance de vie, qui s’étire sous nos yeux jusqu’à cent, cent dix ans, et aussi l’enfant contemporain que l’on éduque en lui cachant la mort, comme s’il devait être immortel. Et le philosophe d’insister sur la bio-utopie et les symptômes sociaux qui repoussent l’idée du vieillissement et de l’aboutissement de la vie. Voyez, dit-il, comment la vieillesse phagocyte la jeunesse aujourd’hui. Combien de femmes quinquas redeviennent des poupées barbies. Combien de grands-pères travaillant leur apparence pour conserver un look de trentenaires. Voyez la publicité des cosmétiques anti-ridules et anti-âge. Et Redeker de conclure : « Nietzsche redoutait des générations d’enfants aux cheveux gris ». Or, c’est l’inverse qui dessine notre futur effrayant : des générations de vieillards à visages et corps juvéniles. Mieux vaudrait assumer le défi de notre mortalité. Car la disparition de la mort serait en réalité la vraie mort de l’homme. Et à ce propos, les journaux croient-ils à l’élection d’un jeune Président de 47 ans, mercredi aux Etats-Unis, ou à celle d’un vétéran de 72 ! Vous vous en doutez, même si COURRIER INTERNATIONAL titre : « Oseront-ils élire Obama ». Tous ou presque y croient déjà. Le FIGARO aussi bien que le PARISIEN, les ECHOS comme la TRIBUNE. Laquelle TRIBUNE titre sur « Jours tranquilles à Wolfeboro », lieu de villégiature des grandes fortunes. Au fait, savez-vous qu’il y a 38 millions d’électeurs de moins de 30 ans, cette fois-ci aux Etats-Unis. Pour terminer, je vous livre cette citation de Woody Allen : «L’avenir est la seule chose qui m’intéresse, car je compte bien y passer les prochaines années ».

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