la revue de presse de Laurence Peuron

Les femmes à l'honneur cette semaine dans les pages des hebdos

Il y a les femmes de...qui manifestement passionnent la presse people. C'est Paris Match qui insinue tenir sans doute une future Première Dame américaine. Amal Clooney, l'avocate internationale que vient d'épouser George n'est pas que l'épouse de l'acteur mais une redoutable avocate internationale. Une femme de pouvoir dit l'hebdo qui l'a suivie à Athènes où 2 semaines après son mariage elle est partie en mission. Et quelle mission : rien de moins que régler un différend vieux de 2 siècles entre la Grèce et la Grande Bretagne sur la restitution des marbres du Parthénon. Des joyaux enlevés en 1801 par l'ambassadeur de Constantinople et achetés 15 ans plus tard par le Royaume Uni pour une somme dérisoire.

Là encore pour souligner l'accord parfait, on rappelle que Clooney a commis récemment au cinéma "Monuments Men" sur les oeuvres d'art spoliées par les nazis. Signe que les grandes questions du monde taraudent ces 2 là. Et Match de sauter le pas : l'élégance d'Amal est loin d'être le seul argument de ceux qui rêvent des Clooney à la Maison Blanche...

Il y a les "femmes de" mais aussi "les soeurs de" auxquelles s'intéressent les journalistes...

L'Obs nouvelle formule consacre 6 pages à Souad Merah, la soeur de Mohamed. "Ame soeur, âme damnée" c'est le titre ce ce portrait signé à 4 mains par Doan Bui et Olivier Toscer.

"Elle imaginait, elle aussi, rejoindre l'organisation de l'Etat islamique. Persuadée que là-bas, en Syrie, se trouvait la Terre promise. Celle où elle ne serait plus Souad Merah, la parente maudite de Mohamed, le tueur au scooter de Toulouse mais Souad, la fière soeur de "notre cher frère Mohamed Merah" célébré encore récemment dans une vidéo de propagande de l'organisation de l'Etat Islamique. Le 9 mai dernier la jeune femme a donc embarqué avec ses 4 enfants pour la frontière turco-syrienne. Mais les portes du paradis tant attendu ne se sont pas ouvertes comme prévu. Début septembre son mari djihadiste est rentré en France en se constituant prisonnier dans l'hérault. Mis en examen pour "association de malfaiteurs en vue de préparer des attentats terroristes, il dort aujourd'hui en prison.

Souad, elle a regagné les environs d'Alger d'où son père est originaire. Ses 2 fils aînés sont rentrés à Toulouse, elle aimerait les rejoindre avec les 2 derniers mais elle craint d'être incarcérée explique l'avocate à la retraite Marie-Christine Etelin qui la conseille. "Elle a peur qu'on place ses enfants et se demande si en prison elle pourrait garder son bébé de 7 mois".

Marie Christine Etelin et son mari Christian connaissent bien la famille Merah. Ils l'ont côtoyée bien avant la tuerie de Toulouse, les deux avocats sont des grands défenseurs des sans-papiers et des petits délinquants du Mirail. Ils n'ont toujours pas digéré l'affaire et s'interrogent sans relâche sur ce qui a transformé ce petit voyou "à visage d'ange" en terroriste.

Idem pour Souad. "Quand nous l'avons connue, elle n'était pas voilée se souvient Christian Etelin. C'était une fille ravissante, moderne, libérée. Dans cette famille déstructurée, elle remplaçait la mère, complètement dépassée par les événements. C'est elle qui accompagnait Mohamed au tribunal, c'est toujours elle que je voyais..."

Mais du côté des familles de victimes, c'est un procès en règle. "Elle est le ciment du clan" déclare Patrick Klugman, l'avocat d'une famille décimée dans le massacre de l'école juive de Toulouse. "C'est elle qui a mené Mohamed vers la religion". Et les journalistes de l'Obs de tracer la trajectoire d'une dérive. Souad est née en Algérie, elle a 3 ans lorsque sa famille émigre en France en 1981. Le père bat ses fils : coups de poing, coups de câble... La mère divorce. Mohamed n'a que 5 ans. Souad en a 15. Elle garde le contact avec son père, se marie avec un petit trafiquant de drogue qui finit en prison comme le père d'ailleurs qui lui demande un faux témoignage. Ca vaudrait à Souad une garde à vue alors qu'elle est enceinte de 7 mois. Dépressive, elle se réfugie dans la religion. Se met au arborer le voile, puis le voile intégral, puis les gants. Elle se remarie avec un salafiste très strict et bannit désormais la musique à la maison.

Quand les enfants rendent visite à leurs oncles et tantes, ils se bouchent les oreilles pour ne pas entendre les sonorités de Satan. Son neveu qu'elle aurait tenté d'embrigader témoigne. Elle disait qu'elle serait prête à se faire sauter dans le métro si c'est avec ses enfants, que le sang des martyrs sent le musc. Elle finit par partir étudier en Egypte, au Caire où l'avait rejointe aussi Mohamed Merah avant qu'il ne bascule dans une barbarie dont rien ne pourra jamais dire ce qu'elle doit ou non à sa soeur. On n'est responsable que de ses actes a-t-on envie de rajouter. Et pas d'être la soeur d'un meurtrier.

Autres femmes, autres combats, on part du côté des zadistes...

Libération ce week-end revient sur cette galaxie de militants écologistes en expansion. Ces ZAD, Zones à défendre comme en son temps le militant et poète américain Hakim Bey parlait des Zones Autonomes Temporaires...TAZ en acronyme anglo-saxon. Libé, à la veille de ces 2 jours de discussions hommages à Rémi Fraisse a voulu publier leurs paroles. Ils sont anars, hakers, antifa, anticapitalistes, fémininistes. Et ce qui intrigue, c'est qu'ils échappent aux cases et aux cadres des sociologues ou des journalistes...A bien lire l'éditorial d'Alexandra Schwartzbrod, Nantes ou Sivens ne sont pas de nouveaux Larzac new age. Pas de leader, pas de mot d'ordre général, pas forcément les mêmes bagages idéologiques. Ici, les frontières sont mouvantes, des tenants de la non-violence à ceux de la violence nécessaire...les frontières de l'identité aussi. Très drôle de lire chaque témoignage invariablement signé Camille. Un prénom unisexe pour une lutte qui transcende les genres...

Le genre et les aventuriers du genre encore une vaste question...

C'est tout aussi politique mais dans un autre genre vraiment. Les Inrocks entrent en douce Trans cette semaine avec une magnifique photo de Romain Duris qui joue de la paupière bleue et du faux cils nu en couverture. "Devenir femme"...C'est ce que François Ozon lui a fait faire dans "Une Nouvelle amie", son dernier film très réussi qui sort mercredi prochain. Chaque jour, il dépose ses oripeaux masculins pour se transformer dans l'intimité domestique en vraie femme d'intérieur.

Mais décidément c'est une lame de fond...

Dans "Chéri Chéri" le dernier romain de Philippe Djian c'est Denis qui se rend presque toutes les nuits dans un cabaret où il devient Denise, chanteuse transformiste. Enfin dans le grand monde parisien du XIXème siècle, un jeune dandy est d'une beauté si parfaite que chacun s'éprend de lui sans qu'il puisse s'attacher à personne en retour. Jusqu'à ce qu'une comtesse perverse le contraigne à se vêtir en demoiselle et qu'il tombe amoureux de son propre reflet. C'est "l'homme qui s'aime" de Robert Alexis. Enfin vous avez aussi Mort, septuagénaire californien, divorcé, père de 3 enfants qui révèle à sa progéniture qu'il est une femme et entend désormais redevenir Maura. ca c'est "Transparent" la nouvelle série en ligne produite par Amazon et conçue par une des têtes pensantes de Six feet Under.

Bref comme l'écrit Jean-Marc Lalanne dans les Inrocks, si la semaine dernière le devant de la scène ciné était occupé par une bande de filles c'est une véritable bande de traves qui s'immisce dans les actus croisées des films, livres, séries de la rentrée...Dans l'enquête qui suit sur ces crossdressers, ces gens qui passent invariablement de femmes à hommes et inversement...dans l'enquête de Romain Burrel on apprend qu'entre 0,3 et 1% de la population navigue d'un genre à l'autre. N'en déplaise à ceux qui, minoritaires mais bruyants, ne veulent en aucun cas prendre acte de la redéfinition des statuts de la famille, la métamorphose transgenre défait le lien usuel entre homosexualité et travestissement. Les trans sortent du placard, où en réalité si on a des yeux et des oreilles ils n'ont jamais accepté de se laisser confiner...

Lou Reed...déjà...Il rase ses jambes et IL devient ELLE

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