Les vestiges du chaos. Avec ou sans substance…

Une bouteille de pastis par jour. C'est à cela qu'il a carburé pendant des années. Mais maintenant, Renaud a arrêté l'alcool – enfin presque, il continue la bière – et il l'explique à la fois dans LE FIGARO et dans LE PARISIEN ce matin.

Deux longues interviews à l'occasion de la sortie de son nouvel album dans quelques jours. Il raconte sa déchéance, les femmes qui l'ont quitté, à cause de son alcoolisme. « Ma vie était une infinie tristesse anisée » , dit-il. Il raconte sa peur de mourir. Sa peur quand les médecins lui ont dit qu'il allait mourir s'il ne prenait pas davantage soin de lui. Et il raconte sa renaissance. Sa renaissance sans substance. Mais avec des amis qui l'ont aidé à remonter la pente. Et à écrire des chansons. Sans substance.

Dans ces deux interviews, Renaud livre également son regard sur le monde politique. Alors on en pense ce qu'on en veut, ce ne sont que les mots d'un chanteur, mais mes confrères du FIGARO comme du PARISIEN lui ont demandé ce qu'il pensait du climat politique actuel, et des échéances à venir. Il regrette ainsi que Nicolas Hulot ne se lance pas la course à l'Elysée. Pour lui, c'est ce genre d'homme qu'il faudrait à la France. Il a voté François Hollande à la dernière présidentielle, mais il juge que le gouvernement est un gouvernement pourri. Et, du coup, il se dit prêt à voter Alain Juppé , dans le cas où Marine Le Pen lui ferait face au second tour en 2017. Mais pour Nicolas Sarkozy : ça, jamais, dit-il. Et puisFrançois Fillon , non, « quand même pas » .

Et l'on retrouve François Fillon dans les pages du FIGARO lui aussi. « Je me bats pour la victoire » , assure l'ancien Premier ministre, qui, je crois, n’est pourtant pas sous substance. François Fillon y croit, et ses amis y croient aussi. Ce samedi, il les réunit. Un rassemblement à Paris, avec les cadres de sa campagne et les députés qui le soutiennent.

Mais à la Une du quotidien, c'est un dossier économique : grand dossier autour de ce que le journal appelle « les pièges du prélèvement à la source » . Le gouvernement s'est engagé à fixer un cadre législatif avant l'été. Mais les difficultés techniques sont extrêmement nombreuses, et pour l'heure, l'administration ne sait pas y répondre. Et, du coup, le Medef demande que l'entrée en vigueur du dispositif soit reportée d'un an, au 1er janvier 2019 . Un appel au gouvernement. Un appel à François Hollande .

François Hollande , dont on peut se demander parfois s'il n'est pas sous substance. Il avance, il recule, il hésite. Recul, donc, sur la déchéance de nationalité. Et une réforme du code du Travail qui tient désormais du bourbier. Tout cela inspire l'écrivain Jean d'Ormesson – c'est toujours dans LE FIGARO . Une interview saignante de l'écrivain qui ose une comparaison avec l'un de ses prédécesseurs. « Hollande,dit-il, n'a ni les qualités ni les défauts géniaux deMitterrand . Il ne cesse de sortir de l'ambiguïté à son désavantage. Tout le monde connaît le célèbre principe de Peter : 'Tout personnage dans une hiérarchie tente d'atteindre son niveau d'incompétence maximum.' Nous y sommes. » ,__ estime d'Ormesson...

Autre image dans LA VOIX DU NORD , sous la plume de Matthieu Verrier , pour qui « François l'astucieux est devenu François le maladroit.L'homme de la synthèse qui retombe toujours sur ses pattes est devenu le marchand de tapis qui se prend les pieds dedans. » Et l'éditorialiste de rappeler le récent sondage de l'IFOP, donnant le chef de l'Etat éliminé, quel que soit le candidat de droite, dès le premier tour de la prochaine présidentielle. « En visant toujours une réélection, écrit-il, Hollande semble vouloir grimper l'Everest en patins à roulettes ! » Si ce n'était pas si triste, on dirait que l'image est drôle.

Mais, dans le même temps : « Peut-on vraiment rire de tout ? » C'est la question que pose à sa Une LA DEPECHE DU MIDI . Une question à laquelle a répondu un panel de Français pour une enquête BVA que publie le quotidien. Et il apparait que plus de la moitié des sondés – 53% jugent qu'en effet, on a le droit de rire de tout.

Rire, par exemple, enimaginant la tête de cette Américaine de l'Etat de l'Arizona qui, hier, a eu la surprise de voir tomber dans son jardin le toboggan d'évacuation d'un Boeing 767 . Une histoire à lire sur les sites d’infos étatsuniens. Il n'y a pas eu de blessé, juste un arbre abîmé. Une enquête a été ouverte pour savoir de quelle manière le toboggan a pu se décrocher de l'appareil.

Rire également à la lecture du fait divers dont se fait l'écho ce matinLE PROGRES DE FECAMP . L'interpellation d'un exhibitionniste, et la seule chose que celui-ci trouve à dire pour sa défense, c'est simplement qu'il a perdu son pantalon.

Rire, enfin, devant les anecdotes rapportées par une sage-femme dans les colonnes duPARISIEN . Elle s'appelle Sylvie Coché, elle a mis au monde plus de 10.000 bébés en trente années de carrière, et elle publie ses confidences dans un livre qui rencontre un succès inattendu. Publié début mars, "Poussez, madame !" – c'est le titre – a déjà séduit plusieurs milliers de lecteurs. Succès tel que l'éditeur a lancé une réimpression. Mais il faut dire que ce que raconte cette sage-femme est croustillant. Il y a cette patiente qui se dresse en plein accouchement et qui, tordue par la douleur, lui lance « Je te maudis jusqu'à la dixième génération ! »Il y a ce père qui dit ne pas vouloir de ses jumeaux : « On ne peut pas, la chambre est trop petite ! » Il y a cette future mère qui, elle, craignait de donner naissance à un enfant métis. Madame avait eu un amant noir au moment de la conception, le mari n'était pas au courant. Gros stress jusqu'à ce qu'apparaisse la frimousse du bébé : une petite fille qui, heureusement, était finalement le portrait craché du mari. Elle raconte par ailleurs que son métier demande parfois beaucoup de diplomatie. Ainsi, quand une maman d'origine étrangère et portant le nom de "Ankull" (A.N.K.U. deux L.) lui explique qu'elle veut appeler sa fille "Kim". Kim Ankull : pas simple à porter. Et pas très simple à expliquer, se souvient la sage-femme.

Cependant, dans la presse, on trouve aussi foule de sujets qui ne donnent pas du tout envie de rire.

Il y a« le calvaire oublié des chrétiens pakistanais » : titre de l'article que signe Henri Tincq sur SLATE.FR . Le dimanche de Pâques, un attentat-suicide a tué 73 personnes, dont une trentaine d'enfant dans la ville de Lahore. Un attentat revendiqué par un groupuscule taliban, et un attentat qui remet en lumière les persécutions dont sont victimes les chrétiens dans ce pays musulmans.

Il y a cette guerre invisible – ou bien disons, peu médiatique – que mène la Turquie dans le petit Kurdistan. Formidable série de reportages à lire sur le siteLES JOURS . Reportages d'Olivier Bertrand , lequel s'est notamment rendu dans le quartier de Sur, à Cizre dans le Kurdistan turc : un quartier de gravats, de poussière et de boue. Conséquence des bombardements d'une armée turque qui considère tous les Kurdes comme étant d'éventuels terroristes. « Qui peut être heureux de dire 'je suis Kurde' ? » , lit-on sur l'un des murs tenant encore debout. Dans le quartier détruit, la vie est comme suspendue. Les habitants racontent qu'ils ont tout perdu. Et à cela s'ajoutent les rumeurs d'exécution : la police turque achèverait les blessés kurdes.

Et puis, si l'on revient en France, on ne peut pas ne pas parler des suites des affaires de pédophilie qui secouent le diocèse de Lyon. Le sujet fait d'ailleurs la Une du MONDE , qui évoque « l'onde de choc de l'affaire Barbarin » .

Alors que les enquêtes progressent, d'anciennes affaires, parfois classées, remontent à la surface. Et des victimes racontent donc maintenant leur cauchemar, quitte, parfois, à rompre avec leur famille. C'est ce que raconte Marion Van Renterghem , qui a mené l'enquête dans une ville partagée, dit-elle, entre l'exigence de justice et celle de miséricorde. Les catholiques lyonnais et la bourgeoisie font corps autour de l'archevêque, soupçonné d'avoir étouffé les agissements de prêtres pédophiles. Ils font corps et ne supportent pas le lynchage médiatique que subit, à leurs yeux, le si droit cardinal. La minimisation des faits, le déni et, bien sûr, la peur de faire scandale, la gêne de s'attirer les foudres de la communauté paroissiale : tels sont aussi les sentiments qui habitent certains des parents des victimes. De sa mère, l'une d'elle a ainsi entendu : « Si tu t'en prends à Monseigneur Barbarin, toute la famille finira en enfer ! »

Il n'empêche. Avec les deux nouvelles affaires révélées depuis jeudi, le cardinal est plus que jamais « dans la tourmente » , estime LA NOUVELLE REPUBLIQUE , tandis que L'INDEPENDANT se demande s'il ne s'agit pas là du « scandale de trop » . Dans L'EST REPUBLICAIN , Alain Dusart , lui, se souvient de la "loi" édictée par le fondateur du scoutisme. Baden Powell avait écrit qu'un scout est « pur dans ses pensées, ses paroles et ses actes » . Et jamais, commente l'éditorialiste : « Jamais ce noble officier anglais n'aurait imaginé que ces jeunes garçons élevés dans un esprit de charité, tomberaient dans les mains lubriques de curés tripoteurs et d'un clergé complice de ces bergers transformé en loups prédateurs de tant d'innocence volée. »

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Plus léger pour finir. Nous avons commencé cette revue de presse avec l'interview d'un chanteur, nous la terminons avec un autre chanteur : le chanteur Christophe, auquel LIBERATION consacre un dossier de six pages et sa Une ce matin. Le titre à la Une, c'est « total chaos » .

Un chaos illustré en premier lieu par la photo : lunettes noire et main dans les cheveux, des cheveux blonds cendré – j’avoue qu'au premier regard, j'ai d'abord cru qu'il s'agissait de Bernadette Chirac … Chaos, ensuite, dans l'interview, la très longue interview que l'artiste a accordée à deux confrères du quotidien. Interview débutée en fin d'après-midi et qui a duré jusqu'à 4 heures du matin. Interview dans laquelle Christophe explique tout à la fois sa vie – ses nuits sans sommeils, ses voyages à Tanger, sa passion pour les boîtes de lait concentré Nestlé. Interview dans laquelle il raconte aussi comment il compose ses chansons. Lui qui, dit-il, n'est « ni chanteur ni musicien, mais un autodidacte » . Et puis, Christophe explique ce qu’est son chaos : « le chaos lumineux, le chaos positif, de la baise, de l'amour. Le chaos, c'est pas mal quand on parle d'amour, vous voyez la métaphore ? » Puis il confie, lucide, qu'il ne comprend pas tout ce qu'il dit. Franchement, nous non plus. Du coup, on s'interroge :Christophe prend-il des substances ? « Mais non, je prends rien ! » , assure-t-il... « C'est ça le pire, je ne bois que du thé ! » Mais le thé, ça fait des merveilles. Merveille que ces nouvelles chansons de Christophe. Son album sort la semaine prochaine. « Les vestiges du chaos »

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