Bonjour à tous… « Loin de réfléchir l’état d’esprit du public, la plus grande partie de la presse ne reflète que l’état d’esprit de ceux qui la font… A une ou deux exceptions près, le ricanement, la gouaille et le scandale forment le fond de nos journaux. A la place de leurs patrons, je ne m’en féliciterais pas : tout ce qui dégrade la culture raccourcit, en effet, les chemins qui mènent à la servitude. Une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée et par un millier d’amuseurs cyniques, décorés du nom d’artistes, court à l’esclavage, malgré les protestations de ceux-là mêmes qui contribuent à sa dégradation. » - Qui a écrit ça et dans quel journal ? Claude Imbert dans Le Point ? Bruno Frappat dans La Croix ? Jean-Claude Guillebaud dans Le Nouvel Observateur… Daniel Schneiderman ? Robert Solé, dans Le Monde ? Pierre Veilletet dans Sud-Ouest, Jean-François Khan, dans Marianne, ou Edmonde Charles Roux, dans La Provence ? Aucun, aucun de ceux-là, et puisque vous donnez votre langue au chat, sachez que celui qui affirme que la presse ne reflète pas l’état d’esprit du public, est un homme révolté des années 50 ! Le fils d’une femme de ménage, devenu journaliste et écrivain. Un humilié, un offensé, qui sorti de la mouise disait : « Nous sommes quelques-uns, à ne pas supporter qu’on parle de la misère, autrement qu’en connaissance de cause. » Vous avez deviné son nom, Albert Camus revisité par Jean Daniel, qui l’a bien connu, et qui publie chez Gallimard un petit livre intitulé : « Avec Camus, comment résister à l’air du temps ? » Et c’est Max Gallo, qui se réjouit dans les colonnes du Nouvel Observateur, d’avoir découvert grâce à Jean Daniel, cet article introuvable du philosophe, publié dans la revue Caliban. « Fichtre, fichtre, écrit Max Gallo, c’est bien utile de rappeler que le journalisme devrait être une perpétuelle résistance… et un recours, une protection dans notre métropole, de méchanceté, de dénigrement et de mensonge. Car souligne Max Gallo, bon lecteur et d’Albert Camus, et de Jean Daniel… Ce sont nos écrans de télévision, qui sont montrés du doigt, avec une lucidité prophétique quand Camus dénonce le ricanement, le cynisme, la gouaille, le scandale. En effet, l’écrivain a toujours opposé à l’inéluctable, au sens de l’Histoire, qui excuserait tout… la liberté et la morale individuelle. C’est à chacun de choisir. D’ailleurs, disait-il, « Si les écrivains avaient la moindre estime pour leur métier, ils se refuseraient à écrire n’importe quoi, n’importe où. Mais que voulez-vous, il faut plaire, plaire et se coucher. » Et bien non, conclut Max Gallo, le livre de Jean Daniel est un appel avec Albert Camus à rester debout. Rester debout et crier… Et c’est ce que fait ce matin, Bruno Frappat dans La Croix, après avoir trouvé, cette semaine, dans un grand journal du soir qu’il ne cite pas … un crachat. Et quel crachat, quelle insulte, celui d’un homme, membre de la société psychanalytique de Paris, du nom de Patrick Declerck, qui professe, la nécessité de ridiculiser la religion. Selon le spy, en effet, il faudrait dénoncer chaque fois qu’on le peut – je le cite encore – l’imbécillité, la fausseté, la dangerosité, l’escroquerie, et le grotesque profond de la religion. La ridiculiser est une vertu. Et dans la foulée Patrick Declerck conclue sur les cinq siècles de luttes occidentales pour se débarrasser de l’étouffante étreinte de la peste chrétienne ! » La peste chrétienne… Il est gentil Bruno Frappat… parce que j’ai cherché, je me suis dit c’est dans Le Monde que Monsieur Declerc a écrit ça et j’ai pris toute la collection du monde de la semaine et je n’ai pas trouvé. Toujours est-il, en lisant cela, le sang du chroniqueur de La Croix n’a fait qu’un tour… et il s’est levé criant au blasphème… Et en écrivant ceci : et ben zut ! Il dit zut Bruno Frappat, les pestiférés que nous sommes… Nous chrétiens… mais d’abord il n’y a pas que nous, les autres aussi… Juifs, musulmans, bouddhistes doivent-il se baisser, pour ramasser dans le caniveau, les déjections rhétoriques de cet aimable monsieur ? Non, s’indigne Bruno Frappat, il faudrait être masochiste, et muni de sacs plastiques. Demeurons donc, pesteux, plume et bras ballants, face au mépris qui passe, lesté de ses clichés, de sa fureur, et du mystère, au cœur de tout homme. » Debout lui, aussi, comme vous avez pu en juger, si vous avez écouté il y a quelques minutes, Jean-François Kahn face à Michel Schiffres, tout à l’heure sur cette antenne… Debout, les journalistes de la rédaction de Marianne, qui ne craignent pas cette semaine de publier un dossier sur Ségolène Royal et les femmes. Des réactions, dans tous les sens, front contre front. Griffes contre griffes. - Alors question de Natacha Poleny… le ségolénisme est-il un féminisme ? - Non, non, non explique Gisèle Halimi, qui conteste la révolution en marche. - Mais si… réplique Antoinette Fouque qui voit dans le phénomène Royal… je la cite : « un puissant ancrage territorial, dans la lignée tenez-vous bien, de Charles Péguy. » Ségolène… c’est historique, renchérit, Michèle Fitoussi, éditorialiste au magazine Elle. Interrogée par Laurent Newman, Michèle Fitoussi, explique, qu’elle connaît Ségolène, depuis une bonne vingtaine années. Qu’elle lui rappelle Hillary Clinton. Laquelle, Hillary Clinton lui aurait dit un jour… « C’est à cinquante ans, une fois les enfants élevés, qu’une femme trouve le bon moment de percer en politique. » Et voyez, ajoute Michèle Fitoussi, émerveillée par le succès de Ségolène Royal… Ségolène fait la preuve, qu’une fois de plus, le pays réel est en avance sur ses élites. Eh, le pays réel, le bon vieux pays réel… ça fait deux siècles qu’on en parle. Et voyez sa démarche… C’est toujours Michèle Fitoussi qui parle : « elle n’insulte pas Ségolène Royal, elle déstabilise. C’est beaucoup plus marrant et beaucoup plus efficace. » Sur la page voisine, et toujours dans Marianne, réplique de Clara Dupont-Monod, qui voit, elle, en Ségolène Royal, une sorte de super-pédiatre. Médecin d’une société infantile dont le discours tendrait à donner, une image archaïque de la femme. Avec des mots, qui cantonnent les femmes au rôle de victimes. Et Clara Dupont-Monod, aussi inquiète que Michèle Fitoussi, était enthousiaste conclut ainsi son adresse à Ségolène Royal. « Voila pourquoi je me méfie. Parce votre féminité génère une assurance suspecte. Vous en faites non seulement une arme, mais surtout un argument électoral. Et parce que, derrière la lutte politique, se profile une lutte des sexes qu’on croyait enterrée. Non pas que la bataille soit gagnée. Mais il était question de faire la révolution avec les hommes, non pas contre eux. Parce que considérer les femmes avec le regard d’un french doctor n’incitera personne à leur faire confiance. Parce que vous êtes une femme et, que justement je le suis moi aussi. Les éditorialistes du Point ne sont pas en reste. Eux non plus, ne pratiquent pas le journalisme couché comme chacun sait. Catherine Pégard, multiplie ainsi les anecdotes révélatrices, et Claude Imbert, le constat implacable et froid. Je commence par l’anecdote… signifiante… ô combien, que raconte Catherine Pégard : « En 1996, alors que Jacques Chirac, président de la République se trouvait en visite dans les Deux-Sèvres, Ségolène Royal, qui participait aux manifestations officielles comme députée de la 2è circonscription du département, apprend que son fils doit être opéré de l’appendicite. Aussitôt alerté, le président Chirac propose avec empressement son avion à la députée socialiste pour rentrer à Paris. Ségolène Royal décline son offre et préfère profiter de la voiture d’un ami, pour ne rien devoir à Jacques Chirac et garder sa liberté de parole. L’anecdote écrit Catherine Pégard correspond bien à Jacques Chirac, à qui il est aussi arrivé de proposer à Dominique Strauss-Kahn un Damart parce que le ministre de l’Economie avait froid lors d’un voyage officiel en Chine. Et là, il se trouve que Dominique Strauss Kahn a accepté le Damart… ce que j’aurai fait moi aussi… ben oui, écoutez franchement, il est gentil Chirac. Il paraît qu’il faut pas, c’est la guerre. Mais voici le constat clair de Claude Imbert en page 3 du Point. Et voici le constat et les interrogations claires de Claude Imbert… « La trombe d’opinion qui vient d’aérer le vieux Parti socialiste va-t-elle rafraîchir l’actuelle chiraquie ? Elle a imposé Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy pour une même promesse de « rupture ». Certes, poursuit Imbert, les deux champions de l’opinion ne s’échinent pas dans le même décor : Madame Royal caracole dans l’éther prospectif où se meut l’opposition ; Sarkozy crapahute dans les tranchées d’un pouvoir peuplé de faux frères. Mais la même question revient quand même ce matin : après avoir retapé la gauche, une même rénovation populaire peut-elle requinquer une droite mal en point ? Alors le Figaro, bon, bien sûr a fait un sondage. Toujours les sondages. Et je terminerai là-dessus parce que je vois que vous vous agitez Pierre Weill. Ben oui, écoutez le sondage, il est formidable. Comment avez-vous trouvé Sarkozy, jeudi ? Convaincant à 70 % des spectateurs. Alors question, et les français qui ont regardé « A vous de juger », est-ce qu’il est capable de battre Ségolène Royal ? Avant l’émission : 76 % oui, il peut. Après l’émission : 77 %.

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