Bonjour et bonne année à tous et à chacun. Il paraît que le bonheur a les yeux fermés, mais si vous écoutez France Inter à l’aube de ce premier samedi de janvier, la preuve est faite que vos yeux sont ouverts… Et pourquoi pas ? Que vous attendez beaucoup de 2010 : des joies, des espoirs réalisés et du bonheur ! Georges Sand prétendait qu’il fallait fuir cette menteuse et criminelle illusion. « Donnez-moi », disait-elle, « du travail, de la fatigue, de la douleur et de l’enthousiasme »… Nous avons eu tout ça en 2009 et nous pouvons souhaiter continuer. Travail pour tous, enthousiasme pour avancer avec en plus bonne santé et mauvaise mémoire pour oublier ce qui doit l’être. Voilà une partie de nos souhaits pour cette année. La CROIX de ce week-end rappelle opportunément que la crise économique a révélé d’autres indicateurs de progrès pour nos sociétés et donne la parole à douze « connaisseurs » du bonheur, pour envisager ce qu’il pourrait être, en dépit de tout, cette année. L’historien Georges Minois, nous invite à devenir des « pessimistes heureux ». Le philosophe André Comte-Sponville nous propose de croire que le bonheur existe, que l’on peut l’opposer au malheur et apprécier les légèretés qui rendent la vie agréable. Je ne suis pas un sage, conclut-il, dans son interview à la CROIX. L’amour m’importe plus que la sagesse des stoïciens. Et d’ailleurs mon bonheur dépend de ce qui ne dépend pas de moi, mais y participe… mes enfants, ma compagne. Soyons disponible et ne nous crispons pas sur notre idée occidentale du bonheur, suggère François Jullien, un autre philosophe, sinologue et partisan du dialogue des cultures. Vivons en contact avec la nature, propose, toujours dans le dossier de la CROIX, le géographe Eric lambin. Il nous faudrait des anges, ajoute Bruno Frappat dans sa chronique, avant de se demander, qui faut-il choisir et négliger en ce début d’année. Deux peuples, écrit-il, requièrent nos pensées à l’heure de la rhétorique inaugurale du Nouvel An… Les Chinois et les Iraniens qui n’ont pas nos libertés. Mais ça fait du monde… Un milliard, quatre cents millions d’hommes, rien que pour les Chinois. Essayez-donc de choisir dans la masse ! Au FIGARO, c’est Serge Dassault, le propriétaire du journal, qui présentant ses vœux à ses lecteurs, évoque lui aussi, la Chine d’aujourd’hui et l’ultralibéralisme qu’elle pratique. « Gare, écrit le fils de l’avionneur Marcel Dassault… gare aux pays émergents, qui profitent largement des matériels, produits chez eux, sous licence, et des transferts de technologies que certains leur attribuent trop facilement. Gare, car ceux-là vont apprendre à les fabriquer seuls, et devenir de redoutables concurrents, pour ceux qui leur ont appris à travailler. Et le propriétaire du FIGARO de conclure pessimiste… « L’Angleterre, les Etats-Unis achètent de plus en plus de produits chinois et nous sommes en train de faire la même chose. C’est ainsi que nos pays occidentaux réduisent leurs capacités de production et de création, pour s’orienter vers des activités de service, à faible compétence. Si on ne réagit pas, les pays émergents vont très vite se développer et les nôtres connaître le sous-développement. Laurent Joffrin présente lui aussi, ses vœux aux lecteurs de LIBERATION, sur une analyse quelque peu différente. Nous allons, dit-il, continuer à raconter et décrypter le monde qui vient, en tenant compte de la crise économique et sociale qui nous a mis à rude épreuve en 2009. Mais plutôt que d’accuser la Chine, Laurent Joffrin dénonce les errements de la finance internationale, responsable selon lui de la crise qui nous affecte. Et LIBERATION de commencer l’année en saluant Albert Camus, mort sur la route, il y a cinquante ans, un 4 janvier. Et aussi Freud, avec ce titre : « En voiture Sigmund »… parce que les maisons d’édition se ruent sur l’œuvre du père de la psychanalyse désormais, libre de droits.. Freud, héros de LIBERATION ce week-end, après tout pourquoi pas… Freud, qui à propos du bonheur disait : « C’est un rêve d’enfant réalisé dans l’âge adulte ». La REPUBLIQUE des PYRENEES a choisi un grand esprit d’aujourd’hui pour décrypter les temps qui viennent… Michel Serres, un homme que nous aimons beaucoup à France Inter. Philosophe, mathématicien, écrivain, à qui la REPUBLIQUE des PYRENEES demande si 2010, va oui ou non marquer une rupture. Michel Serres, répond, non… Ce n’est pas 365 jours qui apportent un basculement, mais plusieurs décennies ensemble. L’académicien Frédéric Vitoux, ne disait pas autre chose, dans sa chronique du FIGARO, la semaine dernière. Une chronique qui commençait par « que faut-il nous souhaiter pour 2010 ». Rien par pitié, répondait l’écrivain à sa propre question. Laissons les politiques, les commerçants, les éboueurs et les facteurs échanger leurs vœux, contre nos votes ou leurs étrennes. Et le même Frédéric Vitoux de dénoncer les fanatiques du présent, qui veulent notre bonheur, et nous tuent pour cela. Voyez, l’Iran, les talibans, les djihadistes divers. Et il concluait… « Nous entrons peut-être dans des zones de haute turbulence ». Les historiens ont constaté en effet que les années 10-15 de chaque siècle ont été le prélude à de grands chambardements. Je concluerai sur ce point avec un autre académicien, Erik Orsenna. Lecteur admirateur du dernier livre de Jacques Attali intitulé « Survivre aux crises ». C’est un Erik Orsenna débordant d’enthousiasme qui écrivait dans le FIGARO de lundi dernier : « Le livre de Jacques Attali est un manuel de survie pour les temps à venir. C’est un guide. Après avoir traité, aussi rapidement qu’ils le méritent, des « produits dérivés », on revient à l’essentiel, c’est-à-dire aux principes de la bonne vie. Et un meilleur air emplit soudain vos poumons. Quel bonheur d’entendre de nouveau parler de « loyauté », d’ « empathie » ! Quel soulagement d’échapper à notre tyrannie maladive du court terme pour, enfin, « donner de la valeur au temps » ! Quelle gaieté, quel souffle de liberté, sous peine de mort, cultiver votre « ubiquité » et la multiplicité de vos identités ! Alors, lisant Jacques Attali, un grand souvenir me revient. C’était vers la fin des années soixante. J’étais étudiant de philosophie en Sorbonne. Nous nous battions pour trouver une place aux cours d’un professeur inspiré. Il avait une longue mèche et un souffle fiévreux qui semblait ne jamais devoir s’éteindre. Il tentait de nous apprendre un peu de morale. Il s’appelait Vladimir Jankélévitch. Lisez son Traité des vertus. Ca réconforte quand vous aimez le football et seulement les victoires sans tricher ».

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