Ceux qui rient, ceux qui pleurent.

Lorsque l’on feuillette les journaux, on a, certains jours, l’impression que le monde se divise en deux catégories : ceux qui sourient, et ceux qui pleurent. Les premiers, ceux qui ont le cœur à la fête, ce sont notamment, ce matin, les joueurs du Pays-de-Galles : 3 buts à 1 face aux Belges, hier soir en quarts de finale de l’Euro de football. « Quelle folie ! » s’exclame L’EQUIPE, qui estime que les Gallois se sont montrés exceptionnels, « formidables d’envie, formidable de conviction ». Ils ont « créé la sensation », confirme LE COURRIER DE L’OUEST, précisant qu’en demi-finale, ils affronteront le Portugal. Grands sourires de ceux qu’on appelle les dragons. Et à la Une d’autres journaux : l’œil perdu des supporters belges. Ils étaient des milliers sur la grand’ place de Lille. Lille était belge, oui, « mais pas la victoire », commente LA VOIX DU NORD, tandis que NORD ECLAIR indique que, certes, ils ont perdu le match, mais qu’ils ont dans le même temps « gagné les cœurs », en mettant une ambiance de joyeux carnaval.

Des sportifs qui sourient, et des sportifs qui pleurent, on devrait en voir également sur le Tour de France cette année. Un Tour qui s’élancera aujourd’hui même du Mont-Saint-Michel. 198 coureurs prendront donc le départ dans un décor de carte postale : « Grandiose dès le départ » titre LE TELEGRAMME, tandis que SUD OUEST se réjouit de voir « des Français en embuscade ». Notamment Thibaut Pinot, qui rêve de créer la surprise. Cependant, et comme le souligne à sa Une LA CHARENTE LIBRE, le favori reste Chris Froome – le Britannique vise un triplé. Mais même avant son départ, la Grande Boucle, comme chaque année, doit faire face à des polémiques : soupçons de dopage, toujours et encore, et soupçons de petits moteurs installés sur certains vélos… Voilà bien « les vraies stars du Tour », commente LIBERATION, qui se demande, mais sans trop y croire, si l’on aura tout de même un petit peu l’occasion de parler sport dans cette édition.

Une image pour illustrer les soupçons de dopage : une fresque aperçue sur la devanture du local d’une infirmière de Donville-les-Bains, à quelques kilomètres du Mont-Saint-Michel. On y voit une seringue, une énorme seringue plantée dans le dos d’un coureur, avec, en lettres d’or, l’inscription « Vive le Tour » ! Un tour qui sera également marqué par des mesures de sécurité renforcées : 23.000 policiers et gendarmes, soit 8 représentants des forces de l’ordre par kilomètre. Et puis, parmi les autres polémiques du moment, LIBE s’arrête également sur l’antidouleur dont raffolent les cyclistes. En l’occurrence, le Tramadol, connu pour ses effets euphorisants. Problème : il est aussi connu pour ses effets narcotiques, et il pourrait bien expliquer la hausse des accidents dans le peloton. Parce que, donc, les coureurs s’endorment. Témoignage d’un concurrent – il évoque le comportement des coéquipiers de Froome sur le dernier tour d’Espagne : « En remontant à leur hauteur au moment d’attaquer un col, le me suis rendu compte que les gars dormaient sur leur vélo. J’ai posé une question à l’un d’eux, il bavait et m’a regardé avec un air halluciné ! » « Tramadol, un médo à dormir debout » : c’est le titre du papier. Mais bon, comme l’a écrit l’infirmière de Donville-les-Bains sur la devanture de son local : vive le Tour !

Il y a ceux qui sourient, il y a ceux qui pleurent : l’expression vaut, bien sûr, également en politique. Et ce matin, on peut lire que Marine Le Pen sourit. Enfin, à dire vrai, elle sourit mais elle pleure aussi. Ou disons plutôt qu’elle fulmine, qu’elle a fulminé à la lecture de l’hebdomadaire people CLOSER, dont elle fait la Une cette semaine dans un maillot de bain deux pièces bleu-blanc-rouge. Photos de ses vacances en Corse avec son compagnon Louis Alliot, lui aussi en tenue très légère sur la plage. Marine Le Pen en paréo sur un bateau, en train de découper une pastèque ou de lire le dernier roman de Guillaume Musso… Preuve que l’opération de dédiabolisation est bel est bien achevée, mais la présidente du FN a malgré tout annoncé qu’elle allait porter plainte « pour atteinte à la vie privée ».

C’est à lire dans LE PARISIEN qui se fait, dans le même temps, l’écho d’une ambiance plutôt guillerette dans les rangs du Front National. Vendredi de la semaine dernière, Marine Le Pen et ses lieutenants sabraient déjà le champagne pour célébrer la victoire du Brexit. Et hier, ils ont sauté de joie à l’annonce de l’annulation des élections autrichiennes. Coup de théâtre, hier à Vienne : la victoire du candidat écologiste à la présidentielle, candidat élu ric-rac face à son rival d’extrême-droite, cette victoire a été invalidée par la Cour constitutionnelle du pays. Il va donc falloir revoter, et au FN, tout le monde espère que, cette fois, c’est leur l’ami du FPÖ, un ami très eurosceptique, qui l’emportera.

Après le Brexit, il y a donc ceux qui rient. Et d’autres qui ne parviennent toujours pas à se remettre de la défaite. Grand dossier dans LE FIGARO sur un Royaume-Uni face au risque de l’éclatement. Depuis le référendum, des questions hautement sensibles ont en effet ressurgi : celle, notamment, de l’indépendance de l’Ecosse et celle de la réunification de l’Irlande. En Irlande du Nord, le Brexit pourrait même aujourd’hui menacer la paix entre catholiques et protestants. Les premiers ont voté majoritairement pour un maintien du Royaume dans l’Union Européenne. Les seconds ont voté majoritairement contre. Et certains réclament donc désormais un référendum sur la réunification de l’île.

Concernant maintenant la succession de David Cameron, tous les journaux s’accordent à dire que c’est Theresa May qui fait figure de favorite. Après le forfait de Boris Johnson, la ministre de l’Intérieur britannique est forte, dit-on, d’un bilan jugé très positif et d’un caractère bien trempé. LE PARISIEN la qualifie même de « nouvelle Thatcher ».

Du côté des collégiens parisiens, il y en a également qui sourient et d’autres qui pleurent. Récit, dans le FIGARO, des aberrations d’Affelnet, le système d’affection dans les lycées. Où il apparait que les collégiens boursiers, même quand ils ont des notes très moyennes, bénéficient d’un bonus tel qu’au final, ils monopolisent les places dans les meilleurs lycées. L’objectif du système était de favoriser la mixité sociale. Mais dans certains établissements, on dénonce, rien moins que la fabrication de nouveaux ghettos.

Les amis de la poésie pleurent également ce matin. Yves Bonnefoy, le plus célèbre poète français contemporain, également critique et traducteur, est mort hier à l’âge de 93 ans. Auteur de plus de 100 livres, traduit en une trentaine de langues, cité plusieurs fois pour le Nobel de littérature, il a été lauréat du Grand prix de poésie de l’Académie française, mais aussi du Goncourt de la poésie. Son portrait sur le site du MONDE et sur SLATE.FR, qui se demande si Yves Bonnefoy n’était pas « le dernier des poètes »… Quelques mots, quelques lignes, son poème « Une autre voix », dans son premier recueil, « Du mouvement et de l’immobilité de Douve » :

Et dans le vide où je te hausse j’ouvrirai

La route de la foudre

Ou plus grand cri qu’être ait jamais tenté

Larmes sur un poète, mais sourire à la lecture de deux titres ce matin. LA DEPECHE DU MIDI : « A Toulouse, il y a trop d’hommes célibataires ». Mesdemoiselles, sachez-le. Et puis à la Une de LIBERATION CHAMPAGNE : « Il n’y a plus de club du troisième âge à Chavanges – les anciens l’ont dissous, à force de noms d’oiseaux. » Et le journal de décrire une ambiance épouvantable : mésentente sur tout, pas uniquement à la belotte. On dit souvent que la sagesse est l’apanage des aînés. Ce n’est pas toujours le cas. Et même si l’on sourit, on dira que c’est à pleurer.

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