Bonjour à tous… Où, quand, comment, combien ? - Oui, ici et maintenant, combien de malades atteints par le virus de la grippe A H1N1 ? - Combien de citoyens participants hier, aux 283 défilés unitaires du 1er mai ? - Et enfin, combien faudrait-il d’euros pour offrir ce matin, un brin de muguet-bonheur, à chaque auditrice, chaque auditeur, de la plus publique des radios ? Trop, bien sûr. C’est pourquoi je vous propose de vous souvenir, avec nous aujourd’hui, non pas du « Temps des Cerises » trop court, trop chargé de chagrins d’amour et d’espoirs avortés, au profit de la « Butte Rouge », mieux adaptée à l’actualité. « Sur c’te butte là, y avait pas d’gigolette, Pas de marlous, ni de beaux muscadins. Ah, c’était loin du moulin d’la Galette, Et de Paname, qu’est le roi des pat’lins. C’qu’elle en a bu, du beau sang, cette terre, Sang d’ouvrier et sang de paysan, Car les bandits, qui sont cause des guerres, N’en meurent jamais, on n’tue qu’les innocents. La Butte Rouge, c’est son nom, l’baptème s’fit un matin Où tous ceux qui grimpèrent, roulèrent dans le ravin Aujourd’hui y des vignes, il y pousse du raisin Qui boira d’ce vin là, boira l’sang des copains ». La chanson de Montehus, reprise par Marc Ogeret et Renaud, date de 1919 et illustre au fond toutes les revendications, toutes les luttes sociales du XXème siècle. C’est pourquoi elle émeut toujours, même si on a oublié que son auteur, socialiste et franc-maçon, fut l’ami de Lénine, puis ardent partisan du Front populaire, avant d’être contraint de porter l’étoile pendant la guerre. « Ce qu’elle en a bu, des larmes cette terre Larmes d’ouvriers et larmes de paysans, Car les bandits qui sont cause des guerres, Ne pleurent jamais, car ce sont des tyrans ». Dieu merci, de ce côté-ci du cap de l’Europe, la guerre est finie. Demeurent les difficultés sociales nées de la crise de l’économie. Le journal l’HUMANITE les traduit dans un encadré rouge sur fond de défilé aux rangs serrés. « Premier mai, la Force de l’unité ». Et ce commentaire : « pour la première fois depuis 1948, tous les syndicats ont défilé ensemble. C’est une journée importante dans l’histoire sociale, qui comptera pour la suite du mouvement ». Et Patrick le Hyaric d’en appeler dans son éditorial à un front citoyen capable de transformer la colère sociale actuelle en un vote de protestations, de toute la gauche, aux élections européennes du 7 juin prochain. C’est toute la question de l’évaluation du rapport de forces établi dans la rue hier, par des manifestations, certes, unitaires, mais moins mobilisatrice que les manifestations du 19 mars dernier. D’où les sentiments partagés de la presse ce samedi. C’est ainsi que le DAUPHINE titre sur des syndicats qui attendaient mieux, malgré les 20.000 manifestants hier de Grenoble. Attitude identique de NORD-ECLAIR de Roubaix qui commente, Premier mai, mieux que les autres… Mais moins bien que le 19 mars, date de la dernière mobilisation anti-crise nationale. Et NORD-ECLAIR de titrer : « l’Unité pour rempart ». Ce que le COURRIER PICARD renforce en écrivant : « Un premier mai, comme avant, mais mieux qu’avant ». « Trois fois plus de personnes que l’an passé à Amiens ». Oui, mais pour quels lendemains, interroge Jacques Camus dans la REPUBLIQUE du CENTRE. Et mon confrère d’Orléans, après avoir douté d’une grève générale, acceptée par la CFDT et la CGT sur proposition de Force Ouvrière, d’écrire tout à trac : « Alors ? Reste l’hypothèse d’une énième journée de mobilisation avec un risque réel de banalisation et de lassitude pour les salariés. Elle pourrait être fixée à la mi-juin après les élections européennes. Mais, disons-le tout net, elle ne résoudra rien de plus que les précédentes face à un gouvernement voulant garder des marges de manœuvre en cas d’aggravation de la crise. La seule solution passe donc par un vrai dialogue social et non par ces déambulations routinières qui débouchent sur un impasse ». A Marseille, le journal LA PROVENCE dit la même chose en quelques mots : « Après la manif d’hier, y aura-t-il la grève demain ? » L’EST REPUBLICAIN, le BERRY REPUBLICAIN, OUEST-FRANCE, le PROGRES de Lyon, la MONTAGNE de Clermont-Ferrand, préfèrent s’arrêter au constat. « Le premier mai unitaire d’hier, a été dopé, par la crise ». Et par ce que les DERNIERES NOUVELLES d’ALSACE appellent «l’expression d’une nouvelle solidarité ». La VOIX du NORD, résume d’une formule « Premier mai en demi-teinte ». Ce qui n’est pas faux, puisque le soleil brillait au Nord de la Loire, mais n’éclairait guère le Sud-Ouest. Brice Hortefeux, le ministre du travail, en profite pour tresser dans le FIGARO un argumentaire nuancé, adapté aux difficultés présentes et à venir, d’un syndicalisme qui n’a pas triomphé hier, mais qui n’a pas échoué non plus. Le commentaire de Monsieur Hortefeux, s’articule en quatre points : 1. Les défilés d’hier ont rassemblé beaucoup moins de manifestants que ceux du 29 janvier et du 19 mars. 2. Le gouvernement n’est pas face à ceux qui sont victimes de la crise, mais à leurs côtés. 3. Si la crise perdure ou s’intensifie, nous nous adapterons. 4. Brice Hortefeux annonce que le gouvernement fera à l’été avec les partenaires sociaux, l’évaluation des mesures prises. S’y ajoute, une conclusion plus politicienne. A la question de nos confrères du FIGARO que je cite, « Les socialistes étaient présents dans les cortèges d’hier… Etait-ce leur place ! » Réponse de Brice Hortefeux. « Les socialistes se raccrochent à des wagons que les syndicats placent en queue de train et dont certains s’arrêtent à Niort, puisque Ségolène Royal a renoncé à défiler avec Martine Aubry. Plus sérieusement, dans cette guerre contre la crise, les Français sont en droit d’attendre plus d’unité et de cohésion des différentes familles politiques ». Voilà pour la page 3 du FIGARO. On en tourne 2, pour déboucher page 5, sur un sondage d’Opinion Way. Et si, et si, l’élection présidentielle de 2012 avait lieu dimanche prochain. 33 % pour Nicolas Sarkozy. 27 % pour Ségolène Royal 20 % pour François Bayrou. Royal ou Bayrou qui affrontera Sarkozy en 2012. On se croirait sur le champ de courses… soupire Bruno Frappat dans la CROIX. De course à l’Elysée, ils ne pensent tous qu’à çà. A droite, à gauche, au centre, aux extrêmes, ils sont des dizaines de chevaux et de préparateurs. Les entraineurs les encouragent, les préparent. Les parieurs peaufinent leurs calculs et les ambitieux méditent sur le point de savoir quel sera le bon cheval du futur, bon pour leur carrière. Ils sont nombreux à montrer le bout du nez.

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