Bonjour à tous… Il a l’âge du Christ et risque au terme de son procès qui s’ouvre le mois prochain à Paris : cinq ans de prison, 375.000 euros d’amende et le versement potentiel de près de 5 milliards d’euros de dommages et intérêts. Son nom ? Jérôme Kerviel, accusé d’avoir frauduleusement failli faire couler sa banque, la Société Générale, qui l’employait comme trader. Sa défense sera assurée par Maître Olivier Metzner, l’avocat de Dominique de Villepin et de l’ancien dictateur panaméen, Manuel Noriega. Face à lui, Maîtres Jean Veil et Jean Reinhart, conseils de la Société Générale, demandent réparation d’un préjudice énorme causé à la banque, aussi bien financièrement qu’en termes d’image. Ce dimanche 2 mai, Jérôme Kerviel rompt le silence auquel il était astreint depuis deux ans et attaque par voie de presse la Société Générale et les juges qui ont instruit son dossier. Il choisit pour ce faire le JOURNAL du DIMANCHE qui publie en exclusivité une interview de trois pages de Kerviel, prélude au livre « Mémoires d’un trader » qu’il signe chez Flammarion et qu’on trouvera en librairie dès mercredi. Et ce n’est pas fini de l’offensive médiatique de l’ancien trader, puisqu’il répondra ce soir aux questions de Laurent Delahousse sur le plateau du 20 heures de France Télévisions. Je sais qu’il y a ce dimanche, d’autres sujets d’actualité. Le Paris-Saint-Germain, qui, comme le soulignent l’EQUIPE et le PARISIEN, arrache la Coupe de France et sauve sa saison. Il y a le 1er mai, calme ici, mais rude en Grèce, comme titre ce matin le POPULAIRE du CENTRE, en pays limousin. Il y a enfin l’Amérique qui s’attend au pire, mais se mobilise contre la marée noire qui atteint désormais près de 10.000 Km2 et suscite l’émotion de la VOIX du NORD en France et de la plupart des journaux dominicaux anglo-saxons. Mais sans délaisser toutes ces questions, et ce qu’il faut bien appeler, le déficit de mobilisation du 1er mai syndical français, c’est l’exclusivité du JOURNAL du DIMANCHE qui suscite peut-être le plus d’intérêt. Mensonges, vérités, ce n’est pas à nous d’en juger. En revanche, la crise financière dans laquelle le monde est engagé, la faillite grecque, l’affaire Madoff, le désastre de Goldman Sachs après la chute de Lehman Brothers, tout cela vous invite à lire de la première à la dernière ligne, l’interview de Jérôme Kerviel remarquablement interrogé par Michel Deléan. Question de mon confrère du JOURNAL du DIMANCHE à Kerviel qui regrette d’avoir pris la mauvaise route d’un système bancaire transformé en casino. Soit, dit Michel Deléan, mais quelles étaient vos motivations dans cet univers que vous prétendez rejeter aujourd’hui à la veille de votre procès ? Réponse de l’intéressé : « Ca me dépasse, mais je me suis toujours défoncé pour l’entreprise où je travaillais. Evidemment, il y avait des bonus à la fin de l’année. Si on vous donne 30.000 ou 50.000 euros vous n’allez pas cracher dessus. C’est la reconnaissance de votre boulot. Seulement voilà, le système est tellement biaisé, qu’on ne vous félicite pas verbalement. La parole du chef n’a pas de valeur. Ce qui compte, c’est le bonus que vous allez encaisser. Quand la première année, on vous dit de faire 3 millions, puis dix millions la deuxième, et que vous en faites 55 la suivante, vous êtes dans une spirale infernale. Il y a une culture de la gagne, et si d’aventure, les objectifs ne sont pas atteints, on se fait sévèrement remettre en place, lors de l’entretien de fin d’année. Alors moi, poursuit Kerviel, ça me fait doucement rigoler qu’on dise, que j’ai fait tout ça pour avoir un plus gros bonus ! Le système est tel qu’on vous oblige, pour vous tenir à le demander. Oui, un jour j’ai demandé 300.000 euros, mais on m’avait obligé à fixer un tel chiffre. Et certains ont reçu jusqu’à un et deux millions d’euros sur leurs résultats. Pas moi, j’avais le bonus le plus faible ». Et Kerviel de conclure sur ce point, par une vulgarité plutôt étonnante dans son corps de métier. Je le cite : « Vous savez pour nos chefs, on est des gagneuses. A la fin de la journée, on entendait la phrase : Relevé des compteurs ! » Le même trader en procès, évoque plus loin les dangers d’un système virtuel devenu fou et tellement complexe, que selon lui, seules deux ou trois personnes seraient à même de la comprendre. Et quand Deléan lui dit : « Décrivez-moi vos journées de travail et dites-moi, si aujourd’hui vous êtes encore dans l’ivresse des cimes ». Jérôme Kerviel, déclare, ce que l’on peut croire c’est que j’ai passé ces deux dernières années à essayer de comprendre comment j’en étais arrivé là. Mon livre est une forme de thérapie. Je pose mon sac. Avant, j’étais le nez dans le guidon, toute la journée devant un écran et là je regarde autour de moi. Les gens qui font ce métier-là sont des passionnés. Intellectuellement, on réfléchit sans cesse à des façons de gagner plus d’argent pour la banque, on cherche de nouvelles stratégies de trading. On a des satisfactions, des sensations fortes. Réussir un bon coup, c’est grisant. Mais c’est un métier épuisant, les carrières sont très courtes. Il y a une tension perpétuelle, on pense toujours au travail. Il faut sans cesse se remettre en question. On cogite sans cesse. On sacrifie sa vie privée. On ne prend pas de vacances, parce que c’est mal vu, qu’on a peur de perdre son bonus, ou parce qu’on n’a pas de remplaçant sur son activité ». Question : Votre notoriété vous gêne ? « Oui et non, j’ai beaucoup de courrier. Et après mon licenciement et la clôture de mon compte, quand j’ai dû chercher une autre banque pour ouvrir un nouveau compte, en disant : « Bonjour, je m’appelle Jérôme Kerviel », l’accueil dans les agences était assez spécial. D’ailleurs je n’ai pas de chéquier ». Et Kerviel conclut : « Il me revient une autre anecdote : curieusement, après ma libération, la Société générale m’a invité à retirer ma nouvelle carte bancaire dans l’agence de la tour de la Défense où j’avais mon bureau ». Les news magazine sont riches, aussi, très riches même cette semaine. Grâce au 1er mai vous avez eu le temps de les lire. Aussi me contenterai-je d’un tour rapide des couvertures. Du NOUVEL OBSERVATEUR à PARIS-MATCH. MATCH qui donne la parole à Zahia, "l’Escort-girl » des Bleus, comme elle se présente elle-même. Décidément, des gagneuses à la banque. D’autres, dont on ne sait pour qui elles travaillent. Brassens avait chanté leur terrible métier, dans « la complainte des filles de joie". « Bien que ces vaches de bourgeois Les appell'nt des filles de joie C'est pas tous les jours qu'ell's rigolent Parole, parole C'est pas tous les jours qu'elles rigolent. Fils de pécore et de minus Ris par de la pauvre Vénus La pauvre vieille casserole Parole, parole La pauvre vieille casserole Il s'en fallait de peu, mon cher Que cett' putain ne fût ta mère Cette putain dont tu rigoles Parole, parole Cette putain dont tu rigoles ».

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