Bonjour à tous. La presse ce dimanche fait comme si l’on était déjà mercredi, en votant d’une seule voix Barack Obama ! Au point de se demander ce qu’écriront les confrères dans 48 heures, et ce que seraient leurs remords, face à leurs lecteurs, si d’aventure Mac Cain devait triompher du sénateur de l’Illinois. L’hypothèse est peu probable, elle est néanmoins envisagée par Steven Stark, un journaliste du Phoenix de Boston, repris par COURRIER INTERNATIONAL, et selon lequel, la victoire n’est pas tout à fait acquise pour Barack Obama. Il y a des indécis dans des états-clé, et certains électeurs blancs des milieux ouvriers, pourraient bouder un candidat démocrate, noir de surcroît. Cette même éventualité est envisagée dans les Carnets d’Amérique, d’Anne Sinclair, que publie aujourd’hui le JOURNAL DU DIMANCHE. « Et si les sondages qui donnent Obama vainqueur se trompaient », écrit-elle. « Et si, mardi, la participation massive attendue, était moins forte que prévu ? Et si la campagne républicaine, dénonçant un Obama dilapideur des richesses du pays, un Obama marxiste, portait ses fruits ? Bref, si une campagne ethnico-politique, sous-entendant qu’Obama va détruire un ordre social vieux de 40 ans devait aboutir, et s’ajouter à la colère de ceux qui trouvent qu’il en a trop fait avec ses trente minutes de publicité télé. Mac Cain, au finish ne pourrait-il pas l’emporter ? » Anne Sinclair n’y croit pas tout à fait, mais s’inquiète néanmoins des peurs américaines, face à la crise. Et aussi de l’effet dans l’isoloir d’une propagande républicaine, désignant Obama comme un communiste copain de Castro, ami de l’OLP et proche des terroristes. Une campagne résumée à la télé, dans le spot de Mac Cain : « Obama n’est pas l’homme que vous croyez ! » L’écrivain Douglas Kennedy, veut bien lui aussi, admettre que l’Amérique, son pays, est schizophrène et partagé entre une société rurale, sédentaire, peu éduquée, et une autre, ouverte au monde et progressiste. La première, écrit-il, est républicaine, c’est le pays réel. La seconde, peuple la Côte Ouest et le Nord-Est des Etats-Unis. Dans la première, Sarah Palin, la colistière de Mac Cain, qui estime que la vraie Amérique est en dehors des villes et anti-Est. Moi, écrit Douglas Kennedy dans sa chronique du JOURNAL DU DIMANCHE, je suis tout le contraire, j’ai étudié dans les grandes écoles, je me partage depuis 30 ans entre l’Europe et les Etats-Unis. J’ai des copains homosexuels, et péché mortel, je parle français ! Et l’écrivain de conclure, en saluant cependant deux personnages de roman : Mac Cain le patriote qui pourrait appartenir au monde de John Ford, véritable archétype américain. Et Obama, issu de la classe moyenne, noir, mais pas totalement. D’ailleurs, dit-il, s’il était blanc, il n’y aurait pas le moindre suspense, il gagnerait mardi, haut la main la présidence de son pays. C’est aussi pour cela que sa victoire est extraordinaire et nous laisse espérer qu’aux Etats-Unis on va droit vers une société post-raciale. Toujours dans le JOURNAL DU DIMANCHE, un Bernard-Henri Lévy, sûr de lui et d’Obama, qui va nous rendre notre rêve américain d’autrefois, et réconcilier l’Amérique avec le monde. « Il n’effacera pas », écrit BHL « comme par enchantement, cet antiaméricanisme pavlovisé qui est en passe de devenir la religion de l’humanité, mais il réduira, il le contiendra. Avec l’Europe, il rétablira les liens de confiance que les huit années de bushisme avaient brisés. Et avec les autres, avec le monde musulman notamment, il rompra avec le discours simpliste et bête de la « guerre des civilisations » en tendant la main contre les extrémistes et, pour ainsi dire, par-dessus leur tête, à l’opinion éclairée, modérée, en attente de droits de l’homme et de démocratie. Sans doute n’est-il pas le meilleur économiste du pays. Mais ce que je sais des hommes et femmes dont il a déjà commencé de s’entourer, ce que je devine du choix qu’il fera pour le poste de secrétaire au Trésor (Robert Rubin ou Robert Zoellick), ce que, surtout, annonce explicitement son programme économique et financier, fait qu’il est le mieux armée pour aider l’Amérique à surmonter la crise sans précédent où elle est entrée et où elle a précipité le monde ». Optimisme identique d’Alain Duhamel dans le COURRIER DE L’OUEST, qui voit dans l’espérance Obama, la promesse d’une rupture totale avec le bilan calamiteux des années Bush. Nicole Bacharan dit la même chose dans NICE MATIN. LE PARISIEN, avec son dossier illustré de la saga Obama, manifeste un plus grand enthousiasme encore, pour le sénateur de l’Illinois. Selon lui, avec Obama, tout va changer en Irak et en Afghanistan. Tout va changer aussi, dans le système de santé, la fiscalité et la politique énergétique des Etats-Unis. En revanche, l’équilibre de la Cour Suprême ne sera pas modifié et la marge de manœuvre du nouveau Président, dans la crise financière, sera réduite pour deux raisons. Parce que Barack Obama est un démocrate classique, et parce qu’il a soutenu le plan Paulson, l’actuel secrétaire au trésor. Voilà pour les scénarios d’une victoire annoncée et ce qu’il faut bien appeler l’Obama-mania ou l’Amérique en avalanche. Obama a-t-il déjà gagné, interroge le FIGARO MAGAZINE, avant de nous faire pénétrer dans les coulisses de la Maison Blanche. Les inrockuptibles, de leur côté, n’hésitent pas à titrer sur Obama : « Dernière chance de l’Amérique ». Paroles d’Américains renchérit TEMOIGNAGE CHRETIEN. L’hebdomadaire protestant REFORME fait le même choix d’enquête sur le terrain. Mais c’est peut-être l’enquête de l’HUMANITE DIMANCHE, qui est objectivement la plus étonnante. D’abord quand elle examine, point par point, les deux programmes des deux candidats. Celui de Mac Cain dont le slogan est : « Le pays avant tout ». Country first. Et celui d’Obama : « Obama for change ». Obama pour le changement. Et ensuite, quand le réalisateur noir américain Spike Lee, déclare à l’hebdomadaire communiste : « Cette élection est la plus importante de l’histoire du pays. Obama dit qu’il va mettre fin à la guerre en Irak, ce qui n’est pas le cas de Mac Cain ». Dans le JOURNAL DU DIMANCHE, Dominique de Villepin, veut bien juger lui aussi Obama séduisant et capable de réinventer le rêve américain. Mais attention, dit-il, veillons pour notre part à ne pas réinventer l’atlantisme ! Reste une question que le JOURNAL DU DIMANCHE ne fuit pas, pourrions-nous en France, nous aussi nous débarrasser de nos préjugés ethniques et choisir bientôt, pourquoi pas, un Président noir, ou d’origine maghrébine. Elle a été posée par l’IFOP à un échantillon de 1.000 personnes et voici ce que ça donne. « Vous personnellement, voteriez-vous pour un noir. Oui, oui, 80 % des réponses. Et un Asiatique ? Là, le score est un peu moins bon. Et un candidat maghrébin d’origine. 58 % disent oui, oui, et 42 %, non ! » Deuxième série de questions. « Et selon vous, un noir, un asiatique, un maghrébin auraient-ils quelques chances d’accéder à l’Elysée ? » Et là, patatra… les mêmes personnes interrogées n’y croient pas. A 53 % pour un noir. A 62 % pour un Asiatique. A 75 % pour un maghrébin. Cette enquête est révélatrice. Le réflexe de chacun est anti-raciste, et propre à satisfaire Fadela Amara, qui la commente favorablement. Seulement voilà, les personnes interrogées semblent considérer que l’autre, le Français d’à côté, est raciste. Je ne suis pas raciste, mais… On connaît la formule. Et on sait aussi qu’une femme à l’Elysée, un homosexuel à l’Elysée, un noir, un maghrébin à l’Elysée, on n’y est pas prêt tout à fait. C’est pour cela que dans le JOURNAL DU DIMANCHE, Fadela Amara demande aux partis de se bouger, pour promouvoir des candidats de l’immigration. « Il faut qu’ils aillent chercher des candidats issus de l’immigration, de toutes les origines et qu’ils les offrent aux électeurs. Les gens sont prêts, c’est le système politique qui est en retard. C’est pour cela que vos sondés sont pessimistes, parce que le travail ne se fait pas assez vite en haut. Pour le reste, il faut être tranquille. Je suis berbère et musulmane, je fais ramadan, je ne l’exhibe pas mais ne le cache pas, je suis laïque, je suis féministe, je partage avec le peuple français les valeurs de la République, je suis un peu populaire ! J’ai confiance dans ce pays ! ».

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